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LA HELLE TITINE

A Ch. Vmider Stappcn.

C'était là quelque part dans la grosse rumeur de ruche du faubourg Saint-Denis, Un soir, avec des camarades, des copains d'atelier, Chervoise était entré dîner dans la rôtisserie, une grande vitrine derrière laquelle, aux lèches des torves flammes roses, sous la hotte de l'àtre garnie de reluisants jambonneaux, lentement vironuaient les broches. Un couloir ensuite menait à des pièces en boyau où, sous les plafonds bas, charbounés de gaz et de fumées de cuisine, s'alignaient, comme des dominos, les marbres des tables. A travers la couraillerie affairée des servantes au bonnichon en coup de vent, une grande fille placide, la courbe des épaules et des

hanches moulée par le modeste mérinos de la robe, circulait, sans paroles, un crayon et un calepin à la main, l'air sérieux d'une comptable de magasin.

— G'est-y la patronne? fit Ghervoise tout de suite pris par sa stature et sa belle mine honnête.

— Hé! non! répondit Mariolles. On voit bien que tu n'es pas de la maison. C'est mamzelle Titine, la caissière du père Pichon, le gargotier de céans. Une vertu ! N'y a personne pour dire qu'il lui a vu seulement la frange du pantalon.

— Ah! nom de Dieu! quel modèle!...

Oui comme ça, dans sa robe noire... Avec le rêve de ses yeux lourds, dans ses grandes chairs grasses ! Et torcher ça avec des barytes, un rien de vermillon ! en pleine pâte ! C'est ça qui me consolerait de mes portraits de grosses bourgeoises soufflées à trois cents francs le mufle !

A la pointe des dents, sans pouvoir quitter des yeux la belle fille, indolemment Chervoise dépeça le bif fibreux qu'il

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