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'^'L'Agatharchta de Wîmpheling, qui fut à la fois le « contemporain de Gutemberg , de Mentelin et de Martin < Schott , est imprimée en caractères romains , comme le
♦ sont les huit ou dix volumes des Spécula de Vincent de A Bcauvais , sortis des presses de Mentelin de 1466 peut-
* être à 1473, date que porte le dernier volume. »
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Les Deux Germantes cùt-rhénanes , étude d'histoire et de géographie anciennes y par M. Tabbé Martin, directeur du
gymnase catholique de Colmar. Paris, Durand^ 1863, in -8*. de 83 p. avec une carte.
Cet opuscule comptera certainement au nombre des meilleures productions dont la littérature historique de notre province se soit enrichie dans ces derniers temps. L*autenr a rassemblé les textes assez nombreux qui servent à établir la géographie ancienne de l'Alsace et des contrées voisines, en les soumettant à une nouvelle révision souvent heureuse : une érudition de très-bon aloi, une sagacité qui s'inspire de Tamour du siget, lui ont permis d'éclaircir plus d'un point que ses prédécesseurs n'avaient point su débrouiller.
11 n'est guère possible d^analyser ce travail , dont les développements sont à peu près irréductibles. Mais je me permets d'exprimer an savant auteur mon regret de le voir passer sous silence , ou peu s'en faut , l'antique démarcation qui, sous le nom de Gemem-Mark, de Landgraben, sépare les deux départements du Rhin. Cet oubli me firappe d'autant plus, que M. Martin s'est occupé avec de grands détails d'une limite qui a beaucoup moins d'importance pour nous, la ligne militaire de l'Aar, où il croit avoir si^'et de placer la frontière méridionale de la Germanie supérieure.
Chardin rapporte dans ses voyages que les peuples d'Orient créaient en quelque sorte des frontières artificielles, quand la nature leur en refusait, en laissant entre eux et leurs voisins de grands espaces incultes. Ils prétendaient par là donner une haute idée de l'étendue et de la richesse de leur pays , mais peut-être faut-il plu-
tôt voir dans cette singulière coutume du droit des gens un moyen d^éviter entre deux nations voisines et jalouses Tune de Tautre, les difficultés qui résultent de la juxtaposition.
C'est là peut-être un trait commun à noter dans l'histoire des races indo-germaniques, car les marches qui séparaient les anciens peuples germains , répondent précisément à cette invention orientale, et il me répugnerait fort de ne voir dans ceUe dont je m'occupe ici , qu'une délimitation administrative des derniers temps de l'empire romain. On sait que la Gemem-Mark comprend de vastes terrains devenus communaux depuis un temps immémorial, et qui, il y a vingt et quelques années, étaient encore indivis entre les villages limitrophes du Haut et du Bas-Rhin. On voit d'ici l'antiquité qu'il est permis d'attribuer à cette frontière.
Cet état des lieux ne donnc-t-il pas raison à César, quand il dit qu'avant lui la Celtique par les Séquanais et les Helvétiens touchait au Rhin ? Il faut reconnaître au grand imperaior quelque autorité quand il fait la géographie des Gaules, et dès qu^unc de ses assertions est confirmée par des circonstances locales encore facilement reconnaissables , il semble qu'aucun raisonnement, si fondé qu'il paraisse , ne doit prévaloir contre lui.
Je conviens sans peine que cette ligne de la Gtimein- Mark^ probablement tracée par suite des rapports internationaux de peuples envahisseurs et de peuples refoulés, ne dut guère arrêter les conquérants définitifs dans leurs remaniements territoriaux. A quoi bon maintenir une
démarcation entre les Celtes et les Belges , les Rauraques et les Triboques, quand le bat et Tintérêt de Tadministration romaine étaient de fondre toutes ces populations dans un moule unique? D'ailleurs, il s'agissait avant tout, suivant la judicieuse remarque de M. l'abbé Martin, d'organiser militairement les provinces frontières de la grande Germanie, et en calquant les nouvelles circonscriptions administratives sur les anciennes divisions du sol , on aurait nui à la défense du pays. Dans d'autres temps, quand il fallut renforcer les corps préposés à la garde du Rhin et multiplier les commandements militaires, l'empire eut apparemment avantage à rétablir l'antique limite de la marche commune pour séparer la grande Séquanaise de la première Germanie. Mais que M. Martin me permette encore cette observation, il s'en faut de beaucoup que les circonscriptions ecclésiastiques de l'Alsace aient tout d'abord été fixées d'après les dernières subdivisions romaines. On trouve plus d'un district du Haut-Bhin soumis anciennement à la juridiction spiritueUe des évêqucs de Strasbourg, et peut-être la suzeraineté temporelle de ces prélats sur le Mundat supérieur n'a-t-elle point d'autre origine.
Sur un seul point, j'ose l'en prévenir, M. Martin me semble entrer dans une voie dangereuse pour l'exactitude historique. £n partant d'un texte de César qu'il interprète d'une manière spécieuse , et en s'appuyant sur quelques analogies philologiques , il croit pouvoir attribuer à la Haute -Alsace les Latobriges et les Tulingiens qui prirent part, ainsi que les Rauraques, à la grande
( 9« ) tentative d'éinigratiou des Helvétiens. En histoire comme dans les autres branches de nos études, il faut savoir se résigner à rencontrer un certain nombre do problèmes insolubles. Telles sont les origines des populations diverses qui couvrent notre pays. Los recherches modernes ont sans doute révélé les grands caractères des principales races humaines, les directions qu'elles ont prises, les chemins qu'elles ont suivis , les contrées où elles se sont dispersées; mais de déterminer d'une manière tant soit peu probable l'origine, les établissements de telle ou teUe tribu secondaire , c'est , je le crains , ce qui ne leur sera jamais possible. C*est par ces subtilités que l'on arrive à donner .les Sigynnes d'Hérodote pour pères aux Séquanes, et à voir dans la Médiomatricie une autre terre natale des Modes. Combien faudrait-il entasser d'étymologies de ce genre pour établir un fait avec la certitude qui résulte d'un texte de Tacite ou de César?
Ces critiques ne doivent, du reste, infirmer en rien l'opinion que j'exprimais en tête de cet article. Je le répète, l'étude de M. Martin sur les deux Grermanies cisriiénanes est une œuvre sérieuse, d'une incontestable valeur, préparée avec le soin pieux que promet l'épigraphe , que l'auteur ne s'est point contenté de placer à la première page de sa brochure et qui clôt aussi la dernière. L'avouerai-je cependant? On sent dans le plan et dans l'exécution une certaine hâte qui nuit peut-être un peu à la facile intelligence du travail. Je ne me permettrais pas cette critique , si je faisais» moins de cas de l'auteur ; mais je suis convaincu que l'ensemble de son
( 99 ) système eût beaucoup gagné en clarté si, au lieu de distribuer ses matériaux par noms d'auteurs, il les avait rangés de préférence d'après Tordre de formation des circonscriptions géographiques. L'impression même se ressent d'une certaine précipitation : ainsi je remarque , page 74, un « très-négligeant » que M. le directeur du gymnase catholique de Colmar a le droit de désavouer. Un mot encore ayant de terminer. L'auteur reconnaît dans sa préface, avec une modestie de bon goût, que s'il apporte quelque lumière nouvelle dans un débat oii ont déjà ûguré Schœpâin et Grandidier, de G^béiy et Walckenaer, il le doit à cette circonstance qu'il intervient le dernier. N'est-il point permis de profiter de cet aveu aussi honorable que sincère , pour en conclure , à propos des problèmes qui préoccupent plus généralement et à plus juste titre notre raison , qui s'élargissent d'année en. année en même temps que notre intelligence, dont l'homme ne peut rechercher la solution sans s'ennoblir, ni la dédaigner sans se rabaisser, en un mot à propos des étemelles questions sur lesquelles pivote notre destinée, que les hésitations respectueuses des modernes sont plus près de la vérité que les décisions tranchantes du moyen ftge? X. M.
V Abbaye de la viUe de WtMembourg, monographie historique, par J. Rheinwald. Wissembourg, t^-pographie de Wentsel fils, 1863, in-8«, XIX-Ô09 p., 4 fr. — Un moine protestant avant la Réarme (Jean Pauli) , par
Ad. Schœffer. Colmar, 1863, Barth, éditeur; typographie de C. Decker, in-8®, 44 p. — DUcours prononcée à la distrtbfUùm des prix du Progynuuue de BisehwUler et du Gymnase protestant de Strasbourg^ le 12 août 1863; typographie de Posth, à BischwiUer, in-8^, 16 p.; typographie de F. C. Heitz, à Strasbourg, in-8% 60 p. — Le Perron de Tortom, par J. Lecomte. Paris, 1863.
Notre petite gazette a un fort arriéré à payer à ses lecteurs. Les livres ont-ils chômé ou le temps a-t-il manqué au Bibliographe pour en parler? L*un et l'autre sont Trais; mais quoi qu*il en soit, plusieurs volumes gisent sur notre bureau , il faut enfin les mentionner et surtout ne pas omettre ceux que Ton a négligé de nous fidre parvenir.
Pour ne pas avoir d*oubli sur la conscience, commençons par signaler à nos lecteurs V Abbaye de Wissembourg , dont nous avons , du reste , d^à annoncé la mise en vente. M. le professeur Rheinwald présente cette monographie comme un essai qui doit contribuer à n^viver le souvenir de grandes vertus , de luttes glorieuses et de revers noblement supportés. Eu effet, Wissembourg, après avoir joué un grand rôle au moyen fige et su se conserver un certain prestige pendant les trois siècles qui ont précédé la Révolution française , n'est plus aujourd'hui qu'un modeste chef-lieu d'arrondissement, sans commerce, sans industrie, sans ressources. Le moine Ottfned, Jean de Buck, Anthès de Linange, les nobles chanoines, les princes - évoques de Spire, toutes ces illustrations, ces individualités marquantes ont disparu.
L'imagination populaire ne se souvient plus que des cruautés de Jean de Dratt, dont la tradition et surtout la chronique de Hirschau ont chargé la mémoire. Cette étude, écrite sous l'inspiration de trois illustres compatriotes de Fauteur, Artzt,-Hertsog et Bœll, est divisée en trois grandes périodes : la première comprend Torigine de la fondation de Tabbaje de Wissembonrg jusqu'à la mort du prince -abbé Edelin, 623-1293; la seconde va de 1293-1524 jusqu'à la sécularisation de l'abbaye; enfin la troisième s'arrête à la Ilévolution de 1789. Si le cadre restreint de notre petite feuille ne nous permet pas de suivre avec M. Bheinwald l'histoire des grandeurs et des vicissitudes de sa ville natale , nous ne saurions assez engager nos lecteurs à le faire. L'abbaye deWissembourg, fondée par Dagobert I*', a été dotée de privilèges, par des empereurs, des rois, des pontifes; des illustrations politiques, guerrières, religieuses, littéraires, ont vu le jour à l'ombre de cette antique collégiale ; tout un passé de gloire appartient à cette vieille cité de la Landvogtey d'Alsace. C'est plus qu'il n'en faut pour intéresser des lecteurs alsaciens.
La monographie de M. Rheinwald est précédée de la liste des ouvrages qu'il a consultés , du tableau chronologique des abbés de Wissembonrg et des évêques-prévôts leurs successeurs; elle est suivie de 36 pièces justificatives du plus haut intérêt. S'il ne manque à cet ouvrage qu'une table des matières pour le rendre utile, un imprimeur lui a manqué pour en faire un livre de bibliothèque.
L'exécution matérielle de cette monographie qui se présente sous la forme d*un gros iu-8®, est déplorable; c'est Tenfance de Fart; hélas I que diraient les Aide, les Estienne , les Elzewier, les Bodoni , les Didot à la vue d'un pareil volume imprimé en Alsace, le berceau de l'imprimerie : Proh pudor !
Les livres veulent comme les femmes être élégamment parés : si ce sont des chefe-d'œuvre , déployez pour eux toutes les splendeurs de la typographie; s'ils sont ordinaires, même médiocres, le luxe qu'on leur prodiguera pourra encore séduire l'œil de l'amateur; c'est l'histoire des femmes laides. Mais un critique gaulois l'a dit : « Les belles filles et les bons livres sont si rares. >
Quittons Wissembourg maintenant et remontons les Vosges jusqu'à Thann, la patrie de Jean Pauli. Nous sommes au commencement du XVP siècle, une grande époque. Quel mouvement dans les esprits, dans les mœurs , dans les arts ; tout est confus , incertain , indécis, chancelant ; la religion , l'État , la littérature , tout attend un dénouement; des orages s'accumulent à l'horizon et cependant Luther et Calvin n'ont pas encore surgi. Un novateur moins audacieux leur fraye déjà la voie. Un livre aujourd'hui aussi rare que curieux, où se montrent à découvert les vices et les passions du XVI* siècle , ses mœurs et ^s usages, ses besoins, ses tendances, ses croyances, ses aspirations, vient de paraître.*
1. Dot Buch SCHiifPF URD Erxst getiont , wSlehe* durehlavfft drr
Wtlt Hendel; mit vil seMnen und kurtsweyligen Exemplfn und Oleiek-
nuêêen, Parabolen und Historien. Auch dameben etliehe erwitliehe Ge-
< La sincérité , tel est donc Je premier caractère du livre que noue allons étudier dit M. Schseffer. Frère Pauli ne connaît point Tart de farder. Son style est bref, concis jusqu'à la dureté ; les comparaisons auxquelles il a recours ne sont point, en général , de Tordre délicat; ses récits sont parfois d*une telle crudité , que Ton ne saurait décemment les reproduire , même en en voilant les détails les plus obscènes; il 7 a, dans son volume, des contes graveleux, des histoires licencieuses , des particularités égrillardes , de rudes bouffonneries plus propres à soulever le gros rire par leur lourde trivialité qu'à instruire et à élever les esprits par la finesse de l'analyse , par les délicatesses du sentiment. Mais qu'importe? Que Pauli (d'accord eu cela avec la plupart de ses contemporains) se soit complu dans le plus grossier réalisme, son livre n'en est pas moins de Thistoire , c'est ce qui en fait la haute importance. Expliquons notre assertion.
tchiehten , ab wOlehen der Mensch , êo er die Uien iit , êieh hillig beiêem wirt ; jetzund von neuem wider gedruckt, und mit sehônen Figiiren dureh auêt getieret , etc. ; vaat kurlsweylig xu leeen , etc. , J686. Oedruekt und tfollendet inn der kayêerliehen 8tatt Augapurg dureh Heinrich Steyner. — An ver«o de la première page : c ....iat mittler Zeit disê Buch xueamen gelexen, von dem erwirdigen Vatter und Bruder, Jouakhes Pauli, Barfûêitr Ordena , Leêxmayater xu Tann , inn dem Bar/Haser Cloater, in wôlehem Cloêter er bey den 40 Jahren deuelbêt gepredigt ; hatt er dise Exempel xueamen geleeen aue alten Bûchem, wôlehe im darxu dien»iUeh geweaen; unnd hat di*ê Buch genannt Schimpf and Ernst, darumb dat hierhm begriffen êeind ParaboUn xu baiden Hendeln, geietlieh und u>eU-
lieh dienende Und ist etwaa etrdfiieh» hierein gesetxtf êO begert er
{Sehreiber dixê Bûcha, oben gemelt) Qtnad'und Verxeihung von Ootl dem Herrnf aw:h von allen, denen diaa Buch vorkompt; hievût aile Menaehen Gott befolhen. Oêben xu Tann, tùi9.
« En constatant la valeur historique du volume paulinien , nous n^oublions pas que les parties qui le composent ne sont point homogènes. Ce volume est, en partie du moins , une compilation , un recueil d'anecdotes et de récits dont l'origine se trouve tantôt au cœur du moyen fige , tantôt plus haut encore dans Tantiquitë la plus reculée. L'histoire ancienne, les traditions poétiques, les fables de l'antiquité , la littérature profane et la littérature sacrée sont tour à tour mises à contribution par le moine de Thann qui vous parlera à la fois de Midas, d'Ulysse , do Palamède , mais aussi de Périclès et d'Alcibiade, de Valère-Maxime et de saint Augustin, d'Alexandre le Grand et do Frédéric Barbcrousso, de Pétrarque et de Boccace : son livre n'en est pas moins un livre d'histoire. — Et comment cela? — Voici. La plupart des récits qu'il emprunte à l'antiquité , Pauli a soin de les appliquer à ses contemporains. H fait plus et mieux: il puise dans son propre fonds. Il invente des récits enjoués , graves , plaisants , sérieux. H les tire de son entourage , do la société dont il fait partie ; cette société , il en signale sous forme anecdotique , avec l'austérité du censeur le plus rigoureux, et les plus petits ridicules et les plus honteux débordements. L'on peut donc , à juste titre , considérer son volume , si populaire jadis et aujourd'hui tombé dans un si injuste oubli, comme un document précieux , bien propre à être consulté par ceux qui tiennent à connaître l'état moral et religieux de l'Allemagne , disons de la société européenne au commencement du XVP siècle.
« Voilà pourquoi nous n^hësitons pas un instant à faire connaître au public français Tencyclopédie morale du < bon frère » de Thann. Le peuple en faisait ses délices au XVP siècle et jusque vers le milieu du XVII' ; il eu parut coup sur coup une trentaine d'éditions; et tandis que les historiens de TÉglise , nous ne savons trop pourquoi, ont négligé d'accorder à Pauli la mention qui lui était due parmi les ecclésiastiques indépendants et courageux qui vécurent au commencement de la Réforme , les plus grands écrivains ou poëtes de TAllemague , tels que Lessing, BUrger, Gellert, Nicolaï, n'ont point dédaigné de faire d'heureux emprunts à l'humble moine dont le livre a été hautement apprécié par les historiens les plus compétents de la littérature allemande , par Viimar ', par Kurtz *, par Veith ^, par Wackemagel *. »
Cet extrait fait connaître parfaitement ce livre de
1. ViLMABi Oeêehie?Ue dtr deuttehen NatUmàl-LiUeratur. Marburg, 1861 1 tom. I, p. 386.
2. Kuftz , GesehiehU der deuttehen LittertUur. Leipzig , 1856 , Il , 150 sqq. ,
3. Ueber den Bar/Usaer Johatmee Pauli, etc. , y ou C. VciTU,Cïi«<o« der K. K. Univerêitate-Bibliothek iu Wien. Wien, 1839. — L'auteur de cette excellente monographie vante à différentes reprises la touchante simplicité de Panll , sa bonne foi , sa sincérité , son profond amour pour la vérité ; il met à néant les injustes accusations dirigées contre lui par le neveu do Oeiler, P. Wickgram , et établit, Jusqu'à l'évidence, que c'est avec la plus consciencieuse exactitude que Pauli s'acquitta de sa tâche d'éditeur du grand prédicateur straitbourgeois. (V. notre brochure : Un pridieateur catholique au XV tiicle. Oeiler de Kaiscrsberg. Paris, Meyrueis, 1862.)
4. WackbrnaokL) Pro6en der deutachen Proea. Baie, 1817. Bnttcr Ban»l, drittor Th«»îi 75.
( 1«6 ) katUte greêse; quaut aux pensées, aux rues philosophiques , morales et religieuses de Pauli , nos lecteurs les trouveront développées et étudiées avec beaucoup de lucidité dans le travail que vient de nous donner M. Ad. Schseffer, et qu'il a intitulé : Un moine proteêtant avant la Réforme, Nous ne ferons qu'une objection à M. Schseffer : pourquoi un anachronisme? pourquoi un moine protestant et non un moine tout court? EUit-ce par antithèse à sa première brochure : Un prédicateur catholique au XV^ siècle {Geiler de Kayseraberg) ^ qui sous sa plume est cependant tout aussi protestant que Pauli. L'épithète n'est pas heureuse , on voit trop le bout de Toreille. Cessera-t-on d'être catholique pour critiquer, blâmer des abus, rejeter même certaines traditions de l'Église; et s'il en est ainsi, M. Schseffer appellera-t-il Lamennais un prêtre protestant?
Du XVI* siècle retombons au XIX*, les grandes enjambées sont excusables chez un bibliographe.
La 2* année scolaire (1862-1863) du Progymnase de Bischwiller vient de finir. L'appel des lauréats va se faire , mais avant il y a le discours obligé de toute cérémonie de ce genre. Si ce discours que nous venons de lire ne contenait qu'une simple allocution aux jeunes élèves, le mentionner eût suffi; mais il renferme un programme , une idée : c'est ce qui nous engage à le faire connaître.
< Répandre les idées vraies et accoutumer le pays à compter sur lui-même. » « Faire des hommes et non des bacheliers. »
L'empereur et son ministre ont proclamé ces grandes vérités, parce qu'ils ont senti qu'elles étaient nécessaires à la vitalité matérielle et morale de la France.
«Réformer l'enseignement, développer la liberté indi- < viduelle , en réveillant un esprit d'initiative qui se pro- «duise en dehors de la tutelle du gouvernement et les «voies de la centralisation», voilà ce que M. Kuhff, le directeur du Progymnase , demande , voilà ce qu'il a mis depuis deux ans à exécution avec une volonté ferme, inébranlable , que rien ne saura ni décourager, ni abattre.
«Vous n'avez pas, dit-il aux parents, attendu cette « discussion , qui s'ouvrait naguère sur le programme des « collèges pour adopter le vôtre , et lorsque des hautes ré- « gions gouvernementales s'est fait entendre un appel qui «invite les citoyens à user de leur liberté d'initiative, « vous avez eu la satisfaction de vous dire que vous avez « devancé ces heureux encouragements et que vous pra- « tiquez déjà ces conseils. Vous avez hésité à vous sou • « mettre à une administration. Faut-il le dire : vous avez « craint de vous mettre sous une tutelle. £t franchement, « alors qu'il s'agissait d'élever vos enfants , vous ne povL- « viez pas vous reconnaître mineurs. »
Les pères de famille qui ont fondé le Progymnase de Bischwiller, ont revendiqué pour leur école la liberté , ils n'ont pas voulu suivre un programme qui aujourd'hui est partout attaqué , ils n'ont voulu ni une subvention de l'Etat, ni une subvention de la municipalité. C'est par leurs sacrifices seuls que l'école subsiste , c'est par leurs ressources qu'elle prospérera.
L'année qui vient de s'écouler a été heureuse pour le Progymnase, le nombre des élèves a doublé, les ressources pécuniaires et les forces d'enseignement ont considérablement augmenté, le local actuel est d^à trop étroit. De nouvelles constructions vont s'élever sur les hauteurs de l'Ërlenberg et là au moins aucune barrière n'arrêtera le développement du Progymnase.
Il y a dans le discours de M. Kuhff de la chaleur, de la franchise ; on sent que c'est le langage d'un homme qui est dans toute la plénitude de sa vigueur, et auquel la force et l'énergie ne manqueront pas pour surmonter tous les obstacles qui pourraient entraver la réalisation de son idée. U est bien secondé , ses professeurs ont nonseulement des parchemins, mais chacun apporte encore son contingent d'initiative de dévouement et d'abnégation à l'œuvre commune.
Nos vœux les plus sincères suivent M. Kuhff dans la voie qu'il s'est tracée; son courage, nous en avons la conviction intime, ne faiblira pas, la foi qu'il a dans l'œuvre qu'il a entreprise est trop profonde.
cLa liberté, dit- il avec raison, n'est qu'une forme. «Elle n'est |)as par elle-même un principe vital. On a « beau être libre : quand on n'a pas de conviction à réa- < User , à quoi peut servir la liberté ? »
Du Progymnase au Gymnase de Strasbourg la distance n'est pas grande, et là, comme à Bischwiller, un discours vient d'être prononcé.
L'étude de la langue nationale , la place qu'elle doit occuper dans l'enseignement, principalement au Gymnase,
les moyens de culture intellectuelle et morale qu*elle fournit, yoilà le sujet choisi et développé avec beaucoup de talent par M. Boissac.
La première partie de ce discours est Texposé d'une méthode d'enseignement remplie d'idées neuves, indépendantes, hardies parfois. Sans oublier que le Gymnase est une école essentiellement alsacienne, M. Boissac demande avec raison que la langue nationale soit placée au premier rang, que tout pivote autour d'elle.
«N'oublions pas, dit-il, que parmi les jeunes gens «confiés à nos soins, il en est beaucoup qui n'auront pas «à parcourir une carrière libérale, et qui néanmoins se- « ront appelés un jour à occuper un certain rang dans la « société , soit par leur position de famille , soit par l'ap- « titude qu'ils auront montrée dans un autre genre de con- « naissances plus positives , et qu'il faut aussi à cette in- «téressante partie de notre jeunesse une forte culture « littéraire , d'autant plus forte même que les études aux- « quelles elle se livre plus spécialement, ne sont pas des- « tinécs à cultiver la meilleure partie de l'être moral et « intellectuel. »
Nous ne saurions assez approuver M. Boissac d'avoir insisté principalement sur ce point, car, comme il le dit avec beaucoup de raison , « cette culture littéraire , ce dé- «veloppement de l'esprit, de l'imagination, du goût, «toutes ces qualités qui constituent l'homme vraiment «civilisé, que vous demandez pour d'autres à l'étude des «langues anciennes, aux humanités en un mot, vous les «trouverez dans l'enseignement élevé du français, dans
«la pratique journalière de nos bous écrivains, dans « Texercice sérieux de la composition. »
Nous remercions aussi vivement M. Boissac d*avoir ùât évanouir les craintes qui nous attristaient nous-même depuis quelques mois , de voir Técole fondée par Sturm renier son passé et ses plus belles traditions pour se transformer en un séminaire.
«L'origine même de notre école, les nombreux élèves «qui en sont sortis pour des carrières civiles, et dont « plusieurs sont aiy ourd'hui des hommes distingués dans «divers services de TÉtat, ne nous permettent pas de «l'assimiler à un établissement purement ecclésiastique «qui n'a pas de raison d'être parmi nous.»
M. Roissac termine son discours par une revue littéraire rapide , mais brillante et originale , des grands écrivains de la France depuis le moyen âge jusqu'à nos jours. Le style de son discours est pur, élégant ; on y remarque de l'imagination , de la couleur; en un mot, c'est une composition littéraire de nature à satisfaire les plus délicats.
£t maintenant lecteur, à Paris au Perron de Tarioni^ c'est le titre que M. J. Lecomte , le chroniqueur de V Indépendance belge et du Monde illustré ^ vient de donner à un charmant et spirituel volume.
Indiscrétions biographiques, autographes, intimes, curieux et piquants, appréciations rapides et fines, de l'esprit , des mots , de l'intrigue et du sentiment , tout cela se trouve dans cet élégant in-18, et c'est plus qu'il n'eu faut pour intéresser, suspendre et amuser le lecteur.
Mais le Perron de Tortom\ M. le Bibliographe , n^est pas un alsatique, si c'était au moins le Café du BrogUef — Pardon lecteur, le Café du Broglie , nous le savons , a eu ses Bachaumont; qui ne se rappelle les Épingles, les Guêpes strashourgeoises , la Grenouille verte et en dernier lieu les Lettres de la cousine Madeleine à tm bon jeune Jiomme, Nous donnerons un jour la bibliographie de nos chroniqueurs indiscrets, mais aujourd'hui ce n'est pas de ceux-là qu'il s'agit. Revenons donc au Perron de Tortoni^ qui est un véritable alsatique , au moins par l'un de ses chapitres.
Le récit d'Alexandre Boucher, surnommé l'Alexandre des Violons, relatif à la Marseillaise^ y est raconté par la plume de M. J. Lecomte , avec tant d'entrain et de vérité qu'il eût transformé complètement, au siget de l'origine de ce chant de guerre , toutes les idées reçues jusqu'à ce jour, sans une chaleureuse protestation émanée de Strasbourg.
Laissons parler M. J. Lecomte.
c Maintenant, il faut tout dire! Peu de jours après la «première publication de ce qui précède*, nous reçûmes « de M. Noiriel , libraire à Strasbourg , une réclamation «des plus vives contre les assertions de M. Alexandre «Boucher, le doyen des violonistes français.» Guy lisait:
« Je m'empresse de protester contre la fable conçue au profit de son étrange amour-propre par M. Alexandre
1. Ce récit avait paru primitivemont, il y a deux ans, dans le Monde iUtutri; mais la lettre de M. Noiriel, égarée dans les boréaux du journal, n'a été retrouvée qu'il y a deux mois environ.
Boucher ! C'est bien dans les mors de Strasbourg que ce sublime chant de la liberté a vu le jour, bien qu'il ne porte pas le nom de strasbourgeoise ! Ce chant sublime fut inséré dans le journal les Affiches de Strcubourg^ 1792. (Ce journal existe; il offire ses preuves. Le titre était: Chant de guerre pour l'armée du Bhm^ dédié au maréchal Lttckner.) Il fut tiré à part sous le même titre , paroles et musique, et, pour vous en eonvâincre, je vous en adresse ci-joint un exemplaire; ce tirage est excessivement rare , et je crois qu'en outre de mon exemplaire, il n'existe qu'un second dans la précieuse collection de livres sur l'Alsace de M. Heitz , mon confrère. C'est vous dire combien je tiens à mon exemplaire !
< Ce n'est donc pas après le 10 août , après un refus de serment et en prison , pour racheter sa liberté , que Rouget do risle s'est mis à Fœuvre , mais bien à la sortie d'une soirée patriotique. Le lendemain il communiqua son chef-d'œuvre à quelques amis, puis il fut chanté dans les rues et électrisa tous les cœurs. C'est de Strasbourg qu'il a fait rapidement irruption dans tous les départements et qu'il fut chanté pour la première fois à Paris, par les volontaires maxseiilais qui y faisaient leur entrée. Ce furent les Parisiens alors qui baptisèrent ce chant : la Marseillaise. »
Nos remercîments à M. Noiriel de sa protestation , et à nos lecteurs, au revoir, car à présent qu'ils sont chez Tortoui, ils refuseraient de nous suivre. £t... ils feraient bien. **
( 113 ) VARIÉTÉS
Kxpotition de Strtubourg. — Chaque année l'exposition de Strasbourg reçoit tout ce que la peinture allemande produit de plus nul et de plus inslgniilantf et en vérité cet assemblage d'œnvres informes n'est pas de nature à attirer les artistes français. Jamais les envois d'Allemagne n'ont été plus dépourvus d'intérêt que cette année, et ce sont encore nos peintres qui, seuls, ont soutenu un peu l'exposition.
Il serait temps, en présence du triste résultat des appels faits à l'art germanique, qu'on fît prédominer à Strasbourg l'élément français; malheureusement cotte utile réforme rencontre , de la part des organisateurs , le président excepté, une assex vive opposition. Cependant il est évident, pour tous les gens sérieux, que la Société dt* Amie deê Art* de Strasbourg devrait s'affranchir de la tutelle des associations rhénanes , et s'assurer des relations directes et suivies avec les artistes de Paris. La prédilection malheurcuso do la Société de Strasbourg pour l'art allemand se traduit par ses acquisitions, et il en résulte une indifférence profonde do la part des peintres français et la décadence fâcheuse d'un centre qui a occupé autrefois une large place dans le monde artistique. Si nous exprimons si ouvertement l'impression que nous a laissée cette exposition , c'est qu'elle n'était vraiment pas digne d'une ville comme Strasbourg.
Si la Société des Amit des Artë vent, dès l'année prochaine, cesser d'aliéner vainement sa nationalité, et d'être ainsi plutôt un danger qu'un profit pour le goût public , si elle veut accomplir des réformes indispensables, et surtout s'assurer du concours de nos artistes, elle peut encore réconquérir l'estime des amateurs sérieux, et prendre rang parmi les premières associations artistiques de province.