CHAPITRE XVI
ÉPISODE DE TCHITRAKÊTU.
1 . Cuka dit : Alors le Rïchi des Dieux , 6 roi, montrant l'enfant mort , lui adressa ainsi là parole au milieu de ses parents qui pleuraient.
2. Nârada dit : Ame vivante, vois, et puisse le bonheur être avec toi! vois ton père et ta mère, tes parents et tes amis profondément désolés par un chagrin dont tu es la cause.
5. Rentre en ton corps pour y passer, entouré de tes parents, le reste de ta vie, dans les jouissances que te prépare ton père, et pour t*asseoir sur le trône des rois.
4. L*âme dit : Dans laquelle des existences que j'ai traversées, en passant, sous l'influence de mes œuvres, par des corps de Dêvas, d'animaux et d'hommes, ai-je eu pour père et pour mère ceux que je vois ici ?
5. Parent, alliée ennemi, juge impartial, ami, indifi^érent, adversaire : ces noms expriment des rapports dans lesquels tous les êtres se trouvent successivement lès uns à l'égard des autres.
6. De même que les matières vénales, comme l'or et autres objets, circulent çà et là entre les mains des hommes qui font le commerce, ainsi Tâme vivante passe d'une matrice dans une autre.
7. On voit, parmi les hommes, un* objet durable donner lieu à des rapports passagers ; ainsi la propriété d'une chose n'existe qu'autant que dure le rapport de possession qu'on a avec elle.
8. De même, quand elle est descendue dans une matrice, l'âme individuelle, éternelle et sans personnalité, devieiit la propriété de celui au sein duquel on la trouve , et pour le temps seulement qu'elle y demeure.
9. C'est le souverain Seigneur^ cet être éternel, impérissable.
subtil , essentiellement lumineux et contenant tout , qui , à Taide des qualités de TlUusion dont il dispose, se crée lui-même l'univers,
10. Nul ne lui est ami ou ennemi; nul ne lui est étranger ou parent; il est le spectateur unique de toutes les pensées des hommes qui accomplissent des actions bonnes et mauvaises.
11. L'esprit, en eflfet,- ne prend pour lui ni le bien ni le mal, non plus que le fruit des œuvres, parce que, semblable au spectateur indifférent, il est le Seigneur qui voit à la fois la cause et l'effet.
12. Çuka dit : Apre? avoir ainsi parlé, l'âme s'en alla ; et les parents du mort étonnés, brisant le lien d'affection qui les attachait à lui, secouèrent leur chagrin.
15. Ayant porté le corps au bûcher et accompli les cérémonies nécessaires, ils renoncèrent à ce sentiment si difficile à quitter, l'amour, source de chagrin, de trouble, de crainte et de douleur.
u. Cependant les femmes qui avaient tué l'enfant, honteuses et privées de leur splendeur par ce crime, accomplirent près de la Yamunâ les devoirs religieux indiqués pour le crime d'infanticide, tels que les leur tracèrent les Brahmanes, se rappelant les paroles du sage , [ fils de Brahmâ. ]
15. Ainsi réveillé par les discours des Brahmanes, Tchitrakêtu sortit du trou ténébreux de sa maison, comme l'éléphant sort d'un étang fangeux.
16. S' étant baigné, suivant la loi, dans la Kâlindi, ayant fait les cérémonies qu'on accomplit avec l'eau lustrale, silencieux et retenant sa respiration, il s'inclina devant les deux fils de Brahmâ.
17. Au moment où ce prince plein de dévotion et maître de luimême était prosterné devant Nârada , le sage bienheureux , satisfait , lui communiqua le charme suivant :
18. Om! Méditons adoration à toi, bienheureux Vâsudêva ! adoration à Pradyumna, à Aniruddha et à Samkarchana!
19. Adoration à celui qui est tout science, qui a pour forme la béatitude suprême, qui trouve en lui-même sa joie , qui est calme, qui fait cesser la vue de la dualité !
20. Adoration à celui qui repousse les vagues de ses énergies par