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LA BIBLIOTHÈQUE ALSATIQUE DE M. HEITZ

La bibliothèque de M. Heitz , dont le catalogue a paru en novembre dernier, forme une remarquable collection de livres , de documents , d'estampes et d'autographes relatifs à l'Alsace. •

M. Eodolphe Reuss, un jeune et savant érudit, a bien voulu se charger de la rédaction de ce riche répertoire bibliographique qui comprend plus de 5,400 numéros répartis en 13 grandes divisions et 128 subdivisions.

Tout en admirant l'érudition, la méthode et les soins apportés au classement de cette collection, auquel M. Keuss a consacré un travail assidu d'une année , nous regrettons que les ouvrages n'ayant pas trait à l'AJsace , et qui sont assez nombreux, n'aient pas été éliminés d'un livre intitulé : Bibliothèque alsaiique.

On est, en effet, tout surpris de compter au nombre

des poëtes alsaciens M. Ath.Ooquerel^ et au nombre des romanûiers et conteuis de notre province H. de Balxac , M"^ Guizot, Sterne , etc.

Nous reprocherons encore à M. Reuss de n'avoir pas réuni sous une rubrique spéciale, ainsi quec*est Tusa^, les nombreux manuscrits contenus dans ce catalogue, et de ne pas les avoir fait suivre de notes faisant connaître le nombre de feuillets de chacun d'eux et leur importance au point de vue de Thistoire. Personne n^eût cependant été mieux que lui à même de faire ce travalL

Ces manuscrits sont au nombre jLe 1,800; mais la simple énonciation de leurs titres est-elle suffisante à les faire connaître aux amateurs? La plupart ne nous paraissent être que des recueils de notes auxquels on a donné le nom pompeux de manuscrits. U s'en trouve toutefois dans le nombre de fort curieux, et leur place â la Bibliothèque de notre ville serait à désirer.

Malgré ces quelques critiques, que nous faisons à regret, le catalogue de la bibliothèque Heitz forme, dès aujourd'hui, le répertoire alsatique le plus précieux que nous ayons; il sera consulté avec fruit par tous les collectionneurs , et celui qui voudra un jour doter son pays d'une bibliographie complète et raîsonnée des ouvrages relatifs à l'Alsace y trouvera les principaux éléments de son travail.

L'apparition de ce catalogue a fait sensation dans le monde littéraire; les journaux de Strasbourg, de Colmar, de Mulhouse , de Paris et de l'Allemagne s'en sont occupés. Tous ont émis le vœu que cette collection , presque

unique, à laquelle un homme a consacré quarante ans de ea vîe^ ne fût pas, dans l'intérêt des études histo'rîques mêmes, dispersée aux feux des enchères.

Il a ^ question, dès la mort de M. Heitt, de Tacquérir pour la Bibliothèque de la ville ; c'était un vœu que cet ardent collectionneur caressait déjà longtemps avant de mourir, et nous souhaitons vivement qu'il se réalise.

Bien que la Bibliothèque de Strasbourg possède la majeure partie des livres mentionnés dans le catalogue , il en est beaucoup qu'elle n'a pas , et ce sont les plus rares. N'est-il pas regrettable , par exemple , de ne pas trouver dans un dépôt aussi riche, et l'un des plus importants de France, les nombreux périodiques publiés à Strasbourg depuis un siècle , et ces feuilles volantes de toute sorte , si utiles à l'étude de l'histoire , qui ont surgi sous la Réforme, la guerre de Trente ans et la Révolution française? Cette raison seule ne devrait-elle pas suffire pour engager nos édiles à acquérir cette belle collection?

Une pareille occasion de combler des lacunes ne se présente que la*op rarement pour que l'hésitation soit permise.

Avec les nombreux exemplaires doubles et triples de livres rares et précieux qui se trouvent à la Bibliothèque , 26,000 et peut-être 30,000 volumes, la ville de Strasbourg, si elle les faisait cataloguer et vendre, n'aurait bien certainement pas un sou à dépenser pour l'acquisition de la bibliot^que Heite. Elle trouverait même dans le résultat d'une vente des ressources suffisantes pour combler encore d'autres lacunes dans les diverses bran-

ches de la bibliographie , notamment en ce qui concerne la littérature française. Mais il est à craindre que le bruit fait à la suite de la publication du catalogue n*ait amené les héritiers de M. Heitz à s'exagérer la valeur de cette bibliothèque, et, par suite, à trop élever leurs prétentions.

Si nous n'écoutions que notre sentiment de collectionneur, une adjudication de la bibliothèque Heitz nous sourirait davantage ; que de jouissances les feux des enchères n'oârent-ils pas aux amateurs ; que d'émotions et à combien de folies ne se livrerait-on pas pour la conquête de certains numéros l

Cependant une vente a aussi ses revers ; les grandes raretés y sont , il est vrai , disputées au poids de l'or, mais tous les autres livres,, les plus nombreux , sont adjugés à vil prix et très-souvent ne trouvent même pas d'acquéreurs.

Une vente aux enchères pourrait, dès lors, être la source de grandes déceptions pour les héritiers, la presque totalité des ouvrages composant la bibliothèque Heitz , à l'exception des éditions rarissimes , étant des livres de travailleurs et non des exemplaires d'amateurs.

Cette dernière considération doit être de nature à les faire réfléchir et à les engager à ne pas repousser les offires raisonnables qui pourraient leur être faites , d'autant plus que la bibliothèque alsatique , vendue , il 7 a dix-huit mois, à la Bibliothèque royale de Berlin, ne saurait , dans aucun cas , servir de point de comparaison.

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