PROJET POUR LA COLONNADE DE SAINT-PIERRE
Médaille d'Alexandre VIL
front; les deux autres allées, qui sont architravées, sont un peu plus étroites.
La colonnade est surmontée de statues qui, au nombre de cent soixante-deux, s'élèvent sur les balustrades de la face intérieure et de la face extérieure. Quel travail colossal et quelle armée de praticiens le Bernin ne dut-il pas avoir à son service pour en venir à bout! Ici, encore, avec son infatigable activité, il voulut diriger le travail et faire le modèle d'un certain nombre de ces statues. Sandrart nous dit lui avoir vu exécuter le modèle de vingt-deux. Quoique ces statues soient des œuvres franchement décoratives, de mouvements nettement accentués, traitées de façon à produire leur effet à grande distance, elles mérir teraient d'être analysées dans une étude de détail. Une série de photographies pourrait permettre des comparaisons intéressantes et peut-être nous mettrait à même de reconnaître les statues auxquelles le maître a mis personnellement la main.
Cette colonnade est si parfaitement belle qu'elle n'a jamais suscité de critiques, même au moment où le Bernin fut le plus décrié : « Pour séparer justement et impartialement, dit Cicognara, ce qui assure la renommée du Bernin dans les trois œuvres colossales qu'il lui fut donné d'entreprendre à Saint-Pierre, dans le baldaquin, la chaire et la colonnade, on peut dire que par les deux premières il obtint le suffrage de ses contempo-
ii6 LES MAITRES DE L'ART
rains et par la dernière celle de la postérité \ » On peut se demander pourquoi le Bernin a adopté quatre rangées de colonnes et fait ainsi un travail si dispendieux. En examinant un de ses premiers projets où il n'en avait prévu que deux, il semble qu'on peut deviner les raisons qui l'ont amené à renoncer à cette idée. L'œuvre était trop menue, trop petite, elle manquait de majesté et de grandeur. En employant quatre rangées de colonnes et en leur donnant les dimensions trapues du style dorique, au lieu des formes élancées du style corinthien, il trouvait sans lourdeur une forme robuste, isolant mieux la place des constructions voisines et qui, de plus, donnait un espace suffisant pour le passage des voitures et des piétons, tandis que ses colonnes massives et rapprochées mettaient sur cette route l'ombre toujours si nécessaire à Rome.
On remarquera que le diamètre des colonnes va en augmentant progressivement de la rangée intérieure à la rangée extérieure. Fraschetti en donne comme raison que, grâce à cette disposition, lorsqu'on est au milieu de la place, l'œil ne voit que les colonnes du premier rang. Mais un tel résultat, d'ailleurs peu intéressant, eût été obtenu aussi bien, et plus facilement encore, si toutes les colonnes avaient eu la même dimension. Ne faut-il pas plu-