LIVRE QUATRIEME
que nous ignorassions ton essence, nous qui, pendant le sacrifice, avons été jetés par la malédiction [de Nandîçvara] dans de fausses idées. Elle nous est connue [maintenant] cette essence qu on nomme le sacrifice, lequel est dirigé par le triple Vêda, symbole de la loi, et pour lequel tu as établi la réunion de ces Divinités.
28. Les assistants dirent : Dans le chemin de la naissance où il n'y a pas d'abri , que rendent impraticable de grandes misères , où le Dieu de la mort se présente comme un afiPreux reptile, où l'on a de^ vaut les yeux le mirage des objets, où les aflFections opposées [du plaisir et de la peine] sont des précipices, où l'on redoute les méchants comme des bêtes féroces, où la douleur est comme l'incendie de la forêt, comment une caravane d'ignorants, chargée du pesant fardeau du corps et de l'âme ^ tourmentée par le désir, pourrait-elle jamais, ô Dieu qui donnes un asile^ parvenir jusqu'à tes pieds?
29. Rudra dit : Si, pendant que ma pensée, ô Dieu libéral, est exclusivement occupée de tes pieds excellents , qui donnent le sens de toutes choses, et qui doivent être adorés avec respect par les solitaires mêmes que ton amour a détacha de tout ; si pendant ce temps le monde ignorant m'appelle avec mépris contempteur des lois, je puis , grâce à ton extrême bienveillance , supporter cet outrage.
50. Bhrïgu dit : toi dont Brahmâ et les autres êtres revêtus d'un corps, détournés de la connaissance de l'Esprit par l'impénétrable Mâyâ, et dormant dans les ténèbres, ne savent pas, même aujourd'hui, reconnaître l'essence, quoiqu'ils la portent en euxmêmes, sois-moi favorable, toi l'âme et l'ami de ceux qui te vénèrent.
51. Brahmâ dit : Non, ce n'est pas ta vraie forme que celle que voit l'homme avec ses organes faits pour saisir les divers objets; car toi, qui es l'asile de la science, de la substance et de la qualité, tu es distinct de ce produit de Mâyâ qui n'a pas d'existence réelle.
52. Indra dit: C'est là cependant ton véritable corps, ô Atchyuta; ce corps qui produit toutes choses, qui réjouit le cœur et les yeux, et qui est muni de huit bras brandissant des armes prêtes à dissiper les ennemis des Suras.
55. Les femmes dirent : Ce sacrifice qui , institué par Dakcha en
ton honneur, et qui maintenant, interrompu par le Maître des créa^ tures irrité contre Dakcha , a vu ses fêtes interrompues et ressemble à un cimetière, daigne, ô toi qui es le sacrifice même, le purifier pour nous d'un regard de tes yeux beaux comme le lotus.
34. Les Rïchis dirent : Tes actions, ô Bhagavat, ne produisent donc pas pour toi de conséquences, puisque tu accomplis toi-même des œuvres dont tu ne ressens pas Teffet; tu ne fais même pas attention à cette Déesse souveraine qui s attache à tes pas , elle que les hommes adorent pour obtenir le bonheur.
35. Les Siddhas dirent : Semblable à un éléphant qui, atteint par rincendie de la forêt, et dévoré par la s<Hf, se précipite dans le fleuve et ne ressent plus l'atteinte du feu, notre esprit, consumé par la douleur, se plongeant dans le fleuve du pur nectar de tes histoires, oublie rincendie [ des passions ] , et ne quitte pas plus les eaux de ce fleuve que s'il était réuni à Brahma.
36. La femme de Dakcha dit : Sois, le bienvenu, ô Seigneur! sois^nous favorable, adoration à toi! Protége-nous , toi l'asile de Çrî, avec Çrî ta bien-^imée. Sans |^i. Seigneur, lé sacrifice est comme un corps dont la tête a été coupée ; ses membres ne peuvent lui servir.
37. Les Gardiens du monde dirent : Gomment pouvons*nous te voir avec nos yeux faits seulement pour saisir ce qui n'a pas de réalité, toi le spectateur interne qui vois [également] le nionde visible? Si, en efiet, tu nous apparais comme un être individuel formé des cinq éléments, c'est là, Dieu puissant, le produit de ta Mâyâ.
38. Les che£s du Yoga dirent: Nul ne t'est plus, cher, ô Sei*gneur, que celui qui ne se distingue pas lui-même de toi, de toi qui es l'âme de l'univers. Daigne donc, ô maître bienveillant, acr cueillir d'une manière favorable ceux qui ont recours à toi avec une dévotion exclusive.
39. Adoration à celui qui n'a besoin que d'un simple acte de sa pensée pour établir en lui-même des distinctions , au moyen de l'Illusion dont il dispose. Illusion dont les qualités se divisent de tant de manières, sous l'influence du Destin, dans les phénomènes de la création, de la conservation et de la destruction de l'univers!
Adoration à cehii qni, pour que les qiiaMtés et leur trouble cessent en lui , n a qu'à persister dans l'état qui lui est propre !
40. LèVêda dit : Adoration à toi qui as adopté* la quàliCé de la Bonté ^ à toi qui as produit \e devoir et ce qui en résuite, à toi qui n'as pasr de qualitésv et dont ni moi ni d'autres ne connaissons l'essence !
41. Agni dit : Celui par la splendeur duquel , brillant d'une toergie extrême, j'emporte dans un bon sacrifice l'offrande arrosée de beurre clarifia, ce Dieu qui veille sur le sacrifice et qui est le sacrifice même dont on compte cin^ formes et que dirigent heureusement les cinq prières sacrées, je m'incline devant lui.
42. Les Dêvas dirent: Jadis, à la fin du Kalpa, ayant ramené dans ton sein les effets produits par toi, tu dormais à la surface de l'Océan, porté sur le Roi des serpents ;oomme sur un siège, toi le premier des esprits, toi la voie de l'Esprit suprême, sur laquelle méditent les Siddhas. C'est toi-même, qui, te montrant aujourd'hui à nos yeux, nous protèges, nous qui Sommes tes serviteurs.
45. Les Gandharvas et les Apsaras dirent : le plus puissant des êtres ! Marîtchi et les autres sages , Brahmâ , Indra et les troupes des Dê^as qui ont Rudra pour chef, ne sont que des portions des parties de ta substance. Cet univers y ô Seigneur, est l'instrument de tes jeux; c'est à toi que nous adresserons toujours notre homtnage.
44. Les Vidyâdharas dirent : L'homme qui recevant, de la Mâyâ dont tu disposes, ce corps comme instrument, dit : « Moi et le mien , » et qui, même négligé par des enfants ingrats, est encore malheureux parce qu'il désire des objets qui n'ont pas de réalité, l'homme, dis-je, ne peut se débarrasser de ce qui l'égaré qu'en recherchant avec ardeur l'ambroisie de tes histoires.
45. Les Brahmanes dirent : Tu es le sacrifice, tu es l'offrande, tu es le feu lui-même; tu es la prière, le bois, l'herbe saiikte et les vasesî Les assistants et les sacrificateuriï, les époux [ qùî • font ' célébrer le sacrifice], les Divinités, l'offrande au feu, l'exclamation Svadhâ, le jus de l'aselépiade, le beurre clarifié, la victime, tout cek, c'est toi.
46. C'est toi qui jadis, prenant la forme d'un' grand saucier,
retiras avec ta défense la terre du fond de l'Abîme, comme 'le roi
des éléphants soulève sa femelle, pendant que les chants joyeux des Yôgins, 6 toi dont le triple Vêda est la forme, te célébraient comme celui dont le sacrifice est Touvrage.
47. Daigne aussi nous traiter avec bienveillance ^ nous qui aspirons à te voir, privés, comme nous le sommes, de l'œuvre des gens de bien. Adoration à toi, Seigneur du sacrifice, toi dont il suffit que les hommes prononcent le nom pour que les obstacles qui s'opposent à la cérémonie disparaissent!
48. Mâitrêya dit : Pendant que Hrïchîkéça, qui donne Texistence au sacrifice, était ainsi loué, ô Vidura! Dakcha, le chantre inspiré, dirigeait la cérémonie qui avait été troublée par Rudra.
49. Bhagavat, l'âme de l'univers, adressa ainsi la parole à Dakcha, comme s'il eût été satisfait de la part qui lui était réservée , lui qui jouit des portions de tous.
50. Bhagavat dit: Je suis Brahmâ, Çarva, la cause première de l'univers, l'Esprit, le Seigneur et le témoin [des âmes] ^ qui est intelligent par lui-même et qui n'a pas d'attributs.
51. M'unissant, ô Brahmane, avec la Mâyâ dont je dispose, et que constituent les qualités , créateur, conservateur et destructeur de l'univers, je prends des noms conformes à nKs œuvres.
52. Au sein de cet Esprit suprême, qui est l'unique et absolu Brahma, l'homme ignorant distingue Brahmâ, Rudra et les créatures.
53. De même qu'il n'y a pas un homme qui se figure que sa tête, ses mains et ses membres soient ceux d'un autre, ainsi celui qui m'est dévoué pense que les êtres [ne sont autre chose que moi].
54. Celui qui ne distingue pas l'un de l'autre, ô Brahmane, les trois Dieux qui n'ont qu'une même nature et qui sont l'âme de tous les êtres, celui-là obtient le repos.
55. Mâitrêya dit : Le premier des Chefs des créatures, ainsi instruit par BhagaVat, après avoir adoré Hari, sacrifia aux Dêvas sous leur double nature, à l'aide de la cérémonie consacrée à ce Dieu.
56. Il ofint aussi, plein de recueillement, à Rudra, la part qui lui était réservée, et aux autres Divinités qui boivent le Sôma, ce qui