LIVRE QUATRIÈME
10. Alors le Chef des créatures, dont le cœur avait été souillé par la haine quil portait à Çiva, devint, sous le regard du Dieu, pur comme un lac pendant k saison de Fautomne.
11. Il voulut célébrer les louanges de Bhava; mais le souvenir de la fille qu'il avait perdue, réveiUant sa tendresse, étouffa sa voix dans les larmes du regret.
12. Ayant ensuite ramené, q;iioiqu'avec peine, le calme dans son cœur, le sage Dakcha, ému d'attendrissement, chanta les louanges d iça avec une affection sincère.
15. Dakcha dit : Ahl cest de ta part une preuve de grande bienveillance que de m'avoir puni, moi qui t'avais outragé. Non, vous ne dédaignez pas, Hari et toi, ceux qui ne sont Brahmanes que de nom. Qu'auraient donc à craindre ceux qui sont fidèles à leurs devoirs?
U. Tu as jadis, sous la forme de Brahmà, créé de ta bouche, pour conserver la connaissance de l'Esprit, les Brahmanes, gardiens fidèles des œuvres, des austérités et de la science. Aussi, Dieu suprême, tu sais, semblable au pasteur qui veille sur son troupeau^ protéger, en les châtiant, les Brahmanes contre tous les malheurs.
15. Puisse celui qui , attaqué dans l'assemblée par les paroles injurieuses, qu'ignorant de sa nature, j'avais lancées contre lui, a oublié cet outrage pour protéger par un regard bienveillant un coupable que son insolence à l'égard de l'Être le plus digne de respect précipitait dans les régions infernales, puisse cet Être bienheureux trouver dans ce qu'il a fait sa propre satisfaction !
16. Mâitréya dit : Après avoir ainsi calmé Mîdhvas (Çiva) et reçu l'ordre de Brahmâ, Dakcha, assisté des Agnis, des prêtres officiants et des maîtres, reprit la célébration du sacrifice.
17. Pour continuer la cérémonie, les Brahmanes versèrent l'offrande dans les trois coupes consacrées à Vichnu, afin d'effacer les souillurescauséespar l'attaque des guerriers [de Çiva].
18. Assisté du sacrificateur qui. tenait l'offrande, celui qui faisait célébrer le sacrifice médita, ô chef des hommes, avec une intelligence pure ; et alors Hari lui apparut.
19. Il arrivait, transporté par Târkchya, dont les ailes sont des
hymnes, eflPâçant Téclat de tous ces sages par sa propre splendeur qui éclairait les dix points de ITiorizon.
20. Il était noir et couvert d'un vêtement de couleur d'or; il portait un diadème brillant comme le soleil; son visage était orné d'anneaux et paré de boucles de cheveux noirs semblables à des abeilles; avec ses bras chargés d'or, qui agitaient une conque, un lotus, le Tchakra, des flèches, un arc, une massue, un glaive et un bouclier, îl ressemblait à un Karnikâra [tout en fleurs].
21. Tenant son épouse sur son sein, portant une guiiiande de fleurs des bois, escorté d'un éventail et d'un chasse-mouche qui se jouaient à ses côtés comme deux flamingos, et la tête abritée par un parasol blanc qui ressemblait à la lune, il répandait la joie dans l'univers avec un seul de ses regards et de ses nobles sourires.
22. A la vue du Dieu qui venait d'arriver, toutes les troupes des Suras, ayant à leur tête Brahmâ, Indra et Çiva aux trois yeux, se levèrent aussitôt pour le saluer.
25. Privés de leur propre éclat par sa splendeur, la voix embarrassée , pleins de trouble , ils adorèrent Adhôkchadja , les mains jointes et la tête inclinée.
24. Atmabhû et les autres Dieux, dont les œuvres, comparées à la grandeur de Vichnu, sont bien peu de chose, célébrèrent chacun selon la force de leur intelligence, celui qui, par bienveillance pour eux, leur manifestait sa forme.
25. Aussitôt , louant avec joie celui qui prend pour sa part le meilleur des vases consacrés à l'offrande, le Chef du sacrifice, le précepteur suprême des Créateurs de l'univers, qui était entouré de Sunanda, de Nanda et de ses autres serviteurs , Dakcha s'inclina devant lui avec recueillement et en joignant les mains en signe de respect.
26. Dakcha dit : Tu es celui qui, sous sa propre forme, est l'Esprit même, qui est pur, affranchi des divers états de l'intelligence, unique, à l'abri de la crainte, maître de l'Illusion qu'il arrête, et qui, prenant à son égard le rôle d'homme, [entre dans son sein] et y réside comme s'il n'était pas pur, lui qui ne reçoit de lois que de lui-même.
27. Les prêtres officiants dirent : Dieu absolu, ô Rudra! il fallait