‹ Le béribériChapitre 5 sur 22 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

hindous et annamites. Des épidémies meurtrières ont décimé la main-d'œuvre chinoise employée aux travaux de terrassement dans l'isthme de Panama. Les noirs recrutés pour construire le chemin de fer de l'Etat libre du Congo ont été presque anéantis par le fléau.

Dans les vingt-cinq dernières années, l'étude anatomique du béribéri a été méthodiquement entreprise et menée à bonne fin. Bien que nous ignorions encore la cause réelle de cette polynévrite épidémique, de fortes présomptions^ appuyées sur des observations rigoureuses, permettent de supposer que la maladie est d'origine infectieuse.

Les médecins européens élablis au Japon, parmi lesquels il convient de citer Baeîz et Scheube, ont imprimé à l'étude du béribéri une direction nouvelle ; ils ont tracé la voie dans laquelle se sont engagés à leur suite les médecins japonais, MM. Miura, Yamagata, Ogata, Aoyama, Takaki, etc.

Aux Indes néerlandaises, les recherches de Pekelharing et Winkler, d'Eijkman, de Yorderman, sans être décisives, ont introduit des notions nouvelles qui facilitent la compréhension de l'étiologie et, par voie de conséquence, contribuent à améliorer la prophylaxie.

Dans l'Amérique du Sud, les travaux de Almeida, de Da Silva Lima, de Alvarenga, de Lacerda nous ont appris le mode d'extension du béribéri dans le Nouveau-Monde. Les enquêtes

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faites par les médecins anglais P. Manson, Mac Leod, Travers, Durham, ont élucidé beaucoup de points douteux. Sous la direction de Hamilton Wright, le laboratoire fondé récennment dans la presqu'île de Malacca pour l'étude du béribéri a déjà fourni une ample moisson de faits.

La France ne pouvait se désintéresser d'une question dont dépend en partie son avenir colonial. Plusieurs de ses possessions loinlaines, et rindo-Chine en particulier, sont désolées par le béribéri qui affaiblit sa main-d'œuvre et amoindrit ses contingents de troupes indigènes. Aussi, les périodiques français et surtout les Archives de Médecine navale ^les Annales de Médecine et d* Hygiène coloniales, conliennen t-elles de nombreux mémoires consacrés au béribéri, parmi lesquels il est juste de citer ceux de Hagen, de Grall, Porée et Vincent, de Brémaud, etc.

Le nombre des publications concernant le béribéri est très étendu. Déjà, en 1894, à la fin de sa grande monographie, Scheube donnait l'indication de 363 mémoires, la plupart écrits en langue hollandaise ou allemande. Pour compléter la bibliographie, le lecteur pourra consulter les index placés à la suite de l'article Béribéri dans les deux manuels suivants : Scheube, Die Krankheiten der warmen Lànder, léna, 1900, p. 25o-254, etE. Baelz etK. MivRk^Handbuch der Tropenkrankheiten, Leipzig, 1906, Bd II, p. 172-174.

DOMAINE GEOGRAPHIQUE (^

Le béribéri occupe trois foyers principaux silués en Asie, en Amérique et en Afrique.

Le foyer asiatique est de beaucoup le plus considérable. L'endémie fait d'innombrables victimes dans l'archipel malais, les Philippines, la presqu'île indo-chinoise et le Japon.

Ce foyer s'étend, vers l'ouest, jusqu'à l'Inde anglaise, où le béribéri tst fréquent, sur la côte orientale, à l'embouchure du Krischna et du Godavery. En allant vers le sud, surlacôle de Coromandel, les cas de béribéri s'espacent, cependant la maladie existe à Ceylan et aussi sur la côte du Malabar. Le béribéri s'observe aussi dans la région des bouches du Gange, dans TAssam et dans un district situé au centre de l'Inde entre le Godavery et le Narbada. A Calcutta, on observe quelques cas d'importation, qui restent limités aux cooliea chinois.

Dans TArchipel Malais, le béribéri est en accroissement depuis une dizaine d'années. Il règne à l'état endémique à Java et surtout à Batavia dans les hôpitaux, les casernes et les prisons. A Sumatra, les soldats indigènes et même européens de l'armée néerlandaise, can-

(^) Voir les fig. i et a. Les hachures sont d'autant plus serrées que les foyers de béribéri sont plus intenses.

Les principaux Foyers

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DOMAINE GEOGRAPHIQUE

du Béribéri

Jeanselme — Le Béribéri

tonnés à la pointe d'Atjeh, ont été pendant de longues années décimés par le béribéri. Les coolies des plantations de Lampang fournissent un fort contingent à la maladie.

Les indigènes qui travaillent dans les mines d'élain de Banka, de Bintang, de Billilon sont très exposés à contracter le béribéri.

Des foyers, dont quelques-uns sont considérables, existent dans les plantations et les mines des Célèbes, des Moluques et de la Nouvelle-Guinée. A Labouan^ à Sarawak, et dans toute l'étendue des possessions anglaises de Nord-Bornéo, le béribéri est très commun.

Aux Philippines, il est endémique dans l'île de Mindanao. A Manille, capitale de Luçon, une forte épidémie éclata pour la première fois en 1882-1883 et s'étendit rapidement sur toute la province et sur les régions circonvoisines, en suivant le littoral. L'archipel des Solo est aussi contaminé.

Dans la presqu'île malaise, les districts miniers de Pérak, de Selangor et de Pahang sont des foyers de béribéri.

L'endémie a gagné une grande partie de la presqu'île indo-chinoise ; elle prédomine là où la popu lation est dense, c'est-à-dire dans les estuaires de rirraouaddy, de la Salouen,du Ménam et du Mékhong. En Birmanie, dans les Straits Settlements, en Gochinchine, le béribéri doit être compté parmi les maladies les plus meurtrières. Dans les hôpitaux et les asiles d'aliénés

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de Mandalay, de Rangoon, de Poulo Penang, de Singapour et de Bangkok, au péniteqcier de Poulo Condor, à la prison centrale de Saigon et à l'hôpital de Choquan, le béribéri est la maladie qui cause le plus de décès. De petits foyers existent disséminés sur toute l'étendue de l'Indo- Chine française. J'en ai relevé l'existence dans les hôpitaux de Vinh, de Gulao-Gien, de Huê, dans la prison de Pnom-Penh, dans la prison et l'hôpital indigène de Hanoï. Au Tonkin, le long du Fleuve-Rouge et de ses affluents, en particulier sur la Rivière-Glaire, de temps à autre de petites épidémies éclatent dans les postes de miliciens indigènes.

Sur tout le littoral de la Chine, le béribéri couve dans les ports : à Kouang-Tchéou-Ouan, à Pakhoï, à Hoïhao dans l'île d'Haïnan, à Hong- Kong, Amoy, Fou-tchéou, Swatow, Shanghaï, Tché-Fou.

Le Japon est assurément aussi éprouvé, sinon plus, que l'Archipel Malais. D'après Baelz et K. Miura, le nombre des cas de béribéri ne peut pas être estimé à moins de 5o ooo. Les statistiques officielles, il est vrai, accusent des chiffres beaucoup plus faibles, car les formes légères ne parviennent pas à la connaissance des autorités. La maladie était, il y a quelque trente ans, presque exclusivement limitée à quelques grandes villes maritimes de Nippon. Grâce au mouvement commercial favorisé par l'ouverture de bonnes routes, par la construction de chemins de

fer et la substitution de la navigation à vapeur à la navigation à voiles, la maladie s'est étendue sur tout Tempire du Japon, au nord jusqu'à l'île de Yéso, où le climat est très rude, au sud jusqu'à Riou-Kiou et à Formose, où le béribéri atteint, de préférence, les émigrants japonais. Des bords de la mer intérieure, le béribéri s'est élevé en suivant les voies de trafic jusqu'au plateau de Shinano dont l'altitude est de 6 à 900 mètres.

En Corée, la maladie semble avoir étéintroduile par les Japonais dans les ports ouverts de Foushan, Cbemulpo, Gbinanpo, ainsi qu'à Séoul, la capitale. La maladie reste rare parmi les Coréens.

Le béribéri paraît avoir été importé par les coolies chinois et japonais aux îles Hawaï, aux Fidji, à la Nouvelle-Calédonie, à la Nouvelle- Zélande, aux îles de la Société et sur le continent australien, à Boulia(Queensland).Des cas sporadiques ont été signalés àSydney et à Melbourne. Aden, où relâchent beaucoup de navires qui se dirigent de l'Inde et de l'Extrême-Orient en Europe, n'est pas devenu un foyer endémique de béribéri, mais on y observe de temps à autre des cas d'importation.

Le foyer mnéricain s'étend le long de la côte orientale de l'Amérique du Sud. C'est au Brésil que l'endémie est le plus accusée. Elle règne sur tout le littoral, dans les Etats de Matto Grosso et du Para, et le long des affluents de l'Amazone. Les cas de béribéri sont communs au

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Paraguay, au Venezuela el dans les Guyanes. La main-d'œuvre employée aux travaux de terrassement dans l'isthme de Panama a eu fort à souffrir du béribéri. La maladie tend à gagner les Antilles, elle a fait son apparition à la Guadeloupe et à Cuba. Les émigrants jaunes l'ont introduite en Californie^ à San- Francisco, en particulier.

Le foyer africain est en voie d'extension rapide. Le béribéri règne sur la côte de la Haute et de la Basse-Guinée, surtout à l'embouchure des grands fleuves : le Niger et le Congo, depuis ie Sénégal jusqu'à Angola. Il a fait récemment son apparition au Togo. Il fait des progrès importants au Cameroun : en deux ans, F. Plehn n'observa que i3 cas seulement; Lichtenberg, en un an (1896-1897), eut à soigner, parmi les troupes auxiliaires de la garnison, fortes de i5o hommes, i5 cas qui se terminèrent onze fois par la mort. La maladie paraît avoir été importée dans l'Etat du Congo, pour la première fois, en i885, par des travailleurs krûneger, elle ne gagna pas les indigènes. En 1886-87, Tépidémie sévit avec violence sur les Cafres employés à la construction du chemin de fer.

Le béribéri existe aussi au Natal, à Zanzibar, dans l'Afrique orientale allemande, à Madagascar et aux îles Maurice et de la Réunion.

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