‹ Le bestiaireChapitre 12 sur 23 · LA BELLE TITINE 20Î · texte numérisé non relu

LA BELLE TITINE 20Î

s'était commaiulé. I^]lle avnit remarqué riiisislaiice du plissement île piiupière dont il concentrait ses puissantes formes harmonieuses. Quelquefois, d'un glissement furtif de la prunelle, un peu gênée comme par un attouchement qu'elle eût senti lui errer par la peau, évitant d'approcher de la table, rapidement elle l'observait.

Chaque soir, à présent, Chervoise revenait s'attabler dans la rôtisserie. Il entrait, après le coup de feu des huit heures, dans le demi-silence des tablées attardées et tilait droit jusqu'au fond, — un recoin sous la montée eii pas de vis d'un escalier où on finissait par lui garder son marbre. Des relents aigres d'échalotes et de graillons refluaient en cet espace exigu, chassés des fourneaux par le coup d'air de la porte. Un intolérable fleur d'eaux grasses et d'écurement de vaisselles, en outre, souillait de l'évier où barbotaient les laveuses. C'en était trop pour son estomac voué aux petits tarifs des mangeoires prolétaires, délabré par les fislu-

leuses et coriaces viandes qu'il ingérait depuis de -longues années. Toujours, en sortant, il lui fallait éructer péniblement un malaise de digestion, un tardif et nauséeux remords pour un regoulas qu'il s'obstinait à prolonger afin de demeurer un peu de temps seul avec M^'*^^ Titine. Les salles enfin se vidaient ; éboulées en des coins, les servantes comptaient leurs recettes dans leurs genoux; le brasillement à bout des feux de bois là-bas, sous le clignotement las des gaz, tempérait ses touffeurs ; il avait la joie de la sentir venir à lui, après ses stations de tout un soir devant les tables et les additions toujours recommencées qu'elle dépêchait dun frôlement de doigt rapide le long des feuilles de son carnet.

— Ah ! je n'en peux plus, j'ai les jambes brisées, disait-elle avec son beau sourire en posant ses poings sur la nappe de grosse toile humide, devant Ghervoise qui, une cigarette aux lèvres, se défendait de trop vite siroter une épaisse décoction de marc.

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