‹ Le Bibliographe alsacien (volume 3)Chapitre 28 sur 138 · Eêtaii hUtoHqueê sur la cathédrale de Strasbourg, p · texte numérisé non relu

Eêtaii hUtoHqueê sur la cathédrale de Strasbourg, p

4. Cette prétendue corne de licorne n'était que la dcut du narval, appelé par les marlnu licorne de mer. (Voy. Grandidier, Esêaiê hist., p. 58.)

sujétion au grand -chapitre; mais ces deux auteurs ne font remonter cette adoption qu'à Tannée 1380, où il a été fait mention poifr la première fois de cette corne de licorne , et la licorne figure bien antérieurement sur le petit sigillé de Saverne.

En 1525, pendant que la ville de Saverne était occupée par les paysans insurgés , les deux sigillés qui étaient d'argent disparurent ; ils furent remplacés aussitôt que la tempête se fut calmée. Le grand sigillé de forme ronde de O^fiôb de diamètre représentait trois tours accouplées et couvertes en dôme ; celle du milieu , au haut de laquelle flottaient deux drapeaux , était ronde et plus haute que les deux autres qui étaient carrées; on lisait autour : Sigillv cMtaUs Zahemerms FCTVM ÂNO 1525. Le petit sigillé était également de forme ronde de O'^fOSô de diamètre et représentait un écu avec une bande chargée d'une licorne courante ; autour de Técu se lisait la légende suivante : 8, seereti oppidi de Zabemia FCTVM ANO Ï626. Quand on transformait Tempreinte de ce sigillé en armoiries , Fécu était d'or à la bande de sable , chargée d'une licorne courante d'or, accomée et onglée d'argent.

Lorsque , vers la fin du XVII* siècle , les malheurs de la guerre et la pénurie d'argent suggérèrent au gouvernement de Louis XIV l'idée d'ouvrir boutique d'armoiries , avec injonction aux communes , à la noblesse , aux communautés religieuses , aux chapitres , voire même aux roturiers , de faire enregistrer, moyennant droits de finances, leurs armes ou celles qu'on leur accorderait,

Saveme fit présenter, en 1697, à Tenregistremeut dans VArmorml de la province d'Alsace, l'empreinte de ses deux sigillés que les agents fiscaux du grand roi blason nèrent selon leur fantaisie , sans appeler le magistrat de la viUe à la vérification des émaux employés dans ses armoiries.

li'Armorùd d'Alsace donne à la ville de Saveme les armes suivantes : de gueules à un château composé de trois tours d'argent, couvertes en dôme, celle du milieu ronde et les deux autres carrées, sans songer que ces tours devaient seulement figurer sur le grand sceau , et qu'elles n'étaient pas ses véritables armoiries, et il fait figurer sur le sceau destiné aux actes publics, les véritables armoiries de la ville, qu'il blasonne ainsi : d'argent à une bande de gueules, chargée d'une licorne d'or. Le magistrat de Saveme n'adopta pas les changements arbitraires introduits dans son blason par les employés chargés de dresser ï Armoriai d'AJsace ; il continua à faire figurer la licorne dans son écusson , et lorsqu'il fit graver en 1754, pour VAleatia illustratade Schœpfliu, une vue de Saveme, ornée de ses armoiries, il fit donner à ceUes-ci les anciens émaux.

La licorne se voyait encore sur la bannière de la ville et le magistrat l'avait fait sculpter sur les édifices publics et même sur les pierres-bornes de la banlieue.

La Révolution abrogea la légalité des armoiries et ordonna la suppression des anciens sceaux des communes. La suppression de ceux de Saverne eut lieu le 30 mars

A répoque de la Re^tAuration , le gouvernement ayant appelé les villes à reprendre leurs armoiries , Saveme reprit les insignes qui lui retraçaient sa splendeur passée ; cette yille était de tout temps fière d'avoir adopté la licorne pour ses armoiries , et la fontaine qui orne la place du marché, consacre ce souvenir; cette fontaine est composée d'un piédestal de forte dimension, surmonté d'une licorne couchée , qui est l'œuvre de M. Friederich, à qui l'Alsace et le grand-duché de Bade sont redevables de tant de monuments distingués.

D. FiSCHEB.

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

Deux visites à Nicolas de Flue, Relations de Ican de WcUdheim et d'Albert de Bonsteiten , traduites par Edouard Fick , docteur en droit et en philosophie (Genève , imprimerie de J. G. Fick, 1864), in-8% carré, de 72 p.

M. Fick vient d'ajouter un nouveau joyau à sa merveilleuse collection d'écrits du XV* et du XVP siècle, et cette plaquette mérite d'autant plus d'être signalée aux bibliophiles qui collectionnent au nord de la Suisse — entre le Rhin et les Vosges — que dès son vivant la renommée de Nicolas de Flue était ]|^uTenue en Alsace ; j'en atteste les visites qu'il a reçues de notre pauvre Pierre Schott et de son ami le docteur Geiler de Kai- 'sersberg.

Si je pouvais me fier à la devise du Bibliographe aha-

cieti, il devrait m*êti'e permis d'y faire mes confideiices au groupe sacré des initiés. Je décrirais les joies de Tamateur recevant une de ces perles bibliographiques , ouvrant les précieus feuillets, épelant le titre de crainte d'abréger le plaisir en lisant couramment , contemplant cet encadrement, ces petits bois où il croit revoir les tailles d'Ours Graff ou de Baldung GrUn , tâtant et palpant ce papier bien étoffé , aux marges amples et monu; mentales, épluchant le texte lettre par lettre, et n'y trouvant, mirahile dictu! i^ une tache, pas la moindre faute typographique; puis fermant l'incomparable opuscule pour voir son enveloppe si bien appropriée à l'archaïsme de l'impression, et découvrant enfin sous uu feuillet de garde Vex donc auctorù et typographi qui fait de ce chef-d'œuvre non-seulement votre chose, votre propriété, avec droit d'en user et d'en abuser — aux dépens de vos amis moins bien partagés (nostrûm et amicarwn) — mais qui en ùàt de plus un souvenir! £n maniant et tournant ce mince livret, on sent «au touchement d'icelluy ung doulx prurit des ongles et desgourdissement des bras; ensemble tentation véhémente en son esperit»... d'embrasser l'auteur et l'imprimeur pareillement.

Ce sont là les plaisirs raffinés des curieux, les joies d'un petit nombre ^'honnêtes gens qui aiment les livres non-seulement pour ce qu'ils renferment, mais encore pour l'habit qu'ils portent, qui exigent que leur apparence prévienne en leur faveur, et qui ne sont satisfaits que quand la forme réalise avec le fond un ensemble

également rare et harmonieux. M. Fick excelle à créer de ces œuvres d'art bibliographiques. Il emprunte quelques pages à Tun de ses siècles de prédilection, à cette époque mémorable où la conscience et l'intelligence de rhumanité se sont mises hors de page, il les couve eu son entendement, il se les assimile, il les rend en français comme si l'auteur lui-même les avait écrites dans cette langue. Là-dessus vite la copie à l'imprimerie, la presse gémit et il en sort un de ces objets de prix d'autant plus recherchés qu'ils n'ont été destinés d'abord qu'à un petit nombre d'hommes de goût, et que sa valeur n'emprunte rien à la matière et n'est due qu'au luxe de l'exécution.

Notez encore que M. Fick sait donner à ses impressions l'âge qu'il veut. U a introduit une gradation dans l'archaïsme , et il n'y a pas une seule époque typographique du XVI® siècle — le grand siècle de l'imprimerie — qu'il n'ait reproduite avec un merveilleux talent d'imitation.

L'édition des Deux visites à Nicolas de Flue appartient au commencement du XVI' siècle : c'est un Froben du meilleur style, et l'on ne saurait croire combien le pieux ermite d'Unterwalden gagne à nous être présenté sous cette robe. La forme vient en aide à la légende au point d'endormir la réflexion , et quand on lit les naïfs témoignages des contemporains, qui attribuaient à frère Nicolas la faculté de se passer de nourriture, et qui n'étaient pas éloignés de croire qu'il avait le don d'ubiquité, c'est à peine s'il vous vient un doute et l'on ne songe

qu'à rinflaence heureuse que , dans une circonstance solennelle, l'humble solitaire exerça sur les affaires de son pays — grâce à la grande opinion qu'il avait donnée de lui.

Heureux les bibliophiles qui peuvent jouter les Deux visites à toutes ces belles impressions qui composent l'œuvre de M. Fick : Le Levain du calvinisme au commencement de rhérésie de Genève; par sœur Jeanne de Jussy (1863); les Actes et Gestes merveilleux de la cité de Genève^ par Anthoine Fromment (1854); Advis et devis de la source de- l'idolâtrie et tyrannie papale , par Bonnivard-(18ô6); Satyres chresUermes de la cuisine papale (1857); Annales de la cité de Genève, par Jean Savyon (1868); j^pw<rc de Jacques Sadolet, cardinal, avec la response de Jehan Calvin (1860); Traité des reliques de Calvin; le Chroniqueur Jean Kessler; sans compter les mémoires de Thomas Flatter (un alsatique î) , auxquels M. Fick s'apprête , si je ne me trompe , à donner un pendant : les mémoires de Gœtz de Berliching^n !

Page 1