LIVRE SIXIEME
58. Ah ! livré en ce jour aux plaisirs des sens , privé de mon intelligence par Tlllusion qui a revêtu les dehors de cette femme, je tomherai certainement, misérable que je suis, dans l'Enfer.
59. Où est ici la faute de cette femme qui n a fait que suivre son naturel? Mais malheur sur moi, qui méconnaissant mon véritable but, n'ai pas su dompter mes sens !
40. La bouche des femmes s'épanouit comme un lotus, d'automne , leur voix est de l'ambroisie pour les oreilles, leur cœur ressemble au tranchant d'un rasoir; quel homme a jamais connu la conduite des femmes ?
41. Personne, en effet, n'est un objet d'amour pour les femmes qui sont tout entières à l'objet de leurs désirs ; elles tuent ou font tuer, pour leur intérêt, un mari, un fils ou un frère.
42. La parole que j'ai prononcée en disant : <r Je t'accorderai ce « que je t'ai promis, » ne sera pas vaine; et, d'un autre côté, Indra ne mérite pas la mort; aussi mon plan est-il arrêté.
45. Après avoir fait ces réflexions, le bienheureux fils dé Marîtchi, ô descendant de Kuru, parla ainsi avec quelque colère, et en s'adressant à lui-même des reproches.
44. Kaçyapa dit : Il te naîtra un fils, femme vertueuse^ qui tuera Indra et qui sera néandioins allié aux Dieux , si tu observes religieusement pendant une année la pénitence que je vais te dire.
45. Diti dit : J'observerai cette pénitence, ô Brahmane; dis-moi les actes qu'il faut accomplir, ceux qui sont défendus dans ce cas, comme ceux qui ne détruisent pas cette dévotion.
46. Kaçyapa dit : Il ne faut pas faire de mal aux êtres vivants; il ne faut prononcer ni de malédiction , ni de mensonge ; on ne doit couper ni ses ongles, ni ses cheveux; il ne faut toucher à aucun objet impur.
47. On ne doit ni se mettre en colère, ni parler à des méchants; il ne faut pas prendre de bains ; on ne doit porter ni un vêtement non lavé, ni une guirlande qui a déjà servi.
48. On ne doit manger ni les restes d'un autre , ni ce qui a été consacré à Tchandikâ, ni du riz mêlé avec de la viande, ni ce qui
est préparé par un Çûdra, ni ce quune femme ayant ses mois a regardé ; il ne faut pas boire Teau dans les deux mains réunies.
&9. La féfnme ne doit pas sortir dehors , portant sur elle des restes de son repas « ne s*étant pas rincé la bouche, au crépuscule [du soir], les cheveux épars, ne s étant pas parée, le corps découvert, et parlant à haute voix.
50. Qu elle ne se couche pas sans s'être lavé les pieds, ni les pieds humides, sans s'être recueillie, la tête tournée au nord ou à Fouest, nue, avec d'autres personnes, ou au moment des deux crépuscules.
51. Couverte d'un vêtement nouvellement lavé, pure, portant toujours des choses de bon augure, qu elle adore, le matin avant de manger, les vaches, les Brahmanes, Çrî et Atchyuta.
52. Qu'elle honore les femmes qui ont encore leurs maris, en leur offiraQt des guirlandes, des parfums, des parures, et en leur présentant des aliments; qu'elle serve avec respect son mari, et qu'elle se le représente comme descendu dans son sein.
55. Si tu observes pendant un an , sans en rien omettre , ces pratiques dont le but est de donner des enfants, tu auras un £ds qui tuera Indra.
54. Çuka dit : J'y consens, reprit la magnanime Diti; et ayant reçu en son sein le fruit de Kaçyapa , elle se mit à observer exactement cette pénitence.
55. Connaissant le dessein de la soeur de sa mère, le prudent Indra entreprit de servir avec une entière soumission Diti, qui était retirée dans un ermitage.
56. Il ne cessait de lui rapporter de la forêt des fleurs, des fruits, des racines, du bois, des tiges de Kuça, des feuilles, des bourgeons, de l'argile et de l'eau, et il lui présentait chacune de ces. choses dans le temps convenable.
57. C'est ainsi qu'Indra, qui désirait surprendre quelque interruption coupable dans ses dévotions, la servait avec un faux zèle, semblable au chasseur qui se cache sous le déguisement d'une antilope.
58. Mais quelque attention qu'il y apportât, il ne pouvait trouver