CHAPITRE Il
ÉTIOLOGIE
Dégager l'élément pathogénique des condiions multiples, au milieu desquelles se déclare le béribèri, n’est pas chose facile, et malgré les soins minutieux que les auteurs ont apportés à cette étude, l'étiologie du béribéri est encore couverte d’obscurtté. À
Circumfusa. — Ceriains auteurs, au nombre desquels figurent Aitken et le D° Philipe, incriminent le froid humide. (est à cette caus® que ce dernier auteur rapporte l'épidémie qui éclata à Hué en janvier 1883 parmi les Annamites da grand séminaire.
Sodre Pereira et Da Silva Lima incriminent surtout la chaleur et l'humidité ; e Malcolmsom dit que la maladie sévit surtout peudant Îles six mois les plus chauds dans l'Inde. M. Simmous s’exprim: aïosi : « L'influence d’une « Lempérature atmosphérique élevée est très évidente ; « plus grande encore est celle des étés humides et froids, « présentant de brusques variations de température. »
A Poalo-Condore, c'est pen lint les mois lesplus chauds dé l’année que le bér'bôri acquiert le plus de fréquence, en même lemps que la maladie revêt une forme plas maligne. On pourra en juger par le tableau suivant qui donne
“ RE der On voit.
mälades. Cette contradiction apparente ne doit pas nous
54 entrées, bien cependant qu'il n’y eut que 45
élonner, car parmi les 45 malades, il y a eu 8 récidivistes, dont un entr’autres, est entré 3 fois à Phôpital.Les 45 ma- Jades ont donc fourni &5+8-+1—54 entrées.
Or, en examinant ce tableau, nous restons frappé de la multiplicité des entrées et des décès pendant les mois les de juillet, août, septembre, quisent les mois les plus chauds de l’année, en même temps que la mousson du S. O. qui règne pendant celte période déverse sur lle une grande quantité d'humidité ; c’est aussi la période des pluies lorrentielles et des orages. Nous ne pouvons donc pas révoquer en doule l'influence considérab'e de la chaleur et de l'humidité sur le développement du b'ribéri, en même temps aussi que celle de « l’état électrique de la vapeur d’ean existant dans l'air atmosphérique » signalée par le Dr Domingos Carlos. Nous serons encore: plus pénétré de cette influence, si nous faisons rematqte: que c'est surtout à celle époque que se manifestent à Pou'o-Cendure les poussées épidémiques qui viennent chaque année faire rafle parmi les prisonniers.
La suppression brusque ces fonctions de la peau diterminée par un courant d'air froid sur je corps en sueur,
NE NP AMONT La 4 a CAE Rs LETTRE Sent nes À cie, À ?. | De A VE f
Re serait, d'après Leroy de Méricourt, une condition favorable au développement du béribéri, chez des individus débilités par une alimentation mauvaise et insuffisante, l'impression
subite du froid déterminant l’hydropisie par paralysie vasomotrice et l'embarras de la circulation veineuse; c’est
ainsi même qu'il explique la prédominance de la forme hydropique observée à bord des navires.
Climats. — En 1864, Van O’verbeck de Meijer, d’accord avec ses collègues de l’armée et de la marine hollandaise, ainsi qu'avec les médecins anglais, écrivait : « Le terrain propre du Béribére est l'hémisphère oriental où il sévit particulièrement sur les populations du litioral et des îles; ses limites sont : Au N., la Chine et le Japon; au S., l’île de la Réunion; à l'Ouest, la mer Rouge; à l'Est, l'ile de la Nouvelle Guinée. »
Mais la fixation de pareilles limites est aujourd’hui trop restreinte, car nous savons depuis que le béribéri dont l'existence venait à peine d’être reconnue au Brésil, a sévi sur un grand nombre de points de cette partie du continent américain, surtout à Bahia, resté célèbre par son épi-
"démie de 1866, relatée par Da Silva Lima et Pacifico
Pereira. Il à été aussi observé à Cayenne et décrit aux Antilles et à la Havane, sous des noms différents. On connaît de plus, les fameuses épidémies qui se sont déclarées en pleine mer, à bord de nos bateaux d'immigration, dont une entr'autres, celle du « Parmentier », a éclaté, alors que le navire avait atteint les hautes latitudes de l’hémisphère sud, par le travers du cap de Bonne-Espérance.
A l’encontre des médecins brésiliens et du D° Christie lui-même, qui fait de Pacclimatement une condition indis-
nece # serein my person ho had.
ou rû s, in rl voyons loreé dE mire! qu'à Poulc- Ho is béGton | à atiaque surtout les Douveaux venus, les recrues de la pri | son de Sañgon ; et nous devons dire aussi que, Hobniraiter <N /ee CONS | ee raënt à ce qui a été observé au Brésil, nous n’avons jamais fie ARS + vu la maladie se développer en Cochinchine, chez les Eu- Fe ES ropéens, quelle que fût la durée de leur séjour dans | le pays. ve Localités. — Lindman, Swaring, Daumam, Faria, per bris. admeltent que l'impaludisme n’est pas étranger au dévelop- | | pement da béribéri. Cependant, si la maladie est observée quelquefois dans les lieux marécageux, el si même parfois, ses allures larvées ne permettent pas souvent de bien le STE distinguer, au début, de l’intoxicalion malarienne, il faut Din nn reconnaître que le Phau-thoum a sévi souvent dans les lieux exempts de marécage. A l’ile de Bauka et à Madras, le sol y est aride, composé de sable rouge, et ce- : | es pendant le béribéri y a fait des milliers de victimes. Lind- je man lui-même est obligé de constater le fait. En outre le D' Siva Lima remarque qu’à : « Bahia, le Va « béribéri a sévi avec la plus grande intensité, au centre | 3 « de la ville, assez bien garanti des émanalions palustres, ; | « et épargné les RURUSe où sont endémiques les fièvres NT « intermittentes; on n'y 4 pas encore observé un cas de | « béribéri. Pendant l'épidémie, comme aujourd'hui, la ÿ « maladie s'attaque de préférence aux habitants des loca-
« lités réputées salubres. »
Ces faits de l'existence du béribéri, dans les contrées
réputées salubres, constituent, à mon avis, un argument plus puissant en faveur du non- -paludisme du béribéri, que ceux qui ont trait à |’ éclosion du béribéri, à bord des navires, en pleine mer, longtemps après le départ du port. Ne voyons-nous pas en ellet l'influence du paludisme se manifester, longtemps après que les individus ont quitté le foyer d'infection? Bien plus, on voit des personnes ayant habité longlemps les localités malariées, n’être prises de fièvre intermittente que longtemps après qu'elles ont quilté le foyer méphitique, sous l'influence d’un nouveau climat.
Ainsi donc, la malaria et le béribéri, bien que pouvant exister conjointement, ne sont pas connexes au point que l’une soit la compagne exclusive de l’autre. Au reste, leur symptomatologie, éoujours distincte dans la période d'état, vient témoigner hautement de leur différence d’origine.
Alimentation. — « Pour produire une maladie aussi « spéciale, 1l faut une cause spéciale comme elle, et nous « sommes disposé, comme le D' Franquet, à ia rechercher « dans l’alimentation particulière äux Indiens; le riz cuit « à l’eau forme la base de la nourriture de tous les cas- « tes » (J. Rochard).
Cette opinion, formulée de cette façon, est trop exclasive, car s’il est une condition peu spéciale aux béribériques, c’est justement cette alimentation orizée qu'ils partagent avec le reste du peuple, dont le « béribéri » ne constitue pas pourtant le caractère « ethnographique »..
M. J. Rochard aurait-il en vue dans sa déclaration une certaine intoxication produite par l’altération de ce céréale, comme M. Lacerda à essayé dernièrement de le prouver ?
Aie 1*
de que les pare ne ont: soumis à ; car, outre les différents.condiments qui
entrent dans leur alimentation journalière, ils mangent en
core du poisson frais ou salé, des porcs el des volailles, qui viennent renforcer, et au delà, l'action nutritive du riz.
Et, pourquoi, au Brésil, « les individus les plus atteints 1
sont-ils ceux de la classe élevée. et non ceux de la classe inférieure, qui luttent le-plus contre la misère, s’alimentent mal, ou insuffisamment? (Rapport des méd. brésil.). Comme on le voit donc, l'alimentation orizée est loin de pouvoir expliquer la pathogénie da béribéri, pas plus que nous ne pouvons attribuer cette maladie à l'influence débi- Jitante, exercée à la longue par cette forme d'alimentation qui, comme nous l'avons dit, n’est jamais exclusive. Tout au . admettrons-nous, que cette alimentation, si elle était exclusive, pûl par sa monotonie et son insuffisance, exercer le rôle d’adjuvant dans le développement da béribéri, chez un individu couvant déjà l’infectieux béribérique. Professions. — Cette influence n’a pas été encore bien déterminée. Les travaux manuels pénibles, fatigants, ont été reconnus favorables au développement du béribéri, aussi bien d’ailleurs, que les professions sédentaires, qui astreigent les individus à un repos longtemps prolongé. Habitudes. — L'irrégularité de l’existence et les excès
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de tous genres ont été reconnus, par la apart des auteurs, |
comme prédisposant au béribéri. LENENRE
Les Chinois attribuent une influence incontestable “a coit debout et plusieurs observateurs brésiliens de leur
côté, Dr Félicio dos Sanctos, Cypriano de Freitas, et Moretzon, confirment le fait par de nombreuses observalions qu’ils ont rapportées à ce sujet. Au reste, depuis bien longtemps déjà, parlant du danger du coît debout, Sanctorius avait dit: « coîtus stando lœdit, nam musculos, eorumque exiguas partes transpiralione minuit. »
Age. — Le béribéri est une maladie de l'adulte. Cependant, Boudin prétend avoir observé à la Réunion, le béribéri chez un enfant de 8 ans ; el Christie a vu à Ceylan la maladie atteindre des personnes avancées en âge. Le D° Bétholdi de St-Pol déclare lui-même en avoir été atteint à l’âge de 80 ans. Généralement la maladie ne sévit pas chez les personnes âgées de moins de {5 ans (Da Silva Lima).
Sexe. — Au Brésil, les femmes seraient assez fréquemment alleintes, et contracteraient surtout la forme paralytique ; mais de l’avis de la majorité des observateurs, les hommes sont plus aptes à contracter le béribéri que les femmes, et la forme hydropique surtout.
Tempérament. — Le tempérament lymphatique et une faible constitution y prédisposeraient, bien que Vanderkieft, Idenburg, Lindman, admeltent que la maladie attaque surtout les individus de forte conslitulion. Nous avons vu si souvent le béribéri faire explosion chez les personnes robustes, que nous sommes habitué à ne pas considérer lalimentaticn défectueuse, la misère et l’anémie comme
2 ARR RCE ER al à qui a trait à fé logie d du bé 7 MMS EME TON SRI voulons pas passer sous silence. l'inflaence condidérable S rs ere par les longues traversées à bord des navires, Où PEN 0 ME PE e d’ailleurs 0 une foule d’ autres circonstances, telles que “ en- - LUN Cie CDS LR ï ne le mé phitisme, l’hamidité, la mauvaise als 27 WANT ER HARRE mentation. et des ennuis de loules sortes, se joignirent pour CRE s et déterminer les épidémies, restées célebres, du Parmentier, RE SOURIS ; he dr ‘Indien et du Jacques CŒUT. si 0 Est de APR À) Parmentier quite la Martinique ayant à son bord un convoi d' émigrants rapatriables, composé de LO! 1- diens. Parti de cette ile le 10 octobre 1861, le Parmentier où n'arriva à Pondichéry que sept mois après, — le 10 mai à 1862, — après mille vicissitudes. Et d’abord c’est le béribéri qui fait explosion, trois mois après le départ de la Martinique, alors que le bateau avait atteint les froides latitudes de Fhémisphère sud, et par le travers du cap de Bonne-Éspérance. La maladie donne dru jusqu'à l’arrivée à Maurice, où le bateau relâche aussitôt. Là, il renou- . velle son eau et ses vivres, sans établir de communication x avec la terre, On avait assigné au Parmentier un poste de ; mouillage, à peu de distance et sous le vent d’un lazaret renfermant des cholériques.
Le béribéri avait cessé depuis quelques jours; mais le navire avait à peine repris le large que des cas de choléra | se manifestent à bord. Ge nouveau fléau gagne en intensité, | et cette fois les Européens ne sont pas épargnés. Au bout de quelque temps le choléra cesse, mais le béribéri reprend de nouveau et accompagne Île navire jusqu’à destination, sévissant exclusivement chez les Indiens. Le 10 mai, Jour de
DELEN
meurent encore où 10 au 18m mai, époque à laquelle les autr es passagers sont assez bien portants pui rentrer dans TE
LR à
leur famille. SA 1} VOTES
Le navire L« Indien » part de Karikal le 6 Hécibte:
1862 avec un convoi de 557 coolies pour la Guadeloupe. Il reçoit un cyclone qui le désempare avant d'arriver à Maurice. Pendant qu'il se répare, un second cyclone le Fu force à appareiller , mais ce second cyclone P’avait tellement SR . fatigué qu'il lui est impossible de continuer la traversée. ; FEAR On relâche donc à la Réunion où on procède aux répara- DR tions jugées nécéssaires. L? « Indien » reprend la mer, ne lorsqu’arrivé à la hauteur de Sainte-Hélène, le béribéri éclate à bord. Le {* juin, jour de l’arrivée à la Basse- € Terre, 19 hommes avaient succombè déjà à Ê maladie. ; Du {* juin au 5 juillet, 22 moururent encore à l’hôpital, el ee guérirent. ee « Indien » eut donc ont cetle écœurante traver- | 5 12,7 pour 100 de ses passagers alteints, et 7,4 pour RES 100 de décès. La mortälité des béribériques a été de près. de moitié, 51,9 pour 100.
Le « Jacques-Cœur » appareille de Fort-de-France (Martinique) le 9 août 1863 pour se rendre à Pondichéry, ayant à son bord 411 Indiens rapatriables. Le premier cas de béribéri se montre le 29 novembre, 110 jours après le
départ, par 94° longitude Est et 14° latitude Sud. Le 14 ‘décembre, jour de l’arrivée à Pondichéry, #4 émigrants avaient été atteints, 14 avaient succombè, {4 étaient encore plus ou moins malades.
Le: « Jacques-Cœur » eut donc 41 pour 100 de ses passagers atteints ; la mortalité générale fut de 3,4 pour 100, et la mortalité des béribériques de 32 pour 100, chiffre encore inférieur à celui qui représente la mortalité de nos béribériques à Poulo-Condore qui est de 50 pour 100 béribériques.