‹ Le BerninChapitre 12 sur 35 · I. Cité par Pollack : Lorenzo Bernini, p · texte numérisé non relu

I. Cité par Pollack : Lorenzo Bernini, p

signano, Pomeranzio, Guido Reni, Pierre de Cortone et au Bernin. « Il semblait, dit Passeri, que le siècle d'or de la peinture était revenu. » Nous possédons encore le tableau du Bernin qui représente saint Maurice et le massacre de la légion thébaine. C'est une œuvre qui ne témoigne pas d'une grande originalité; elle est confuse, inutilement encombrée; on y remarque toutefois une grande vivacité de mouvement, et, dans le coloris, cette recherche de fortes oppositions d'ombres et de lumières qui sera un des traits caractéristiques de son art.

A vrai dire, le Bernin ne réussit pas dans l'art de la peinture, et il fut le premier à le reconnaître, car il ne persévéra pas dans ses tentatives, et son fils nous dit, dans la biographie de son père, qu'il détruisit lui-même toutes ses œuvres. Le tableau de saint Maurice est le seul qui subsiste des deux cents toiles qu'il aurait peintes. Le tableau représentant un Anachorète, de la Galerie Doria Pamphily, que Fraschetti tente d'attribuer au Bernin, ne me paraît pas être de ce maître. La peinture en est trop précise, trop étudiée dans de menus détails, elle contraste trop avec la liberté du Bernin pour être de sa main. L'attribution traditionnelle de ce tableau à Francesco Mola peut être maintenue.

Absorbé par ses nouveaux travaux de peinture et surtout par les grandes œuvres d'architecture

que lui commandait Urbain VIII, le Bernin avait dû laisser reposer son ciseau de sculpteur. Toutefois, dans les premières années du pontificat d'Urbain VIII, il eut l'occasion de faire une de ses plus charmantes statues. On venait de retrouver le corps de sainte Bibiane, et le pape voulut perpétuer le souvenir de cette découverte en restaurant la vieille église qui était consacrée à cette sainte. C'était une toute petite église située près de la Porte San Lorenzo, presque en dehors de la ville. Urbain VIII demande au Bernin de remanier l'intérieur, de faire une façade nouvelle, et de sculpter pour l'autel majeur la statue de la sainte.

Le Bernin a trente ans, il est dans toute la force, dans toute l'impétuosité de son talent, il vient de terminer les statues faites pour les Borghèse, il a dans les yeux toute la volupté de sa Daphné et, pour la première fois, laissant de côté l'antiquité classique, il va s'attaquer à un motif chrétien. Mais, pour lui, cette jeune sainte, comme sa Daphné, est encore un motif d'amour, un hymne à la jeunesse et à la beauté de la femme, et le charme avec lequel il avait sculpté la nudité de la déesse antique, il le retrouve pour dire la chasteté de la jeune vierge chrétienne (PI. V).

C'est la première figure vêtue que nous rencontrions dans l'œuvre du Bernin, et lui qui, plus tard, dans l'élan de sa science et de sa prestigieuse habileté, se risquera à tous les tours de force de la

complication des vêtements, à toutes les audaces des raccourcis et du mouvement, il est ici d'une correction vraiment digne des purs classiques. Appuyée sur une colonne, sainte Bibiane lève modestement les yeux vers le ciel, elle soulève un bras, et ce geste timide met seul un peu de mouvement dans cette immobile figure toute enfermée dans les lignes simples d'une sobre silhouette. A droite, le vêtement, par des plis très fins, par des ressauts à peine visibles, suit le corps, de l'épaule jusqu'aux pieds, et à gauche la ligne rigide et géométrique d'une colonne fait une vive opposition avec le délicat contour des étoffes. Un manteau est ramené vers le milieu du corps, et, par quelques fortes saillies, fait valoir la finesse de la robe modelant la poitrine et des plis souples de la jupe tombant tout droit sur les pieds. Il y a là un art tout fait de nuances et de délicatesse, un charme que le Bernin lui-même a rarement retrouvé. Le Bernin qui a tant aimé les violents contrastes sait aussi combien une œuvre peut être captivante par des harmonies discrètes. Il en est en sculpture et en peinture comme en musique. Les yeux, comme les oreilles se réjouissent aux fines modulations, aux transitions insensibles des formes, des couleurs et des sons; et jamais la main de l'homme n'est assez souple pour rendre les modelés de la chair, pour suivre l'étoffe qui repose sur elle et en révèle toutes les palpitations. Le

Bernin qui recherche si souvent la violence a été exceptionnellement heureux dans les œuvres de tendresse, dans les passages les plus finement nuancés. Il se trompera parfois en cherchant l'expression de la force masculine, il ne s'égarera jamais lorsqu'il aura un corps de femme devant les yeux.

Dans la sainte Bihiane, il faut aussi signaler les recherches expressives. Ce qui est nouveau ici chez l'artiste, et ce qu'il conservera désormais toute sa vie, c'est l'expression passionnée de la figure qui, toute ravie de bonheur, regarde le ciel comme si elle y voyait apparaître les traits de son bien-aimé. Le Bernin a été un chrétien, mais dans le christianisme il semble avoir vu surtout l'expression de la tendresse et de l'amour; il sculpte des femmes, de jeunes et jolies femmes, les Madeleine, les sainte Thérèse, les Carmélites, fiancées du Christ. Il semble que son cœur le destinait à comprendre plus que tout autre certains côtés de la vie chrétienne, l'extase amoureuse qui s'empare de l'âme des vierges et les fait se livrer tout entières à un amour surnaturel.

Avec le même sentiment d'élégance féminine il composa pour l'église de l'Ara Cœli une inscription destinée à consacrer la mémoire du frère du pape, le général Carlo Barberini, mort en 1630 (PL VI). Cette Inscription Barberini est un des

chefs-d'œuvre du Bernin : sur la targe, deux figures de femmes, deux Victoires sont assises, et c'est une souplesse de formes, une délicatesse de pensée et d'exécution qui nous rapproche de la sainte Bibiane, et où nous ne trouvons encore aucune des violences, parfois trop capricieuses, de la fin de sa vie. Drapées comme des statues grecques, dans de longues tuniques aux plis élégants, les Victoires du Bernin s'accoudent, faisant valoir la grâce de leurs bras nus et la fine enveloppe des voiles légers qui couvrent leurs jeunes corps. Elles s'appuient sur des boucliers richement décorés, et le casque de bronze qui encadre leur figure fait, par sa masse, ressortir plus vivement encore la délicieuse finesse de leurs traits. Plus tard le Bernin ira vers des formes qui seront moins pures, parce qu'il les voudra plus expressives; la tension de son âme va briser le moule délicat dans lequel sa jeunesse enfermait sa vision sereine de la beauté. A ce moment il crée un autre chef-d'œuvre que lui inspire la beauté de la femme, c'est le portrait de cette Costanza Biionavelli dont il était l'amant. Ayant à reproduire le visage de celle qu'il aimait, le Bernin n'a pas cru devoir recourir aux subterfuges de ses prédécesseurs qui donnaient aux saintes et à la Vierge les traits de leur maîtresse. Quoi qu'on dise, nous ne l'avons pas la Fornarina de Raphaël, ni la Catherine de Benvenuto Cellini, et la Lucrèce d'Andréa del Sarto, nous ne la jrevoyons

Phot. Gargioll.

Page 1