PRONOSTIC
De toutes les formes du béribéri, la plus grave, sans contredit, est le béribéri facial aigu, qui enlève le malade en quelques heures. C’est à celte forme sans doute que doit se rapporter le cas observé par le D' François dans un placer à la Guyane Française : un coolie vigoureux qui venait de faire 15 kilomètres à pied pour chercher une charge qu’il devait remporter à son placer vint à huit heures du matin se plaindre d’un malaise général et se faire exempter du service ; comme le D' François était au début de sa visite Ct avait une centaine de malades à soigner, il l’envoya se coucher, remettant pour lexaminer, à la fin de la visite. En arrivant prés de son hamac, à onze heures, il trouva que le coolie était mort. Pas un de ses voisins ne s’en était aperçu. Dans ces cas à pronostic grave et à ter-
minaison rapide, les malades éprouvent, outre la constric-
ART tion épigasirique « la sensation d’un feu intérieur qui les brûle dans le ventre et les dévore », sensa‘ion complètement subjective, car le thermomètre, dans ces cas, n’accuse aucune élévation de température.
C’est surtout pendant les poussées épidémiques que l’on rencontre celte forme, et c’est au béribéri facial aigu que succombent les individus, robustes d’ailleurs, chez lesquels « la diathèse » ou plutôt la maladie latente a été réveillée par une opération chirurgicale. Au reste, même en dehors de toute opération, lorsque vous voyez un individu, en temps d’épidémie, être pris d’œdème facial subit, de constriction épigastrique et de dyspnée, en même temps qu’il accuse une sensation de « chaleur intérieure », la mort est certaine à courte échéance. A cette forme du béribéri nul n'échappe; tous les moyens sont illusoires ; le malade est sidéré en quelques heures.
L’hydropique chronique est moins inquiétant et la guérison survient dans un peu plus dela moitié des cas. Voici les signes qui annoncent une lerminaison favorable. Lorsque la maladie, après plusieurs jours et même plusieurs semaines est arrivée à la période d'état, quand les symptomes étant au complet n’ont jamais revêtu une forme intense, et il s’agit ici non pas tant de l’œdème qui peut être même très considérable, que des troubles sensitivomoteurs et sympathiques, lorsque, dans ces circonstances on voit (et le fait a lieu souvent sous l’inflaence d’une débâcle spontanée) Pœdème diminuer et Îles urines augmenter de quantité et s’éclaircir en même temps, on peul alors se tranquilliser sur le sort du malade, surtout lorsque cet état se maintient pendant quelque temps ou s’accentue
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= RUES dans le sens de l’amélioration, on a lieu de croire que la | maladie se terminera par lysis. Mais il faudra être plus réservé lorsqu'on voit l’œdème diminuer, pour reparaître, et l’anurie se rétablir, car souvent après des alternatives . de mieux et de pis, le malade est pris subitement de troubles sympathiques et vaso-moleurs et succombe à l’asphyxie.
* Lorsque l’œdème diminuant graduellement, les troubles sensilivo-moteurs des membres. inférieurs s’accentuent, il y a lieu de penser que la maladie se terminera par paraplégie. Ce sont des observations de ce genre qui ont amené certains auteurs à créer une forme mixte du béribéri, tandis que celte forme n’est qu’une transition, un pont en quelque sorte jeté entre le béribéri hydropique et le paralytique, pour effectuer le passage de l’un à l’autre. Car souvent l’œdème arrive à disparaitre complètement pour faire place aux phénomènes paralytiques qui subsistent alors seuls. Aussi le D' Gayet est trop exclusif quand il dit: « on entre dans la forme mixte, du moment qu'aux symptômes d’hydropisie, s’ajoutent des troubles de motilité et de sensibilité. » Car ces troubles de sensibilité et de motulité n’ont Jamais cessé d'exister quoique peu accentués dans la forme hydropique, dont ils sont les compagnons fidèles.
Mais le béribéri paralytique débute souvent d'emblée, et ce sont ces cas qui lorqu'ils s'accompagnent d’un mouvement fébrile avec état gastrique, ce sont surtout ces cas qui peuvent nous donner le change avec le rhumatisme. Cette forme du béribéri est grave, en ce sens, qu’elle est essentellement chronique et qu’el'e aboutit souvent après un
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Se \ ps 4 . Fe a NZ ’ F 1e ni 1 moins Tong; el qui ne dépasse pas générale | trois ans, "à une terminaison fatale, qui a lieu soit p es
dans ce cas; ils étaient béribériques depuis deux ans el élaient arrivés au dernier état d’émaciation. ®
Cependant, sous l'influence combinée d’un traitement ‘général tonique, joint à sien des excitants externes et de l'électricité, on peut arriver à faire reprendre aux mus-
cles leur coniractilité et leur tonicité et amener une guérison plus ou moins solide; témoin le cas de M. le profes-
seur Laboulbène, qui est parvenu à guérir son malade,
que les médecins n'avaient pas réussi même à améliorer après plusieurs années de traitement.
Pour se faire une idée de la gravité du béribéri en général, il suffit de jeter un coup d’œil sur la statistique de Poulo-Condore : ainsi sur un personnel de près de 800 condamnès, en 1880, il y a eu 70 décés dont 43 dus au béribéri. En 1881, sur 772 prisonniers, nous relevons L5 béribériques fournissant 22 décès.
Au reste les influences saisonnières semblent avoir une influence assez grande sur la fréquence et la gravité du béribéri. Ainsi, cette maladie est plas commune pendant la saison des pluies. On peut dire aussi que sa gravité est en rapport avec le nombre des atteintes antérieures ; témoins les récidivistes n° 2844 et 2958, morts à la seconde alteinte.
Notre mortalité ne diffère guère de celle obtenue par les différents observateurs : ainsi Da Silva Lima rapporte
ion, soit par asphyxie, | déterminée are Se des muscles inspirateurs. ] Nous avions, au moment où nous quiltions l hôpital de Poulo- Condore, deux vieillards
qu’elle a étè à Babia de 74,5 pour 100 de 1863 à 1866 : et de 51 pour 100 de l'année 1867 à 1871; Guy, à bord de l’Indien, a perdu 42 hommes sur 117 cas; — Richaud, sur 44 hommes atteints, a eu 14 décès, et enfin Gaudon-Hullin, à bord du Parmenter, perse 68 pour 100 de ses malades. l :
£omme on le voit donc, le béribéri est une maladie redoutable ; et, en cela, elle ne diffère guère du choléra, dans la forme hylropique aiguë, tant à cause de la soudaineté de son invasion que des ravages qu’elle fait quand élle sévit sous forme épidémique.