‹ Le Bhâgavata PurânaChapitre 105 sur 255 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

55. Maintenant que tu connais les mouvements de Tantilope, ramène dans ton cœur ta pensée , et dans ta pensée ce torrent qui semble s'échapper par tes oreilles [et par tes autres sens]; quitte là demeure des femmes que célèbre la troupe des méchants; plais à celui qui est l'asile des âmes, et détache-toi peu à peu du monde.

56. Le roi dit : Tai entendu et compris, ô Brahmane, ce que tu viens de me dire. Mes précepteurs ne connaissent pas cela; car s'ils l'eussent su, comment ne me l'auraient-ils pas dit.^

57. Tu as dissipé les doutes graves qu'ils avaient laissés dans mon esprit; cependant les Rïchis eux-mêmes sont dans l'incertitude touchant la possibilité de suspendre l'action des sens.

58. Que l'Esprit recueille dans un autre.monde et avec l'aide d'un autre corps, les [fruits des] œuvres qu'il a exécutées ici-bas au moyen du corps qu'il abandonne [en mourant],

59. C'est là une maxime que répètent en tous lieux ceux qui connaissent le Vêda; mais une action faite conformément à la loi, [dit-on encore, ] devient invisible et ne reparaît plus.

60. Nârada dit : L'union non interrompue de l'Esprit avec le corps subtil ou avec le cœur, cause de ses actions en ce monde, est aussi ce qui lui fait recueillir dans l'autre le résultat de ces actions.

61. Tout comme l'Esprit laisse respirer le corps gisant et inactif, pour jouir en son cœur de l'action qu'il y a conçue, de même il jouit de son action dans l'autre monde, avec un corps, soit semblable, soit difiFérent.

62. Toutes les choses que l'homme conçoit en son cœur, quand il dit : tt Moi , ceci est à moi , » sont autant d'actions accomplies qui le soumettent à la loi de la renaissance.

65. De même que des opérations exécutées par les organes [de l'action et de la connaissance}, on conclut la pensée, ainsi c'est aux opérations de la pensée qu'on reconnaît une action accomplie dans un corps antérieur.

64. Il arrive quelquefob que l'homme conçoit en son cœur certaines choses sous une forme et d'une manière diflPérentes de tout ce qu'il a jamais perçu, vu ou entendu à l'aide de son corps.

65. Crois bieii^ 6 roi, que de t^ei idée» qui naiMent dans f£»prit uni dti ûorps subtil ^ sont le produit d un corps [antérieur] ; car il n'y a que ce qui a été perçu, qui puisse être conçu dans le cœur.

00. G'eit le cofcur seul qui témoigne des formes que Thomme a revêtues dans ses existences antérieures ; il annonce (et puisse le bonheur être avec toi 1 ) ce que Thomme sera , comme ce qu'il ne sera pas.

67. Telle est la manière dont il faut interpréter tout ce que Tes* prit peut voir parfois, en ce monde, d'inouï et d'inconnu, quant au temps, au lieu et au mode d'action.

68. Tous les objets sensibles viennent successivement se représenter dans le oœur^ et s'en effacent dans le même ordre) or tous les mortels ont un cœur.

69. Souvent l'image de l'univers, semblable aux ténèbres qui nous cachent la lune, vient obscurcir un cœur tout plein de la qualité de la Bonté, et qui marche constamment aux côtés de Bbagavat.

70. Non, le sentiment du moi et du mien ne quitte jamais l'Esprit, tant que subsiste ce composé formé de la réunion de l'intelligence, du cœur, des attributs sensibles et des qualités, [corps subtil] qui n'a pas eu de commencement.

71. Pendant le sommeil, pendant la défaillance, ou quand la douleur nous aiHige, comme les sens, organes de la vie, sont frappés d'inaction, la conscience du moi est suspendue, de même que dans la mort et dans la fièvre.

72. Quand l'homme est dans le sein maternel et même pendant l'enfance, il est encore trop imparfait, par suite de sa jeunesse, pour que le corps subtil, formé des onze organes des sens, soit plus visible que la lune, le jour où elle est nouvelle.

73. Ainsi quoique les objets extérieurs n'aient pas de réalité, la loi de la transmigration n'est pas plus suspendue, pour l'homme absorbé par les objets, qu'un songe ne l'est par la vue d'une vaine image.

74. Lé corps subtil est donc formé des cinq molécules élément taires, des trois qualités et des seiae organes des sens qui ajoutent

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à 89» étendue t uni à rii)teUigeQeQ,OQ lappdile Yàme vivante [et iodividuelle].

75. C'ept a» woyeo de Yime individuelle' que TE^prit revêt et quitte âe» corp* divers; cest pur elle qu'il prouve de 1a joie, de la tristesse, de la crainte, de la douleur et du plaisir*

76. De même que la sangsue qui vit au milieu des herbes, ne quitte la tige qui la soutient qu après en avoir saisi une autre, ainsi Thomme , à l'heure même de sa mort , n'abandonne la conscience du corps qu'il habitait,

77. Qu'au moment où il en a trouvé un autre, [ce qui a lieu] quand est arrivé le terme de ses œuvres; c'est le cœur Seul, ô roi, qui est la cause de l'existence des mortels.

78. Lorsque son attention est absorbée par les opérations qu'exécutent les sens, il ne cesse d'accumuler œuvres sur œuvres; quand une fois existe l'action, qui n'est autre que l'ignorance, elle devient le lien qui enchaîne le corps à une [nouvelle] action.

79. Si donc tu veux te soustraire à cette nécessité, honore de toute ton âme Hari, reconnaissant en lui l'âme de toutes choses, et l'auteur de la conservation , de l'origine et de la destruction de l'univers.

80. Mâitrêya dit : Quand le chef des serviteurs de Bhagavat, le bienheureux Nârada, eut enseigné au roi la marche des deux âmes, et lui eut donné ces conseils, il remonta dans le ciel des Siddhas.

81. Prâtchînavarhis , le Rïchi des rois, ayant chargé ses fils de protéger les créatures , se rendit à l'ermitage de Kapila pour s'y livrer à la pénitence.

82. Là ce héros, libre de tout attachement, et adorant dans un recueillement profond le lotus des pieds de Gôvinda, parvint, par la pratique de la dévotion, à s'unir avec lui.

85. Oui, sage vertueux, celui qui récitera ou qui écoutera ce mystère de l'Esprit suprême chanté par le Rïchi des Dieux, est sûr d'être délivré du corps subtil.

84. Quiconque pénétrera, pendant que l'exposition en sera faite, ce mystère qui , sorti de la bouche du Rïchi des Dieux , purifie le monde en le rempUssant de la gloire de Mukunda, sanctifie l'âme et assure

la grandeur suprême, sera débarrassé de tous les liens, et ne se verra plus condamné à errer dans le cercle de Fexistence.

85. Je viens de t'exposer ce merveilleux mystère de TEsprit suprême; ainsi cesse Tunion de Thomme avec la femme; ainsi sont dissipés les doutes relatifs à la vie future.

FIN DU VINGT-NEUVIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE

ENTRETIEN DE NÂRADA ET DE PRATGHINAVARHIS ,

DANS LE QUATRIÈME LIVRE DU GRAND PURAÇA

LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA

RECUEIL INSPIRÉ PAR BRAHMA ET COMPOSÉ PAR VYÂSA

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