‹ Le Béyan persanChapitre 2 sur 85 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

souci de raisonner ; on agit avec son livre comme avec une ville conquise.

On oublie, quoique l'on soit Orientaliste, les mauvaises copies que l'on possède manuscrites, de n'importe quel ouvrage, et l'on accuse le Bâb des erreurs de plume ou de copie d'un individu ignare, qui vivait en copiant à la hâte des ouvrages suspects. Car enfin, durant longtemps, il suffisait d'être trouve porteur d'un texte de la secte nouvelle pour être aussitôt exécuté. L'on sait avec quel succès la nouvelle religion conquit ses premiers croyants et quelle secousse formidable en reçut l'antique Empire d'/ra/i : on doit en conclure qu'elles étaient nombreuses, malgré toutes les tortures et toutes les recherches, ces copies hâtives, qui circulaient sous le manteau et s'en allaient partout exciter l'enthousiasme ou le fanatisme.

Et puis enfin il faut bien admettre que le Bâb était un homme ; qu'il possédait ce qu'il fallait pour La vie de ce monde, un corps et une âme, un cœur et un cerveau ; du moins u-t-il montré, dans le choix de la carrière qu'il a suivie, un courage cl une intelligence — tranchons le mot : un génie — (|ue l'on rencontre rarement et qui devrait, au

moins par sa mort, forcer le respect et L'attention. [1 avait, tant en Arabe qu'eu Persan, une merveilleuse facilité d'élocution : j'imagine qu'il parlait sa Langue infiniment mieux que ses critiques Européens, et qu'il comprenait au moins ce qu'il disait

SKYYKI) ALI MOHAMMKI) OIT LE BAB

Or, s'il se comprenait lui même, pourquoi ne pourrions nous pas le comprendre u notre tour. Pourquoi, sans autre raison que les calomnies de ses ennemis, accumuler sur la route lumineuse qu'il a suivie, laite toute d'amour du prochain et de charité ultra chrétienne, les objections menteuses d'une science pédante, faussée et qui se laisse éblouir par les calomnies intéressées du Chiisme. Pourquoi le rendre responsable de l'imbécillité générale des copistes persans, qui — circonstance singulièrement aggravante — vivaient dans une terreur constante de ceux qui les environnaient et à la fureur desquels la moindre imprudence pouvait les livrer. Pourquoi entre ce cerveau puissant, rêvanl un rêve immense et l'exprimant par la parole, et l'humble manœuvrier — car on ne peut donner d'autre nom au copiste persan — glacé par la peur, donner raison a ce dernier !

En définitive, on ni- peut faire an plus complet, un pins bel élogede aotre héros. Croire l'écraser de son dédain en raison de fautes qu'il n'a pas commises, dont aucune ne lui est imputable, n'estce pas agir vis à vis de lui comme l'a fait le

Saxiikndrin vis a vis du CHRIST ? N'est ce pas démontrer une ignorance profonde des deux thèses en présence, l'orthodoxe el la réformatrice ?N'eet ce pas reculer indéfiniment, l'explication de ce phénomène incroyable : le peuple Persan tout

entier, effaré, perdant la tète, ahuri, prêt a se prosterner devant I'Imam Meiidi apparu !

Non ! Non ! Que Le temps passe, que l'on examine impartialement, comme on commence à le faire pour Mohammed, l'œuvre merveilleuse du réformateur, Mne l'on dégage ses pensées des brumes, des ténèbres, des obscurités accumulées par ceux qui prétendent qu'il faut « oublier tout bon sens pour le comprendre » et l'on rendra justice à ce puissant cerveau, jaloux d'éclairer ses concitoyens et de guider le reste de l'humanité vers des destins meilleurs. Car c'est l'humanité tout entière qu'il veut instruire ' : c'est elle dans sou ensemble qu'il veut mener sur les chemins de la connaissance. Le nier, c'est nier l'histoire entière de tous les Prophètes : c'esl oublier les doctrines de « l'exposition claire », c'est méconnaître la portée de la Loi nouvellement révéler.

Donc, et pour en revenir au passage incriminé,

voici commentil faut lire : « \mma bas'adouné

harfé vahidine mine houroufé ellallab yaghloubou koullé aharoufi La élahé béma <pl<1 qaddara allahou iii,i mine cl haqqé. Vallahoa ala Lcoulli chéïiu qadirine ».

Lisant ainsi, nous sommes eu pleine doctrine Bâbie. En effet, le progrès esl inscrit dans in Loi

i. ii faiu HurVoul oublier i eu iI'Abdoi i

i;, iiv pour oompren Ire le Bàb La 5 ■ conférence de M M,, .H, esl car ictérietique .1 ce Bujet. Elle est un ramassis <l<> tous h-v dires 'lo- Abdoul Béhahis.

de l'humanité. Malgré bien des à coups, dus surtout à l'ignorance de nos semblables, nous marchons sans relâche dans la voie de la connaissance de Dieu : la meilleure preuve en est, depuis Jésus, dans l'envoi de Mohammed, qui nous a élevés d'un degré, et dans celui du Bâb qui nous a fait, lui aussi, gravir une marche de l'escalier au haut duquel il nous faut parvenir.

Le mal est autour de nous, qui nous assiège, et nous pouvons constater que les hommes se divisent en deux classes : celle de la négation, c'est à dire celle qui ne veut pas reconnaître Dieu en son Prophète et qui est tout entière enfermée dans le premier membre de phrase de la confession musulmane : la élahé : il n'y a pas de Dieu ; et l'autre, celle de l'assentiment, qui fait accueil au Prophète, suit ses ordres et progresse dans les voies de Dieu ! Celle-ci est sous l'influence du second membre de la même phrase : Ellallah — si ce n'est Dieu.

Or, puisque Dieu est un trésor caché, qu'il a créé la création pour être connu, il faut de toute nécessité qu'il en soit ainsi et l'Humanité ne faillira pas à ses destinées. Donc, quelque soit la victoire du mal sur le bien, celle ci ne sera que momentanée. Il ne faudra jamais désespérer. Mettons les choses au pis ! N'y eût il qu'un seul croyant, un seul homme sous l'influence du Ellallah, cet homme vaincra toutes les forces de la Négation — la élahé — et, en définitive, la victoire restera à Dieu.

Page 1