I. Passeri, le Vite, p
ce que le Bernin ne reçut qu'en 1625 le solde du. paiement de la statue '.
Cette Daphné si voluptueuse ne laissait pas de surprendre un peu l'entourage du cardinal Borghèse. Un de ses amis, le cardinal de Sourdis, ne put s'empêcher de lui dire qu'elle était si belle qu'il aurait scrupule de l'avoir dans sa maison, que la figure d'une belle fille nue comme celle-là pourrait émouvoir ceux qui la verraient. Et le cardinal Barberini, le futur pape Urbain VIII, de répondre, avec un sourire, que grâce à deux vers il se faisait fort d'y porter remède. Et il écrivit ces vers qu'on grava sur le piédestal de la statue :
Quisquis amans sequitur fugitivae gaudia formas Fronde nianus implet, baccas seu carpit amaras.
Le Bernin lui-même donna très finement le sens de ces vers : « Le plaisir après lequel nous courons, ou n'est jamais atteint, ou s'il est atteint, ne donne, en le goûtant, que de l'amertume. »
C'est charmant, mais ce n'est pas avec un trait d'esprit qu'on peut cacher le sens d'une œuvre d'art. La Daphné n'est pas pour donner une leçon de morale, mais pour charmer les yeux d'un épicurien.
Nous remarquons déjà dans ces statues quel-
I. Registro del Cardinale Scipione Borghese. Cité par Fras- CHETTI, p. 26.
ques-uns des caractères qui ne disparaîtront jamais de l'art du Bernin : son extraordinaire habileté de praticien qui lui fait évider les masses, multiplier les saillies et traiter le marbre comme une cire molle, et cette passion du mouvement qui lui fait proscrire tout ce qui pourrait être un indice de repos et chercher par tous les moyens possibles à exprimer l'agitation et les violences passionnées de la vie.
A cette époque, vers 1623, le Bernin produisit une autre œuvre très importante, un groupe de Neptime et Glaucus pour la Villa du cardinal Montalto. Ce groupe a été vendu au début du siècle dernier à un banquier anglais qui le transporta en Angleterre. On ne sait pas s'il existe encore; mais nous le connaissons par une belle gravure de la chalcographie de Rome.
Ces sculptures, exécutées pour le cardinal Scipion Borghèse et pour le cardinal Montalto, occupèrent le Bernin, non seulement sous le pontificat de Paul V, mais aussi sous celui de son successeur, Grégoire XV, qui fut d'une courte durée.
Le fait le plus important à noter sous le nouveau pontificat fut le commencement des relations du Bernin avec l'ordre des Jésuites qui devenait tout puissant. C'est pour eux, pour leur église du Gesù, qu'il fait le Tombeau du cardinal Bellarmiiw. Ce monument n'existe plus en son entier; mais nous possédons encore le buste du cardinal, qui est une
œuvre d'une grande puissance. Les mains jointes dans un acte de prière, la tête inclinée, les yeux légèrement clos, donnent à la figure une très belle expression de douceur et de piété attendrie.
A ce moment le Bernin est déjà un des maîtres les plus en vue de la ville de Rome, il est recherché de toutes parts, il possède les amitiés les plus illustres, et l'un de ses intimes est ce cardinal Maffeo Barberini qui, dès sa nomination au trône pontifical, allait s'attacher le jeune artiste de vingtcinq ans et lui assurer la plus prodigieuse des fortunes.
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