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ÉTI0L06IE ET PATHOGÉNIE

La constitution, — Baelz et ]v. Miura affirment que les sujets vigoureux et bien nourris sont plus prédisposés que les débiles. La forme pernicieuse aiguë, du moins au Japon, apparaît presque exclusivement cbez des adolescents ou des hommes robustes. A l'hôpital du Kakke, à Tokio, sur 626 malades atteints récemment, 698 étaient en bon état de nulrition, 26 étaient dans un état moyen et 7 seulement étaient faibles. D'après Scheube, la proportion des malades de bonne constitution est de Sj %. En Indo-Chine, si des jeunes gens vigoureux peuvent parfois être atteints, quand ils vivent en plein foyer de béribéri, le cas est tout à fait exceptionnel. Celte maladie s'abat de préférence sur les anémiés, les convalescents et les cachectiques. Lors d'une famine qui sévit en Annam en 1899, j'ai vu, parmi les nombreux faméliques qui bivouaquaient dans la plaine de Faï-fo, un grand nombre de béribériques, la plupart atteints de la forme humide. Les observations de Durham concordent avec les miennes (*).

Toute cause de débilitation prédispose au béribéri. Celui-ci apparaît au cours ou à la suite de beaucoup de maladies aiguës ou chroniques, telles que la phtisie, la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie et la diarrhée, le paludisme,

(1) DuBHAM. — Notes on béribéri in the Malay Peninsula and on Christmas Islande The Journ. of Hygiène, vol. IV, 1904, p. ii2-i55.

le rhumatisme articulaire aigu, la syphilis grave, enfin les interventions opératoires.

Quelle que soit la race, les névropathes et ceux dont le système nerveux est affaibli, sont plus spécialement atteints ; pourtant cette règle souffre d'assez nombreuses exceptions.

Les conditions sociales et l'habitat. — Les coolies qui vivent au grand air et se livrent à des travaux manuels, s'ils sont d'ailleurs bien nourris, restent presque toujours indemnes. La vie sédentaire par contre est une des conditions qui font apparaître le plus souvent le béribéri. Aussi hante-t-il les écoles, les collèges de lettrés, les orphelinats, les couvents de l'Extrême- Orient. En Cochinchine, de fréquentes épidémies ont régné au séminaire de Gulao-Gien, au séminaire et à l'école Chasseloup-Laubat de Saïgon (^).

L'entassement d'un grand nombre de miséreux, vivant et dormant ensemble dans des lo-

(1) En i8go, les élèves du séminaire de Saïgon, tous indigènes, au nombre d'une centaine, furent atteints, à peu d'exceptions près, du béribéri. La maladie a sévi de préférence entre les âges de l'j à 3o ans. Beaucoup de cas furent de longue durée, mais un seul élève succomba. L'épidémie avait commencé en mai, à l'époque du licenciement; vers le 12 juin, à peine quelques élèves avaient été épargnés. La rentrée s'effeclua le i5 août. Les béribériques, déjà valides, revinrent à l'établissement, mais l'épidémie ne se réveilla pas. Peu avant l'apparition du béribéri, l'influenza avait rég-né dans le séminaire. Les deux épidémies se sont pour ainsi dire confondues.

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eaux exigus et mal ventilés, est une condition des plus favorables à l'appai ition du béribéri. Les chiffres que j'ai donnés, à propos du pronostic, prous^ent que les prisons et les bagnes des Indes anglaises et néerlandaises sont décimés par le béribéri. J'ai signalé l'effroyable mortalité qui a, pour ainsi dire, vidé le pénitencier de Poulo Condor en 1897. A la prison centrale de Saigon, où le béribéri faisait rage lors de mon passage en 1899, les détenus étaient confinés dans des pavillons de construction massive, humides et mal ventilés. Dans des conditions d'hygiène aussi déplorables, ces prisonniers étaient des victimes toutes désignées au béribéri. Mais ce qui prouve que ces conditions d'habitat ne sont que des causes secondaires, c'est qu'ellessont impuissantes à créer le béribéri. « Dans les postes de l'intérieur de la Cochinchine, dit Thébaud, j'ai vu des prisons encombrées, souvent d'une saleté repoussante, où les condamnés, surmenés paruntravail excessif, touchaient une nourriture absolu ment inférieure; jamais je n'ai vu de cas de béribéri, hors deux qui venaient de la prison de Saïgon, et ces deux cas de béribéri, qui étaient absolument classiques, ont guéri au bout d'un mois ». Simmons fait remarquer qu'au Japon le béribéri n'est pas plus fréquent parmi les détenus que dans la population libre. « C'est, dit-il, qu'au Japon les prisons sont de simples constructions en bois, aussi bien ventilées que possible ». Je dois dire qu'à la prison du roi Norodom, située à Pnom-Penh

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(Cambodge), où les prisonniers sont groupés dans une vaste paillotte dont les parois sont en treillis de bambou, je n'ai compté que quelques béribériques, alors que, dans le même temps, la maladie faisait des hécatombes dans la prison de Saïgon.

Dans les hôpitaux de l'Extrême-Orient, les cas intérieurs de béribéri sont fréquents. A l'hôpital des Chinois de Singapour, certains pavillons constituent de véritables foyers, au point qu'il est question de déplacer l'établissement. Dans les asiles d'aliénés, la maladie est endémique. D'après G. EUis, directeur du manicôme de Singapour, de nombreux malades sont atteints dès les premiers mois qui suivent leur internement (^).

Les casernes des troupes indigènes sont visitées de temps à autre par le béribéri.

Pendant de longues années, les troupes blanches et indigènes qui stationnaient à la pointe d'Atjeh (Sumatra) étaient parquées sur un terrain circonscrit et vivaient dans des conditions d'hygiène défectueuses. Elles étaient la proie du béribéri. Mais depuis que de grands travaux d'assainissement ont été entrepris et que les vieilles casernes infestées ont été abandonnées» la maladie s'est éteinte à peu près complètement.

Le béribéri apparaît dans les régions nouvellement défrichées. C'est une maladie fréquente dans les plantations de tabac des Indes néerlan-

(1) Communication orale.

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daises, et dans les plantations de canne à sucre de l'Amérique latine, d'où le nom de maladie des sucreries qui lui a été parfois donné.

C'est aussi une maladie des coolies qui travaillent aux mines d'étain de Sumatra, de Banka, de Billiton.

Sur les transports et navires de guerre, sur les bateaux qui font le cabotage dans la mer des Indes, le golfe du Bengale et l'archipel malais, des épidémies très graves de béribéri se déclarent de temps à autre. Plusieurs fois des bateaux français transportant des coolies hindous de Pondichéry dans les colonies françaises d'Amérique (Antilles et Guyane), ont été décimés par le fléau. Le lo octobre 1861, 4oi coolies indiens quittaient la Martinique à bord du Parmentier; trois mois après le départ, le béribéri éclate en plein Océan. Quand le navire arriva à Pondichéry, le 10 mai 1862, après sept mois de voyage, 281 coolies seulement survivaient, les autres avaient succombé au béribéri.

Sur le Mèrapi qui effectuait le transport des militaires atteints de béribéri de la pointe d'Atjeh (Sumatra) à Batavia, se créa un foyer endémique parmi les hommes de l'équipage. On désinfecta le navire qui fut de nouveau affecté au service de l'évacuation. Tout d'abord, l'équipage resta indemne; mais, plus tard, la maladie fit de nouvelles victimes parmi les marins. Le navire hollandais Foor2^«ar^5 avait embarqué quelques centaines de coolies javanais à desti-

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nation de Suriaam. Durant la traversée qui fut fort longue, beaucoup de ces coolies qui, peut-être avant le départ, étaient au stade d'incubation, succombèrent au béribéri; la plupart des survivants durent entrer à l'hôpital de Paramaribo.

Dans la zone tempérée et même dans la zone glaciale, des navires peuvent être fort éprouvés par une maladie qu'on a voulu assimiler au béribéri (^).

Le climat et les saisons. — Les principaux foyers occupent les régions tropicales et sub-tropicales. Cependant le béribéri peut s'acclimater dans les régions froides, telles queYéso. La plupart des observations recueillies par Grimm provenaient de cette île où le climat est tempéré et même rude dans sa portion septentrionale. L'auteur y a étudié cinq grandes épidémies. Le nombre des malades qu'il a soignés a parfois dépassé plus d'un millier par an. Le béribéri remonte vers le nord jusqu'à l'île Sakaline et l'archipel des Kouriles où l'été est trop court pour permettre la culture du blé. Quant à l'Europe, elle a toujours été épargnée. Des soldats revenant des Indes néerlandaises atteints de béribéri, débarquent, chaque semaine, dans les ports de la Hollande ; ils entrent dans les hôpitaux militaires de Brombeck et de Zûtphen où ils sont

(1) Voir le chapitre : /)e5 Polynévrites observées à bord des voiliers.

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couchés dans les salles communes, et cependant ils n'ont jamais créé de foyer intérieur.

Le béribéri est endémique sur le littoral et à l'embouchure des grands fleuves, régions toujours surpeuplées. C'est une maladie qui

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hante les grandes villes, en particuh'er les quartiers bas et humides ; il est assez rare dans les campagnes.

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L'endémie se transforme en épidémie saisonfnière sous l'influence des brusques changements de température et surtout de l'humidité. Les années pluvieuses sont marquées par des épidémies particulièrement violentes et meurtrières. Parmi les troupes indigènes de la division septentrionale de la présidence de Madras, 68 ^/^ des cas appartiennent à la période des pluies. Dans l'archipel Malais, c'est pendant la mousson d'oue«t, marquée par des pluies diluviennes, que le béribéri subit sa recrudescence annuelle. D'après Gayet, dans l'archipel de Poulo Condor, dépendance de la Cochinchine, l'épidémie éclate toujours pendant la mousson du nord-est, froide et humide (novembre-janvier).

Le Japon est une des contrées les plus humides de la terre, il y a deux saisons des pluies, l'une en juin, l'autre en septembre. Or, les cas de béribéri sont nombreux pendant toule celle période et le maximum est atteint vers le mois de juillet {fig. 3).

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