SONNET
Miracle de nosjoars, adorable Princesse, Dont les raren vertns charment tons le» morteU ; Qai peut voas rofaiier Justement des autels ? Qnoy ! la fille d'no Dieu n'est-elle pas Déesse?
Tant de Roys , yos ayenlz y m'accusent de paresse , Que je conçois pour vous mille vœux immortels: Je Bcay que vostre gloire en mérite de tels , Mais pour les exprimer l'art a trop de foiblesse.
Geste aymable douceur tient euchaisncz mes sens. %
Aussy , pos»edez-vons des attraiots si puissants Que Charles vous publie A nulle antre seconde.
Mais d'où vient que son bras cueille tant de lauriers ?
Si vous devez ravir par amour tout le monde ,
Que ne Joinct-il la myrtho à ses exploicts guerriers ?
La Tous.
Cette dédicace , empreinte d*une galanterie raffinée , quoique respectueuse , nous paraît établir que le sieur de La Tour fut , à cette époque , un des commensaux de la cour de Lorraine et, sans doute , un des officiers de la maison de la duchesse. Mais quelle serait cette duchesse? Nous sommes porté à croire, en nous autorisant des
termes mêmes de la dédicace âCIsoHie , que c'était Béatriz deCosenza, veuve du comte de CantecroLx, que Charles IV avait épousée publiquement, au mois d*avril 1637, quoique sa femme légitime , Nicole , fille de Henri , duc de Lorraine , et de Marguerite de Gonzague , fût encore vivante.
La dédicace nous donne à entendre que le poë'me renferme des allusions transparentes qui se rapportent à la duchesse elle - même. C'était la mode du temps , et les écrivains , romanciers ou dramaturges , se montraient jaloux de mettre en scène , sous des noms supposés , les grands personnages , qui avaient fait parler d'eux par leurs aventures amoureuses. Nous laissons à d'autres le soin de découvrir si ce n'est pas Béatrix de Cosenza que le poëte a représentée dans le rôle d'holite. Quant à Daphné , rivale de cette princesse , elle consent à épouser un prince , qu'elle n'avait pas choisi , mais qu'elle ne juge pas indigne d'elle , car elle se dit tout bas :
La pomme en est trop belle , il faut que Je la morde.
Certaines analogies littéraires , qui sont des traits de lumière en bibliographie , nous permettent de constater que l'auteur d'Iaolite pourrait bien être aussi l'auteur de plusieurs Histoires romanesques, qui parurent à Paris vers la même époque. Le sieur de La Tour, dans la dédicace de sa tragi - comédie , dit que cette pièce est le moindre des ouvrages qvkil a voués a la duchesse de Lorraine. Nous trouvons, en 1627 et 1634 , deux ouvrages publiés par un sieur de La Tour - Hotman , qui nous semble être le même que le sieur de La Tour, Provençal.
Celui-ci n*aurait-il pas pris une épouse dans la famille dos Hotman et ajouté depuis à son nom celui de sa femme? Quoi qu*il en soit, nous indiquerons ici ces deux ouvrages dont le premier offre le portrait de l'auteur , gravé par Crispin de Passe.
Histoire du rvyiie r/e Henry VTI, depuis son avènement à la couronne jusqu'à sa mort eu 1509 , traduit de Tanglais de François Bayon , chancelier d'Angleterre. Paris, P. Rocolct^ 1627, in-8°, avec un portrait de Henri VII, gravé par Michel Lasne.
Histoire Celtique , où sous les noms d' Amindoriz et de Celanire sont comprises les principales actions de nos Rois et les diverses fortunes de la Graule et de la France. Paris, 1634, 3 vol. in-8».
Le sieur de La Tour ne devait pas avoir plus de 30 ans lorsqu'il était h la cour de Lorraine , car , trente ana plus tard , il eut l'idée de recueillir ses poésies et de les mettre au jour. La première édition nous est inconnue, mais voici le titre de la seconde , que possède la Bibliothèque de r Arsenal :
Diverses j-orsifs.- framboises , latines et provençales , présentées au Roy au retour des armées de Flandres , divisées en deux parties , par le sieur de La Tour. Seconde édition, augmentée et reveue par l'autheur. Paris, Thomas Girard. 1677, in- 8°.
On trouve , dans ce recueil , des Stances jtréseniées en 1638 à Ijouis le Juste sur la naissance du Roy glorieusenient régnant, La dédicace au Roy peut fournir un petit nombre de renseignements sur l'auteur , qui n'avait pas
gardé , sans doute , uu bon souvenir de son séjour à la cour de Lorraine , puisqu'il assure avoir toujours vécu éloigné de la cour : c Maintenant qu'un destin plus favorable m'en rapproche , dit - il , lorsque je fus averty que Vostre Majesté prenoit un plaisir singulier aux inscriptions que tant de beaux esprits avoient composées pour la magnificence du Louvre , j'ay voulu prendre part à cet honneur et travailler avec eux sur une matière qui doit servir d'éloge éternel à la gloire de Louis le Grand. » Quand le sieur de La Tour faisait paraître ses poésies et s'occupait d'épigraphie , en 1677, il n'avait pas moins de 60 ans et il remplissait alors quelque charge dans la maison du roi. Était - il valet de chambre ou valet de garde-robe ? Nous voudrions pouvoir répondre qu'il était poët« et qu'il tenait un rang honorable parmi les beaux esprits du siècle de Louis XTV.
P. L. Jacob, bibliophile.
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Bulletm dt la Société pour la conservatiœi des nio^ ituments fustoriqttes, 2* série , tome II. Imprimerie F* Berger-Levrault ^ 1864, in-8**.
La Société des monuments historiques d'Alsace vient de compléter le second volume de la nouvelle série de ses mémoires, et l'on peut dire que c'est un fleuron de plus à la couronne que la docte association tresse à l'histoire de notre province.
Fondée il y a quelques aimées par des hommes qui ne pouvaiejit au premier abord compter que sur eux-mêmes, mais qui auguraient bien du patriotisme des autres, la Société pour la conservation des monuments historiques a su grouper autour d*elle toutes les forces vives du pays. Elle multiplie ses recherches et ses fouilles, elle étend son patronage sur des monuments de plus en plus nombreux — en deçà comme au delà de la €remein-Mark — enfin elle a réuni en un faisceau fraternel tous les travailleurs sérieux qui ont voué leurs veilles à Fétude de notre passé.
Je ne dissimule pas mes préférences : à mes yeux le Bulletin est la plus belle part de ses travaux. Sans doute il est bon de conserver à nos arrière-neveux ces temples, ces vieux châteaux, tant de ruines et tant de souvenirs ! Mais il est encore mieux de nous les expliquer à nous-mêmes, et quand des hommes comme M. le colonel de Morlct, M. le baron de Schaueuburg, M. L. Levrault, M. l'abbé Straub, M. Coste, M. l'abbé SiflFer, d'autres encore, veulent bien nous décrire les découvertes qui se font chaque jour, les ramener aux textes des historiens et à la topographie ancienne , ils ouvrent à l'esprit des perspectives que pour le plus grand nombre la vue seule des objets, des constructions et des sites n'eût pas suffi à révéler.
Grâce à ces travaux ou commence à mieux se rendre compte de l'état de l'Alsace dans les temps reculés qui ont précédé les invasions des Barbares ; on comprend enfin de quelle manière les Romains ont pris possession
( 81 ) du sol; on voit apparaître leurs centres d'habitations, leurs voies de communication ; les sépultures antiques nous rendent ce que leur avaient confié tant de populations diverses, celtiques, gallo-romaines, germaniques. Les matériaux que la Société des monuments historiques amasse sur ce point, ^joutent des renseignements considérables au peu que les historiens nous apprennent. Je n'en veux pour preuves que les excellents travaux de M. le colonel de Morlet sur les voies romaines du Bas- Rhin, sur les cimetières antiques des environs de Strasbourg , insérés dans le dernier volume du Bulletin.
D'autres collaborateurs portent leurs recherches sur une seule localité , et l'on peut citer comme l'une des meilleures monographies que la Société ait publiées , le mémoire de M. N. Nicklès sur l'antique Helvetus : c'est un travail complet, où l'antiquaire emprunte les procédés exacts du géologue. Les deux sciences ont plus d'un rapport entre elles, témoin les découvertes de M. Boucher de Perthes : l'archéologie est-elle au fond autre chose que la géologie des surfaces ?
A côté de cette étude il faut distinguer encore la monographie de M. Jules Thilloy sur l'abbaye et sur la commune d'Herbitzheim , dont il a restitué l'histoire. Ce travail est un modèle qui devrait trouver partout des imitateurs.
Nous citerons encore la notice sur l'hôtel de ville et sur les anciens emplacements judiciaires d'Obemai , de M. l'abbé Gyss. Ce titre modeste cache une étude trèscomplète sur l'organisation de l'ancienne commune d'O-
l>emai. Lcr institutions du moyen âge n'ofirent pas moiiiB d'intëret que les débris matériels des figes anténeors, et ne remontent souvent pas moins haut. Ainsi M. Tabbë Gyss entrevoit en germe les institutions judiciaires do la commune d*Obemai dès le temps du duc Athic ot des rois d'Austrasie. Cette consciencieuse étude est un jalon de plus dans une voie où nous voudrions voir entrer un plus grand nombre do travailleurs.
Dans une note fort courte sur la marche d*Aqailée, M. P. Ristelhuber a éclairci un point obscur de la topographie ancienne de Tarrondissement de Saverne. La nouvelle édition du Dictionnaire de Baquol à laquelle M. Ristelhuber s'est voué , lui a sans doute fourni l'occasion de ces pages substantielles. Elles nous initient à la méthode suivie par le savant éditeur pour déterminer les étymologies dont il a enrichi le Dictionnaire. Ainsi conçue, rétymologie n'est plus la moins certaine des études; elle s'élève à la hauteur d'une science positive ; elle se justifie à la fois par la situation des lieux et par la langue et les idées des populations qui les ont baptisés; elle prête aux aperçus les plus neu& et aux rapprochements les plus ingénieux.
M. L. Spach, l'infatigable président de la Société, l'Atlas qui soutient sur ses épaules tout ce monde archéologique et historique, a enrichi ce nouveau volume de deux études du plus haut intérêt. Dans la première , réminent archiviste du Bas-Rhin retrace un épisode important de l'histoire de Mulhouse ; dans la seconde il racontai la vie tour à tour triomphante et humiliée de
Léon IX, du premier des grands papes du moyen âge qui ont travaillé à la réforme de TÉglise. M. Spach excelle à tirer d'un dossier poudreux , de légendes informes, de belles pages d'histoire nuancées avec un art infini , où ne perce pas moins cette virile conviction qu'en dépit de toutes les agitations la solution des problèmes sociaux qui surgissent est en dernière analyse toujours libérale. — De même que les corps liquides abandonnés à eux-mêmes tendent à un niveau commun , l'humanité dans sa marche vers l'avenir réalise de plus en plus cet idéal resplendissant de justice qui éclaire et qui affermit sa conscience.
Le Bulletin de la Société historique amasse , on le voit, d'admirables matériaux pour cette Histoire d'Alsace que tant d'hommes distingués se sont proposé d'écrire depuis Schœpflin et Grandidier. Leurs tentatives avaient peut-être le tort d'être prématurées ; celles de leurs héritiers ne le seront plus. Le moment approche , on peut l'affirmer , où il sera possible d'embrasser tous les faits complexes qui forment le tissu de nos annales , et de les ramener à des vues générales propres adonner à la composition l'unité indispensable pour que les hommes du monde lisent les élucubrations des savants.
A ce propos, que l'on me permette de présenter une humble requête aux représentants officiels de la Société.
Dans les deux départements du Rhin on s'occupe en . ce moment avec ardeur des inventaires de nos arcl^ives. Les plus importants seront publiés. Ne serait-ce pas le cas de s'occuper d'un autre inventaire , de celui des diplômes déjà connus, disséminés dans des recueib de
plus en pins nombrenx ? Ces doenments fonnent anjonrd*hui, pour l'étude de notre passé , un appoint pins considérable qu'on ne croit, et ce serait une bonne avance pour le futur historien de TAlsace, comme pour toiu ceux qui ont besoin de se reporter à ces textes , de les trouver analysés et classés. Cette tâche mériterait assurément d'occuper quelques-uns des bénédictins de la Société des monuments historiques. Bréquigny en France, feu M. Bœhmer en Allemagne ont fourni des modèles qu'il serait aisé de suivre , et dans ce moment même la Suisse entreprend la publication de ses Régestes. Puisse le vœu que j'ose exprimer ne pas rester trop longtemps parmi lespia deaideria de» érudits de l'Alsace !