‹ Le Béribéri à Poulo-CondoreChapitre 9 sur 27 · NATURE ET PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

NATURE ET PATHOGÉNIE

Les thévries les plus diverses ont êtè établies à propos de la nature du béribéri, et suivant les principes qui ont servi de base aux diverses doctrines, on peut ranger toutes les opinions émises jusqu'à ce jour en deux catégories :

A. Ce n’est pas une entité morbide.

9 C'en est une, mais est-ce : Altération du sang? Maladie du

système nerveux ?

[. Les premiers contestent l'existence propre du béribéri.

Ainsi, pour Hope et Friedel, ce ne serait que le rhumatisme, tandis que Van der Kilt, Pompe Van Mandervoort, Dammam croient que le béribert est uu mélange de rhuimatisme et d'intoxication paludéenne. Prœjer, lui, en fait une maladie d'alimentation, une espèce de scorbut causé par l'absence totale ou partielle de certains élémen's

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* de: nutrition dans le régime quotidien, et par ( monotonie

de la ration alimentaire. Pour Van-Leent, le béribéri pro:

viendrait de la pauvreté du régime en albuminate eten ;

graisse, et le scorbut, de la privation de végétaux frais. Schutte, dans un récent travail « le Béribéri er comme anémie pernicieuse », regarde ces deux affections,

sinon comme identiques, du moins comme analogues, el

elles seraient toutes deux le résultat terminal d’affections débilitantes ou de troubles graves de la nutrition.

Cette idée lui aurait été suggérée par le traité du D' Wernich, qui observail à Java et dans les Indes anglaises, et où il est dit que : « l'affection nommée anëémie pernicieuse, forme avec l'hydropisie cachectique simple et la maladie dite béribéri, ainsi qu'avec le scorbut et la chlorose, une même famille de troubles constitutionnels de la nutrition qui, latents pendant des années, conduisent à une cachexie manifeste et souvent à la mort, aussitôt que l’organisation menacée doit fournir un surcroit de travail. »

Sans doute, la forme hydropique aiguë, et surtout le béribéri facial aigu, présentent certaines analogies avec l'anémie pernicieuse, mais eile en diffère en bien d’autres points, comme nous avons eu l’occasion de le remarquer maintes fois. En voici un exemple typique observé à l’hôpital de Saïgon. Il à trait à un soldat qui depuis deux mois, élait en traitement pour anémie. Cet homme ne présentait pas le moindre amaigrissement, mais il était plongé dans une tristesse profonde et une apathie intellettuelle

qui témoignait d’une certaine lenteur pathognomonique de.

la pensée. Lorsqu'on interrogeait cet homme, ses réponses

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étaient tardives, et le réflexe de la perception élait lent à se manifester; apyrexie, inappétence et constipation, tels étaient les seuls symplômes prèsentés par le malade, joints toutefois au sentiment constant d’une faiblesse très grande ; les chairs étaient flasques, décolorées, et les téguments de la face avaient une teinte cireuse: La langue, bonne, ne témoignait d’aucun état gastrique ; aucune douleur dans les joinlures ou par ailleurs.

Le seul symptôme sur lequel le malade inaistait était le sentiment d’une faiblesse profonde.

Les choses allèrent toujours ainsi, lorsque le malade ful pris subitement d’an sentiment de défaillance plus accentuée encore que les jours précédents, joint à une sensation de constriction à la région précordiale, accompagnée de phénomènes bulbaires et asphyxiques. Mais ici, la température profonde avait subitement augmenté et il y avait fièvre coincidant avec un pouls irrégulier, petit et. fréquent.

Voilà, si je ne me trompe, un tableau fidèle de l’anémie pernicieuse. Avant d’être enlevé par Îes phénomènes pernicieux, le malade présentait les signes d’une anémie prononcée.

Si l’on avait examiné son sang au microscope, bien longtemps avant le terme falal, on aurait constaté à COUP sûr une hypoglobulie accentuée, et on aurait pu ainsi sinon prévenir, du moins prévoir l'invasion des symptômes terminaux.

Dans le béribéri, les choses ne se passent pas ainsi ; un individu robuste est pris subitement sans malaise antérieur, d’une faiblesse très grande, d’œædème névro-paralylique et

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états hédres: Ici 1 n ‘y a pas Re pas d'hypoglobulie ; rien qui puisse faire prévoir l'invasion

de ces symptômes. Cette hypoglobalie ( en effet, qui est cons- “tante dans l’anémie pernicieuse, n'existe pas ici ; et der-

niérement, Pedro de Megalhaës, voulant déterminer le rôle de l’aglobulie dans la pathogénie du béribéri, constata que l’aglobulie qu’il recherchait n'existait pas même chez des individus depuis longtemps béribériques. Hi Voici le résultat de ses recherches :

Hommes sains . 2,400,000 à 2,800,000 globules rouges. Beribériques : 2,390,800 à 2,782,000 globules rouges.

Au reste l’anémie pernicieuse diffère encore du béribéri en ce quonuny voit pas « des épanchements des cavi- « tés séreuses el surtout les épanchements médullaires, les

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« troubles sensitivo-moteurs, tandis qu'on y voit les hémor-

« rhagies de la rétine que Quincke qualifie de pathogno- « moniques, et qui sont la caractéristique de l’anémie per- « nicieuse. » (Van-Leent).

Comme on le voit donc, les différences tranchées qui séparent l’anémie pernicieuse du béribéri, tant au point de vue analomo-pathologique qu’au point de vue symptomatique ne nous permettent pas de penser comme Wernich et de considérer ces deux maladies ainsi que l’hydropisie cachectique et le scorbut co nme « des rejetons d’un même arbre chétif poussant dans un terrain aride et privé des

RAR principaux éléments propres à entretenir la vie. » (Wernich).

En revanche, bien que nous ne soyons pas encore en possession du bacille béribérique, le mode d’invasion de cette maladie, ses allures spéciales nous engagent à demander à l’infectieux le secret du phou-thoum.

IL. C’est à cette opinion que se rangent la majorité des auteurs qui ont eu l’occasion d’examiner celle maladie dans les lieux où elle sévit. Seulement les uns ont surtout en vue l’altération du sang (Da Silva Lima), dont les qualités nutrilives auraient été modifiées au point de troubler la vitalité normale du système nerveux, tandis que d’autres prétendent avec Cosme ce Sa Pereira, qu’une fois que le principe délétère à pénétré dans l’économie, il porte d’emblée son action sur le système sympathique dont 1l produirait la paralysie.

Pour Ribeiro de Cunha, c’est sur la moelle que l'agent spécifique porterait son action ; mais alors, comment expliquer les troubles vaso-moteurs sympathiques ?

Voici comment s'exprime Da Silva Lima qui fait entrer le béribéri dans le cadre des paralysies dyscrasiques de Jaccoud :

« Je le considère comme une paralysie hématoxique ou « par empoisonnement du sang, se mamfestant tantôt sur «les nerfs de la vie animale, tantôt sur ceux de la vie « organique. ou bien sur les deux espèces de nerfs en même « temps, donnant lieu à des troubles de motilité, de sen- « sibilité et qui constitue la forme que j'appelle paraly- « tique ; dans le second cas, on voit survenir la stase san- « quine dans le système capillaire, l'anasarque, des dé-

| ere À | « sordres de la circulation an où viscérale, n fronble”

« des fonctions sécrétoires, elc. En un mot, la forme œdé- os ‘ mateuse ; et dans le troisième cas, se montrent simulta= è « nément les uns et les autres de ces phénomènes morbides, rose « constituant la forme à laquelle. j" ‘ai donné le nom de

omixte, »

C’est la théorie à laquelle nous ne Ja pren.

car elle seule est capable de nous donner la clef de la

symptomatologie du béribéri. En admettant la pénétration dans le sang d’un miasme inconnu, et la modification du système nerveux par le sang plus ou moins rapidement altéré, nous pouvons nous expliquer selon le degré d’impressionabilité idiopathique des divers départements de l'arbre nerveux, les différentes formes da béribéri.

Si c’est l’axe cérébro-spinal qui est surtout impressionné, on aura des troubles de la motilité et de la sensibilité.

À l'arbre pneumo-gastrico-sympathique se rattacheront les troubles vaso-moleurs. la dyspnée et les désordres cardiaques.

Au reste linfectieux béribérique ne restreint pas seulement son action aux troubles fonctionnels, et suivant la dose d’infectieux, et surtout la persistance de son action, le processus pathologique aboutit à de véritables lésions permanentes, comme est venu dernièrement le démontrer au Congrès d'Amsterdam, M. Scheube, professeur à Leïpsick, ancien professeur au Japon, qui a défini ainsi le béribéri : « Une inflammation miasmatique, infectieuse, «une inflammation dégénérative des nerfs périphériques «tes muscles. »

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Éa Baëltz, ieun un récent travail Ju de kaki

WE Japon, dit que les siège principal des lésions d dei lat Se trouve dans les nerfs périphériques. Ils auraient subi de. . Re. une tuméfaction inflammatoire etil y aurait eu de petites Ar | hémorrhagies à la section des nerfs rural et péronier. PT rt A Dans le kakké aigu, on aurait trouvé dans ces nerfs une Rat

ee | dégénérescence analogue à celle qu’entrainerait leur sec- FR TETE

NUOITSE tion, c’est-à -dire qu'on aurait vu la désagrégalion dela: 7 PNeRRRE De

"#) cpope nervense el une prolifération nucléaire de la gaine RUN

Hi de Schwan, des amas de noyaux entre les fibres nerveuses de la névroglie ainsi que de nombreux noyaux dans les parois des capillaires des nerfs. La myéline, aa niveau des étranglements, aurait subi nne désagrégation manifeste

| . (car l'acide osmique ne la colore pas). Chez un jeune 5 homme mort en quatorze jours, on avait trouvé les nerfs | “5

vagues dégénérés : ses fibres présentaient des goutteleltes AS

brillantes, ne noircissant pas par l'acide osmique et ne

| s’éclaircissant pas par l’acide acétique ; les couleurs d’ani-

line (brun de Bismarck et violet méthylique), ainsi que le

% ‘" picro-carmin, font voir le cylindre-axe quelquefois légère-

Es: ment ondulé, tandis que la masse dégénérée du nerf est à

D peine colorée; et enfin, à une période plus avancée, dans

certains endroits, le cylindre-axe était complètement détruit D

lui-même. | Les fibres sympathiques (sans moelle), si nombreuses ee

dans le nerf vague, étaient granuleuses et présentaient çà

et là des points ce multi'icat'on nucléaire. Dans les cas

chroniques, on s’est trouvé en présence d’une hyperplasie,

d'apparence gélatineuse, de la névroglie traversant les

troncs nerveux sous forme de tractus épais qui, en quel-

lésions existaient aussi dans le petit splanchnique; ses

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ques points, entourait comme | d'un/annéani les. quelques

‘tubes nerveux non entièrement dégénérès. Cette névroglie eo “ — hyperplasique hyaline se laissant colorer, était remarqua- tn

ble surtout aulour des vaisseaux du nerf. Quelques fibres Me Gr

nerveuses étaient détruites par atrophie. Ces lésions s0b4 7 0e

servent exclusivement dans le syslème nerveux périphérique et le sympathique, dit Baëltz. Elles sont fréquentes dans les nerfs tibial, péronier, brachial, phrénique, vague. Des.

fibres à moelle étaient dégénérées et ses fibres sans moelle

troubles seulement ; ces dernières lésions existaient dans

un cas d’anurie complète.

Après avoir passé en revue toutes ces lésions, Baëltz. arrive à conclure que le béribéri est : « Une névrite péri- « phérique multiple, de cause infectieuse, neuritis multi « plex endemica, ou polyneuritis endemica. » Nous ne pouvons pas être aussi exclusif que cet auteur, qui ne voit dans le béribéri qu’une névrite périphérique, d’autant plus que nos aulopsies nous ont fait voir constamment l’œdème sous-arachnoïdien et un hydrorachis accentué; el nous avons constaté ces lésions même chez ceux qui avaient èlé alteints de la forme paralytique. Nous avons va d’ailleurs que c’est par l’hydrorachis que Gébel expliquait les modifications subiles apportées à l’intensité des troubles sensilivo-moteurs, sous l'influence des modifications parallèles du décubitus. IT est même probable que l’hydrorachis, dans l’ordre chronologique des lésions, est le premier en date, car l’augmentation subite du liquide arachnoïdien suffirait encore à expliquer, dans le béribéri aigu, outre les troubles sensitivo-moteurs, mais même les accidents dys-

Nous croyons donc que le béribéri est une Ai in-

e fectieuse déterminant l'hydrorachis, 2 manifestant par des ensitivo-moteurs, el ds modifications fonction=

Ga

Re . nélles” du sysième nerveux. ganglionnaire pouvant aboues . tir à des lésions permanentes des fibres 1 nerveuses. tr

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ù À Samronanone PSS

Qu’ “ ce donc que le béribèri? ETS d | Littré et Robin le définissent : « une affection mhp |

que de forme aiquë, accompagnée de faiblesse musculaire fe et de spasmes », et Da Silva Lima : le béribéri est une ma- FREE

ladie an nelle régnant sous forme endémique où épidémique, caractérisée par de l’engourdissement aux extrémués, de la torpeur de la sensibilité cutanée, de la faiblesse générale, mais surtout musculaire, avec douleur, à la pression sur les muscles, accompagnée souvent d’œdème dur, d'anarsai que, de gonflement de la face, d’anémie, d’oppression épigastrique, de dyspnée, de paralysie ordinairement graduelle, incomplète, de caractère ascendant; parfois la maladie s'accompagne de constriction en ceinture, de faiblesse et d’enrouement de la voix, de mouvements choréiques des membres et se termine, dans les cas à issue funeste, par suffocation, asphyxie ou épuisement des forces, et dans les cas heureux, par une diurèse très-abondante, et par une restauration lente et graduelle des forces nerveuses, de la circulation des liquides et par le rétablissement des sécrétions.

Cette définition qui n’est en somme que l’ exposé symplo-

matologique du béribéri, dont elle embrasse toutes les formes, nous donne une idée plus nette de la maladie que la

» A 5: - : S he cpér É

quelles elle de “acheminant, soit vers la guérison, | 0 sai vers la mort. ON OT AR IN à ne : er Les définitions suivantes remplissent mieux l'indication Re Ativalé ainsi Miranda de Azevedo définit le béribéri : «une Pat dystrophie constitutionnelle, de nature infectieuse et incon- | nue, affectant les formes paralytique. ædémateuse, et re mixte, caractérisée par des perturbations dans les appareils gastro-intestinal, respiratoire, circulatoire et principalement dans le système nerveux.

… Et le D' Peçanha Silva : « une maladie infectieuse, propre aux zones tropicales, apyrétique, caractérisée essentiellement soit par des paralysies graduelles et ascentantes, soit par des hydropisies plus ou moins étendues, soit enfin L par ces deux genres de symptômes, dépendant d’une per- Den , turbation fonctionnelle de l'innervation spinale ou vasomotrice. » | Ces derniers auteurs qui ont observé le béribéri sur les

lieux mêmes, ont été, à mon avis, assez heureux dans leur 22 définition de la maladie; car il ne semble pas en eflel ac- À cessoire de faire entrer le mot infectieux dans les défini- À Ée tions du béribéri. La localisation exclusive de cette mala- : | die à certaines régions où elle sévit sous forme endémique, 4 - Ja soudaineté de son apparition, chez des individus qu'il 4 surprend dans un élat de santé florissant, la rapidité de

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iode d’ état, la description: de la maladie devant plus a ETA 2 nous renseigner sur les différentes phases. par les-

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« but de l'épidémie, tous ceux qui étaient de constitution

« robuste tombèrent malades et moururent. Lindeman rap- «porte qu'à Batavia, ce furent surtout les gens bien

« musclés et d’une forte constitution qui furent frappés. .« Van der Liefo), Idemburg, Reiche notent chez eux cette

« prédilection du béribéri pour les hommes forts, à bord

« de leurs navires respectifs, le « Célébse), » Le « Hoaï, »

«et le « Lancier. » Les prisonniers alfours que Monhni-

« che traita à Amboine étaient tous des Pons solides, « jeunes, et offrant de l’embonpoint. »

Aussi, nous sommes tellement pénétré de la nature infectieuse du béribéri, qu'à ceux qui voudraient nous op-

poser les faits d’éclosion de la maladie, en pleine mer, à bord des navires qui avaient quitté depuis longtemps les foyers d'infection, nous leur demanderons plutôt de nous expliquer la longueur de l’incubation. Ce n’est pas d’ailleurs ici le lieu de discuter la nature de la maladie, bornons-nous, pour le moment, à aborder la symptomatologie de celte affection bizarre.

Après une période prodromique plus ou moins longue, caractérisée, disent certains auteurs, par de la tristesse, de l'inaplitude au mouvement, de la pâleur, etc... ; mais qui pour nous, n’est caractérisée par aucun de ces phénomènes, car, comme dit Præjer : « L'économie est déja atteinte « avant que le malade ne s'en aperçoive, et surtout que le

Ag « La ne dit de Me er, que Da Re “ « les premiers ne sont pas toujours les plus faibles, C4 est. .« que dans la nouvelle prison d'Etat de Batavia, au dé-

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| 1 ae jui oct celle invasion, et que la triade béribérique, $ sont : « une nu es fourmillements dans les jambes, et de l’i inap=

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