LIVRE SIXIÈME
toujours; le seul vainqueur est le maître de la naissance, de la destruction et de la mort, le Purucha primitif, éternel et omniscient.
8. Celui sous Tempire duquel respirent les mondes avec leurs Gardiens, soumis comme les oiseaux pris dans un filet, cest le Temps, cause de tout en ce monde.
9. Ignorant que le Temps est Ténergie, la vigueur, la force, l'immortalité et la mort , Thomme prend sa personne matérielle pour la cause véritable.
10. Semblables à une poupée de bois, semblables à lantilope qui est le produit d'une mécanique, sache, ô Magbavan, que les créatures sont sous la dépendance du Seigneur.
11. L'Esprit, la Nature, le principe manifesté [de l'intelligence], la personnalité, les éléments, les sens et le cœur, sont, sans sa faveur, impuissants à créer l'univers.
12. L'ignorant toutefois se croit sans supérieur, il se croit souverain ; mais c'est le Seigneur qui crée lui-même les êtres par lès êtres, et les détruit les uns par les autres.
15. La longévité, le bonheur, la gloire, Fempire, tous les biens, en un mot, que souhaite l'homme, arrivent, ainsi que les maux qu'il ne désire pas , chacun au temps marqué.
14. Aussi l'homme doit-il être indifférent au plaisir ou à la peine que causent la gloire ou le déshonneur, la victoire ou la défaite, la vie ou la mort.
15. La Bonté, la Passion, les Ténèbres sont les qualités de la Nature et non de l'Esprit; celui-là n'est pas enchaîné, qui connaît que l'Esprit est spectateur au sein de la Nature.
16. Vois-moi, Çâkra, vaincu dans le combat, le bras et les armes brisées, faisant tous mes efforts pour t'arracher la vie.
17. Ge combat est un jeu où la mise est la vie, où les dés sont nos flèches, et les sièges nos montures; on ne sait pas si celui-ci y sera vainqueur, ou celui-là vaincu.
18. Çuka dit : Ayant entendu ces paroles de Vrîtra, Indra loua la générosité de son langage, et reprenant sa foudre, il lui dit en riant et sans orgueil :
19. Ah Dânava! que tu es heureux d'avoir eu la pensée d'expri* mer ta dévotion profonde pour le souverain et Tami de Tunlvers, qui est TEsprit I
20. Tu as échappé à la Mâyâ de Vichnu qui égare les êtres, parce que renonçant à ta nature d'Asura, tu t'es élevé à celle des grands hommes.
21. Certes c est une grande merveille, qu un cœur comme le tien, dont la Passion est la nature; se soit si fermement attaché au hienheureux Vâsudévâ, qui est tout Bonté.
22. Celui qui a de la dévotion pour lé bienheureux Hari, qui est le maître de la béatitude suprême, a-t*il besoin de Teau misérable qu on rencontre dans les trous, pubqu'il s'ébat au milieu d'un océan d'ambroisie?
25. C'est ainsi que s'entretenant avec le désir de connaître la loi, Indra et Vrïtra, ces deux forts guerriers maîtres dans les batailles, reprirent le combat.
24. Dirigeant contre Indra son redoutable pieu armé de fer. Tinvincible Vrïtra le lui lança de la main gauche.
25. Mais ]e Dieu trancha du même coup, avec sa foudre .aux cent nœuds , la massue de Vrïtra et son bras semblable à la trompe de l'éléphant.
26. Avec ses bras coupés jusqu'à l'^aule, TAsura tout dégouttant de sang ressemblait à une de ces montagnes qui, privées de leurs ailes par le Dieu de la foudre, furent précipitées du haut du ciel.
27. Le Dâitya plaça sur la terre sa mâchoire inférieure; il porta jusqu'au ciel la supérieure; et ouvrant une bouche profonde comme l'atmosphère , où s'agitait une langue redoutable ,
28. Saisissant presque les trois mondes avec ses dents semblables à celles du Dieu de la mort, le Démon au corps monstrueusement énorme, qui dans sa course renversait les montages,
29. Et broyait sous ses pas la terre, comme eût fait en marchant le Roi des monts, s'approcha du Dieu de la foudre et l'engloutit avec sa monture, de même qu'un immense reptile, doué d'une grande force vitale et d'une extrême vigueur, avale un éléphant.