LA PENSION SAINT-AMOUR
A Octave Maita.
Dans le (jiiartier, les Saint-Amour passaient pour un Fiiénage uni. On ne savait pas exactement la profession du mari ; peut-être n'en avait-il pas ; et, cependant, pendant tout un hiver, la fruitière d'en jjas se rappelait l'avoir vu sortir, une serviette en cuir sous le bras. Il se peut, en elTet, que vers ce temps, Orner Saint- Amour eût eu la pensée louable de se chercher une occupation en faisant la place soit pour un photographe (nus académiques), soit pour un courtier d'annonces, soit pour tout autre industriel, car cette période de sa vie ne s'est jamais complètement élucidée. Plus jeune, il
avait colporté sans succès un onguent pour les cors et les durillons.
Mais ce pauvre Orner ne semblait vraiment pas doué des facultés qui rendent efficace la lutte pour l'existence. On le vit petit à petit abroger la serviette en cuir pour un cabas avec lequel M™^ Saint- Amour l'envoyait se fournir aux boutiques et aux chars des marchandes des quatre saisons; ou bien il promenait le long des trottoirs un affreux roquet rouvieux et qui, dans le cœur de l'aimante Juliette, sous le nom de Castor, bénéficiait de sa maternité sans emploi.
Pour M™'' Saint-Amour, c'était une personne de bon ton, réservée en ses propos et ses arrois, toujours vêtue de noir — le vrai portrait d'une honnête femme qui n'entend pas faire parler d'elle et mitigé, pour un vertueux dessein, les suprêmes émois de prunelles autrefois guerroyeuses. Généralement elle sortait le matin, son paroissien à la main, et ne rentrait qu'à la nuit, laissant Samt-Araour s'arranger tout seul pour le fricot. (Sans