‹ Le béribériChapitre 4 sur 22 · HISTORIQUE Q · texte numérisé non relu

HISTORIQUE Q

Mention est faite du béribéri dans le Kin-Ki (traité fondamental de la médecine chinoise datant de l'an 200 environ après Jésus-Christ). Mais ce livre a été si souvent remanié qu'il est impossible d'affirmer, au dire des hommes compétents, que le béribéri était déjà signalé dans les premières éditions de cet ouvrage. La première bonne description de la maladie se trouve dans un traité chinois de pathologie du vi^ siècle. Le Sen-Kin-ho, « mille recettes d'or », qui fut publié vers 64o par Son-Shi-Baku, donne un tableau assez complet du béribéri. « Le Kakke, dit cet auteur, est engendré par un poison gazeux qui se dégage de la terre sous l'influence du froid, du chaud, du vent, de l'humidité. Les pieds sont toujours en contact avec le sol, c'est pourquoi le gaz pénètre d'abord les jambes et plus tard les bras, le ventre, le dos, la tète et le cou... Les symptômes au début sont insignifiants, l'appétit et la santé générale ne sont

(1) Ces données historiques sont, pour la plus grande part, tirées de-la savante monographie de B. Scheube, Die Béribéri Krankheit, avec 2 planches et une carte, léna. G. Fischer, 1894.

pas modifiés. Brusquement survient une faiblesse des jambes telle que tout mouvement est impossible. C'est là l'unique symptôme... )). Au milieu d'une énuméralion de troubles très disparates, étrangers au béribéri, l'auteur chinois mentionne : le gonflement, les palpitations, la perte de la sensibilité des parties inférieures du corps, la mort subite ou rapide par asphyxie... « Les signes avant-coureurs de la mort, poiirëuit l'auteur, sont une forte oppres^ sion, des siieufs fréquentes, des sensations alternatives de chaud et de froid, la petitesse, la fréquence et la rapidité du pouls, enfin des vomissements opiniâtres ». Le gonflement ne doit pas être considéré conime un signe nécessaire du kakke, car ce gonflement peilt exister ou non. Dans le cas où la perte de la sensibilité dans les parties inférieures est constatée, généralement l'œdème des jambes fait défaut. Quand il survient des Vomissements, trois à cinq jours après l'anesthésie de la portion inférieure du corps, la maladie prend le nom de kak-ke-niyu-shint c'eâl-à-dire « le kakke s'enfonce dans le cœur J> ; en pareil cas, la mort ne se fait pas attendre.

Déjà, à la fin du x^ siècle, on distinguait, ert Chine, une forme sèche (kan-kak-kô) et une forme humide {shu-kak-ke).

Ali Japon, d'après Baelz, on parle du kakke dès le vii^ et le viii^ siècle de notre ère, époque à laquelle il frappe les membres de la plus haute aristocratie, et même les princes de sang impé-

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rial. Mais, pendant des siècles, sous le nom de kakke, on a confondu différentes affections, entre autres celles du cœur et des reins, le rhumatisme et Tanasarque, de sorte que, d'après Scheube, tous ces auteurs n^ont vraisemblablement pas connu le type morbide que nous appelons aujourd'hui le kakke. Cette maladie, si l'on accepte cette opinion, n'aurait fait son apparition, au Japon, que vers le milieu du xviii® siècle. Depuis lors, ce mal redoutable s'est réveillé dans ce pays à diverses reprises, mais c'est surtout depuis une trentaine d'années qu'il a pris une grande extension (^),

Le foyer américain est de date assez récente. Depuis 1866, époque à laquelle une forte épidémie éclata au Brésil, la maladie s'est acclimatée dans cette partie du monde, sans y faire toutefois autant de victimes qu'en Asie.

A l'époque contemporaine^ le béribéri s'est disséminé dans les îles du Pacifique, importé sans doute par les coolies chinois, japonais,

(1) En Europe, la notion du béribéri fut tout à fait inconnue jusqu'au milieu du xyii^ siècle, A cette époque, Jacobus BoNTius, qui vivait à Batavia (id3i-i63i) où il était « Archiater in Indiis », en donne la première description dans son ouvrage De tnedicina Indorxon.

Peu après la publication de l'ouvrage de Bontius, Guillaume Pison, alors Archiater au Brésil, lit paraître en Hollande un mémoire traitant d'une maladie qu'il désigne sous le nom de Stupor menibrorum. Cette description de G. Pison est alourdie par des idées théoriques sur le phlegme et la pituite qui la rendent parfois obscure.

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