‹ Le Bhâgavata PurânaChapitre 81 sur 255 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

HISTOIRE DE PRITHU.

1. Mâitréya dit : Se sentant très-avancé en âge, le magnanime fils de Vêna, Prïthu, ce Chef des créatures, qui voyait toutes ses institutions florissantes,

2. Après avoir assuré Texistence du monde mobile et immobile, défendu les droits des gens de bien, et accompli les ordres du Seigneur, but de sa naissance en ce monde,

3. Confia aux soins de ses fils la terre sa fille, qui pleurait en quelque sorte son départ; et laissant ses peuples désolés, il partit avec sa femme pour la forêt où Ton se mortifie.

4. Là, incapable d*être arrêté dans la pratique de ses devoirs, il se soumit à une terrible pénitence, approuvée des ascètes^ avec la même ardeur qu il avait mise autrefois à conquérir le monde.

5. Ne se nourrissant que de tubercules, de racines et de firuits, il ne mangea bientôt plus que des feuilles desséchées; puis, pendant quelques semaines, il ne prit que de Teau, pour ne se plus nourrir enfin que d'air.

«. Dans Tété, ce solitaire héroïque s imposait la pénitence des cinq feux; pendant la saison des pluies, il bravait Forage; Thiver, il était assis par terre, plongé dans Feau jusqu'au cou.

7. Patient, silencieux, maître de lui, chaste, contenant sa respiration, il se soumit à une rude pénitence dans le désir d'honorer Krïchna.

8. S'étant, par cette suite d'austérités régulièrement accomplies, débarrassé de ses actions, ayant purifié son cœur et repoussé les six passions par la pratique du Prânâyâma, afiranchi désormais de tous les liens ,

9. Il pratiqua, ccHiformémënt aux . instructions du bienheureux Sanatkumâra, cet excellent Yoga par lequel on s'unit à l'Esprit su«* préme, et il en fit un moyen d'honorer Purucha.

10. Pendant que ce sage vertueux, attaché aux lois de Bhaga^ vat, poursuivait avec une foi constante l'objet de ses efforts, il sentit naître en lui une dévotion exclusive pour Bhagavat, qui est Brahma.

11. Quand son cœur et son âme eu]:!ent été purifiés par le culte de Bhagavat, il obtint la science accompagnée du détachement; et à l'aide de cette science, aiguisée par une dévotion pleine du souvenir du Dieu , il trancha l'enveloppe de sa propre individualité , ce siège de tous les doutes.

12. Après avoir supprimé toute notion [relative à l'existence] de quelque autre chose que ce fut, ayant pénétré la voie de l'Esprit, exempt de désir, il abandonna la science même qui lui avait servi à retrancher son cœur; car l'ascète n'arrive pas par les voies du Yoga au recueillement complet, tant qu'il ne se sent pas d'amour pour les histoires du £rère aîné de Gada.

15. Cest ainsi que ce grand héros, ayant uni son âme à l'Esprit [suprême] , abandonna son corps au temps marqué et s'identifia inti^ moment avec Brahma.

. U. Fermant avec ses talons les voies inférieures de son corps, rappelant à lui le souffle vital en le fixant successivement dans son nombril, et dans les cavités de son cœur, de sa poitrine, de sa gorge et de sa tête;

15. Le faisant enfin monter peu à peu jusqu'au sommet de son crâne, ce sage, exempt de désir, confondit son souffle avec le vent, son corps avec la terre, sa chaleur avec le feu.

16. 11 rendit à l'air les cavités de ses organes, à l'eau les fluides de son corps, distribuant chaque chose à sa place; et il fit rentrer successivement l'un dans l'autre la terre, l'eau, le feu, le vent et ïéther, [éléments dont son corps était composé.]

17. Il absorba son cœur dans ses sens, ceux-ci dans les molécules élémentaires [des attributs sensibles], chacun selon soq origine; et

118 LE ÊfiÂJGAVA^l PiUftÂNA.

rameiDftDit à lui les molécules léléoieiMaÛpes à Itide de sa personnalité, il unit celle-ci au principe de rintelligeiice qui était en lui.

18. Il déposa TintdligeMce, qui est le tkéâtre de toutes les quar lités, daas sa vie iadividudle, ce produit de Mâyâ; eteiofin^ rajQftené à sa forme propre par l'énergie de la science et du détachement, rjSsprit souveraitm qui résidait au sein de cette individualité, abanfdonna cette enveloppe intérieure elle-même naguère attachée A lui.

19. La reine Ârtchis 6a fenmie suivit soa fépoux dans la forêt, marchait à pied en dépit de sa grandeur et de sa tendre jeunesse.

20. La pratique rigoureuse des austérités qu^e «'était imposées le roi, l'obéissance, la dureté de la vie de Rïchi, rien n'était péoihle pour la reine, quoique son corps en souffrît, parce qu'elle s'était soustraite à l'orgueil et au contact des mains de son cher époux.

21. Voyant xpie la vie av^ait <complétemeat abandonné le eoipcs de ce roi , qui était pour elle et pour la terre un objet d^amour, ia vertueuse femme fit entendre quidques plaintes; puis die plaça lé corps «ur un bâdier dressé au somsaet de la H0K)Otagne.

22. Quand elle eut tout préparé pour les funérailles, elle se haî'gna dans un torrent; puis ayant offert de l'eau à soi^ glorieux époux , elle salua les Dieux , habitants du ciel , et ayant fait trois fois le tour du bûcher, elle entra dans le feu en songeant A son mari.

23. A la vue de cette femme vertueuse qui suivait le grand Prithu son mari , les Déesses , à qui Ton doit tous les biens , se réunirent par milliers à leurs époux, afin de la célébrer. •

24. Répandant une pluie de ffeurs sur le large sommet de la mon^ tagne, elles se disaient les unes aux autres, au milieu du retentissement des instruments castes.

25. Les Déesses dirent : Ah! qu'elle est heuneuse cette &mme qui a servi le premier des rois avec un dévouement aussi complet que celui de Çrî pour le Pieu, Chef du sacrifice !

26. Voyez l la voilà, cette femme viertueuse, qui, pour prix de son inconcevable courage, s'élève à la suite du fils de Véna, bien audessus de notre demeure.

27. Qu'y a-t-il de diffîdle pour les mortels qui, pendant laur exis-

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