PART AGE
Elevage proprement dit. -— La basse vallée de la Drôme se livre plutôt à l'élevage du cheval qu'à sa naissance.
Depuis longtemps la Drôme Ss'adonne à cette spéculation. Delacroix, en 1835, dit que les chevaux d? Fisère, de l'Ain, du Cantal et du Puy-de-Dôme « entrent dans «nos marchés à l’âge d'un à deux ans, et se revendent « avec bénéfice lorsqu'ils ont pris toute leur taille et qu'ils « Sont façonnés au travail. » Dechambre écrit qu'autrefois, « de petits chevaux trapus et vigoureux, que l’on « appellait les ragols de Saint-Boñnet, étaient achetés « poulains en Auvergne et en Lorraine : ils faisaient prime «Chez les marchands de Lyon et de Marseille. » Gel élevage est toujours important.
La densité des chevaux est pourtant assez faible dans notre département : quatre chevaux par kilomètre carré, en 1906 (d’après René Musset, dans son ouvrage cons:!cré à « l’élevage du cheval en France »). Les statistiques et les cartes établies par cet auteur permettent des constatations curieuses. Si, sur une carte de France, nous tirons une ligne idéale allant de Belfort à Bayonne, tous les départements situés au sud (en mettant à part le Rhône, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, la Haute- Garonne et.le Tarn-et-Garonne) ont une densité de population équine égale ou inférieure à celle de la Drôme.
Mais, si dans chacun de ces départements on établit le rapport du nombre au-dessous de trois ans, au nombre total, on constate alors que notre département, avec 1e chiffre de 32 % occupe incontestablement Ia première place. Les Basses-Pyrénées ei l’Ariège, avec un rapport de 31 % le suivent de près. Aucun des autres départe-
ments ne dépasse le chiffre-de 24 %.
Si la Drôme n’a pas une population équine très dense, si elle n’est pas, non plus, à proprement parler une région de production, c’est incontestablement une région d'élevage.
Cette industrie était assez faible en 1840 : la proportion des poulains dans l’ensemble des chevaux n’était alors que de 10 %. Plus tard, élle se développa. L'enquête agricole qui eut lieu en 1868, nous apprend qu'à cette époque les chevaux étaient l’objet de nombreuses spéculations d'élevage dans le département et dans la région : « A « Crest, y:est-il dit, on achète les chevaux, mules et « mulets à l’âge de 6 ou 18 mois. Ils coûtent alors 400 « francs environ. Quand le sujet a bien réussi, On peut « le revendre apès Ja première mue, qui a lieu entre 3 «el Æ ans, 5 à 600 francs : les dépenses de nourriture « sont compensées par les services rendus et par les « engrais de litière. » (or
À Pheure actuelle, environ 2.500 sujets par an sont importés dans la Drôme à l’âge de 6 mois, 18 mois et 3 ans. Ils sont revendus après dressage, ordinairement vers l’âge de 4, 5 ou 6 ans. « Les poulains sont achetés dans
c l’ouest de la France, en pleine croissance : on ne peut,
« les employer qu’à des travaux aisés, peu fatiguants... « Sitôt grandis et propres aux dures besognes, ils sont « vendus au dehors. »
À quoi peut-on attribuer cet ‘essor de l'élevage ? Tout d’abord et surtout à l’augmentation des ressources fourragères, par Suite de la suppression des Jachères et du développement des prairies artificielles. Mais aussi. comme Pa écrit M. Rolland, inspecteur général de lagriculture :°«.,.Le séjour dans la Drôme constitue une étape
« de transition nécessaire, pendant laquelle les animaux « se préparent, dans un climat intermédiaire, à passer « de Jeur climat d’origine dans le elimat méridional « tout différent. Le département de la Drôme semble « done dans une situation privilégiée qui lui permettra « toujours d'offrir des chevaux, dont l’adaptation dons « les pays chauds et secs sera beaucoup plus facile. »
a) Elevage des poulains de l'année. — De nos jours, c’est à l’entrée de l'hiver, à peine s°vrés, vers l’âge de Six Mois, que les poulains sont achetés. La région absorb: tout d’abord la production locale, mais celle-ci est insuffisante à satisfaire tous les besoins. Ce sont des poulains d'importation qui forment de beaucoup le lot le
plus important.
Les transactions ont lieu prinei palém ent chez les nÉgOciants, qui convoquent au moment voulu leurs ach£teurs habituels. Pourtant des animaux en assez grand nombre sont mis en vente à la foire du 9 décembre, à Puy-Saint- Martin. Cette grande réunion, la « foire froide », comme elle est dénommée, a conservé encore son antique renommée. Les mules et muletons de lAuvergne et du Poitou qui y sont exposés, S’acheminent surtout vers les exploitations de la plaine de Montélimar, Quant aux poulains, en provenance de Bretagne, mais surtout de l’Ardèche (Coiron), de l'Aveyron et du Plateau Central, ils vont être disséminés dans les fermes de la région crestoise.
Jusqu'à convenablement nourris, en général, mais trop privés du
l'âge de 18 mois, ils seront élevés à l’écurie :
mouvement nécessaire aux êtres jeunes. Nous insistons à
nouveau sur les inconvénients d’une telle hygiène,
; LRU) eut
Leur croissance terminée, arrivés à Fâge adulte et dressés au travail, ils quitteront notre sol pour aller finir leur carrière dans les plaines viticoles du Languedoc, sur le pavé marseillais ou même à l'étranger, en Halie et en
Espagne.
b) Elevage des poulains : de 18 mois. — Mais nos compatriotes semblent, depuis quelques années, se «lésaffectionner de l'élevage du jeune poulain. Leurs préférences se portent plutôt sur les animaux de 18 mois, les « doubles » comme ils les nomment, qu'ils acquièrent généralement aussi à l'entrée de l'hiver.
Ceux-ci arrivent en majeure partie de la Bretagne ou de ses confins. Morlaix, Landevisiau, Brest dans le Finistère, Lamballe dans les Côtes-du-Nord, Le Mans, Château-du- Loir dans la Sarthe, Laval, Villaines, La Juhel dans la Mayenne sont les principaux centres d'achat. Ce sont
tous des animaux de gros trait d’une production assez
homogène, dé modèles réussis en général, et, partant, une fois arrivés à l’âge adulte d’une vente rémunératrice. Par un séjour prolongé dans les centres de production, où les conditions hygiéniques nécessaires à la croissance des jeunes sont favorables, ces animaux Ont une ossature bien développée et de bons aplombs. D'un tempérament plus robuste que les poulains de Fannée, ils s’adapteront plus facilement que ceux-ci à leur nouveau milieu : ils feront preuve de plus de résistance aux affections diverses. et aux maladies endémiques telles que la gourme.
A cel avantage nous ajouterons que ces animaux ne
passeront pas une année entière à l'écurie sans produire
-de travail. Peu de temps après leur achat, une fois remis
RE A po Le pen TO À 4 ne
EP) in
de leur pénible voyage, et acclimatés, on commencera leur dressage. Rapidement ils prendront rang dans le bétail utile à l'exploitation agricole.
Si les percherons et leurs croisements sont assez nombreux, ce sont les bretons de gros trait qui dominent. Solides, travailleurs, ce sont d'excellents serviteurs fort appréciés dans la région. On les trouve dans la plupart des exploitations de quelque importance.
Ces animaux sont vendus vers l’âge de 4 ou 5 ans, avec un bénéfice toujours appréciable, quelles que soient les fluctuations des cours.
C'est le mode d'élevage le plus en faveur à lheure actuelle dans la région crestoise. C’est celui que nous encourageons comme le plus rationnel.
Il tend à se substituer à la spéculation suivante, très en faveur il y à quelques années et toujours florissante ‘du reste dans les plaines de Valence, de Romans, de Chabeuil, d’Etoile, de Livron et de Loriol.
c) Elevage des chevaux de 3, 4 et 5 ans. — Valence est depuis longtemps un centre de commerce de chevaux mais celui-ci n'a pris vraiment un grand développement
“que depuis 1890. « La région environnante s’est fait le « centre d’approvisionnement du Midi ; c'est une imdus- « trie déjà existante qui s'est développée ».
Des négociants vont chercher dans les centres de production, principalement en Bretagne, beaucoup plus rarement dans le Perche et les Ardennes, des chevaux entiers de 3, 4 ou 5 ans. Mis en garde, autrefois, chez les éleveurs auxquels était assuré un bénéfice allant ordinairement de
75 à 100 franes, ils leur sont vendus depuis la guerre.
Répartis dans les exploitations, 11 y servent aux travaux de culture. Acclimatés, ils subissent chez leurs nouveaux propriétaires l'opération de la castration. Une fois guéris et mis en état de vente, ils sont revendus, habituellement, aux négociants mêmes qui les avaient livrés. Certains propriétaires voient passer ainsi dans leurs écuries, au cours d’une seule année, un nombre assez important de ces chevaux de commerce. ;
« Dans les environs de Montoison {près de Crest), dit « René Musset, ...le séjour des jeunes chevaux bretons « n’est plus pour ainsi dire qu’une étape : ils traversent « le pays, n’y restant que le temps nécessaire pour subir « la castration et s’en remettre ; les marchands les met- « tent quelques mois en pension chez les cultivateurs pour « 75 francs. Puis il les reprennent et les vendent dans la « région méridionale ou à l'étranger. On évalue à 300 « par an le nombre de ces chevaux. » |
Si les éleveurs de certaines de nos communes en bordure de la plaine de Valence (Allex et Montoison principalement) se livrent encore à des transactions actives, cet élevage est, depuis la guerre, en décroissance marquée dans la région. Crest, Eurre, Divajeu, Chabrillan ne s’intéressent plus guère à cette spéculation. Les statistiques ne peuvent qu'imparfaitement faire ressortir pareille situation, parce qu’elles n’ont jamais tenu compte de cette population flottante qui renouvelait si fréquemment, il v a seulement quelques années, les effectifs de nos écuries.
Nos éleveurs doivent-ils le regretter?
Sans (toute, les bénéfices réalisés par ces achats et ces ventes successives sont-ils souvent intéressants. Mais 12S principaux bénéficiaires d’un tel commerce sont surtout
Le SES
EJ
ae
ENMEMMaNU CE PEN]
EPA ES NAME
espèce chevaline, dans les deux cantons de Crest,
Mouvement de !l
de 1900 à 1925