AUX HONORABLES JUGES DE LA COUR “DES PLAIDOYERS COMMUNS
“Supplie très humblement Charlotte Aubert, Veuve du marquis d’Albergatti et a l’honneur de vous représentez, Messieurs, qu’Elle est propriétaire de la seigneurie de Bic, sur laquelle elle a fait depuis plus que dix ans des concessions de terres à cens ou rentes foncières, à différentes familles habitants, qui prétendait de s’y établir et tenir feu et lieu sur les terres à eux concédées.
“Que ces habitants, nommément, Antoine Gagnon, Veuve Gagnon, Pascal Gagnon, François Chabot, et Jean Collins sont actuellement en possession chacun d’une terre de quatre arpent en front, sur quarante en profondeur, sur lesquelles terres ils ne tiennent pas feu et lieu, et n’en ont pas défriché depuis plus que dix ans, un demi arpent de terre au grand préiudice de l’établissement de la ditte seigneurie. Pour quelles raisons notre représentante supplie Vos Honneurs, de l’authoriser de réunir les dittes terres à son dit fief, faute par les censitaires y avoir tenu
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feu et lieu, pour les pouvoir concéder à des gens plus exact pour remplir leur promesses.
“Et vous ferez justice.
“Chas. Thomas, Avocat “pour la suppléante”.
“Quebec May 3, 1785.
La cause fut plaidée, au cours du mois d’août 1785 et, le 26 du même mois, les cinq colons de mauvaise foi furent condamnés à déloger leurs maisons, à déguerpir et à payer à la marquise une indemnité ou amende de trois livres.
On pourrait croire que la seigneurie devint déserte, une troisième fois, mais non. Depuis quelques années déjà, une famille vivait au Cap-à-1’ Orignal, nommé aussi à cette époque “la Montagne du Aha” : c’était celle de “José” (Joseph) Labrie, dont nous parlerons longuement dans un autre article. Nous ne saurions dire avec précision à quel moment il arriva au Cap-à-l’Orignal. Mais, d’un témoignage qu’il rendit, devant la Cour des Plaidoyers Communs, dans une cause dont nous parlerons aussi, il ressort qu’il devait être au Bic vers 1770. En effet, il déclare être arrivé dans la seigneurie, lorsque ses enfants étaient encore en bas âge, y avoir défriché seul une terre de quatre arpents, et n’avoir eu son titre du seigneur qu’en 1783, alors que ses enfants étaient plus avancés en âge. Avec ces données, il ne doit pas être exagéré de dire qu’il devait être arrivé au moins une dizaine d années plus tôt. En 1785, son fils Joseph, qui devait être pilote un peu plus tard, — sa commission est datée du 2
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août 1787, — se faisait concéder une autre terre, voisine de celle de son père. A la même date, la veuve de Jacques Gagnon était encore là, avec sa famille. Il y avait donc trois colons, au Cap-à-F Orignal.
Plus à l’est, sur le chemin rudimentaire qui suivait les méandres de la baie du Bic, au pied des hautes montagnes qu’on appelait “La Muraille”, vivaient Antoine Petit et sa mère, tenancière de la “maison de repos”, si célèbre dans les chroniques du St-Laurent. Antoine Petit était pilote, lui aussi. Son permis porte la même date que celui de Joseph Labrie.
Au nombre des autres pilotes qui furent les premiers habitants du Bic, nommons tout de suite Jean- Pierre Arseneau, acadien d’origine, qui se fixa sur la Pointe du Vieux-Bic, en face de l’école modèle actuelle du village. Il n’y a pas bien des années, on voyait, tout près de la résidence, maintenant disparue, de Monsieur Mac-Kenzie, les ruines de la maisonnette, dans laquelle il vécut plusieurs années. Plus tard, il acquit la Pointe du Vieux-Bic.
Sur la même Pointe du Vieux-Bic, tout-à-fait à l’extrémité ouest, il y avait encore Antoine Michaud, William Ross, père et William Ross, fils, pilotes eux aussi. Ce dernier reçut l’autorisation de pratiquer, en 1788. Il eut une fin tragique. Le 27 juin 1820, accompagné de Amable Lavoie et d’un jeune apprenti, de Rimouski, il naufragea, près de l’île St- Barnabé, et perdit la vie.
A cette date, il ne résidait plus au Bic, non plus que son père ni Antoine Michaud. Le seigneur Pritchard les avait faits déguerpir, au commencement du
siècle dernier, lorsqu’il était devenu le propriétaire de la seigneurie. Feu Napoléon Côté, autrefois possesseur de la “Pointe”, nous a affirmé avoir vu, lorsqu’il était encore enfant, les ruines des trois maisonnettes de ces “squatters”.
lit voilà les premiers habitants du Bic. Il convient peut-être de noter, avant de clore cet article, qu’en 1788, il y avait un domaine ou manoir seigneurial dans la seigneurie du Bic. Le Sieur Charles Thomas qui administrait ce fief, au nom de la marquise d’Albergatti, y faisait-il de la culture et du défrichement? Non, probablement. Les quelques constructions qui s’y trouvaient, outre le manoir, devaient servir au logement des hommes employés à la pêche du saumon et du marsouin, par la marquise d’Albergatti. Car depuis plusieurs années déjà, les Aubert de la Chesnaye exploitaient cette source de revenus considérables. Nous le verrons dans les articles suivants.
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§ 14. — Les successeurs de François Aubert de la Chesnaye. — Ignace-François-Gabriel Aubert de la Chesnaye. — Dame Marie-Anne l’Estringant de Saint-Martin, sa veuve, et Dame Charlotte Aubert d’AIbergatti, sa fille. — Bail de louage de la seigneurie du Bic à Sieur David Allgeo. — Ses démêlés avec les seigneurs.
Il est temps que nous revenions à l’histoire des seigneurs du Bic, que nous avons dû interrompre, pour relater les évènements tragiques qui se déroulaient dans notre beau port de mer, à l’époque troublée de la conquête. L’organisation du pilotage ayant suivi immédiatement cet évènement, nous avons voulu ne pas remettre à plus tard d’en résumer l’histoire, intimement liée elle-même à celle de l’arrivée de nos premiers colons, que nous venons aussi de raconter.
Mais revenons à la seigneurie. Nous l’avons laissée, en 1725, entre les mains des héritiers de François Aubert de la Chesnaye, Seigneur de Mille-Vaches, qui périt, cette même année, dans le naufrage du “Chameau”. Après son décès, il semble que le fief du Bic fut, pendant plusieurs années, un domaine sans seigneur, un bien sans maître.
Les circonstances tragiques de sa mort nous autorisent à supposer que le Seigneur de Mille-Vaches mourut intestat. Au moins, on ne découvre aucune trace de testament ou de transport quelconque de cette propriété. Et, il n’est plus question, nulle part,
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de la seigneurie du Bic, jusqu’en 1750, alors qu’on la retrouve entre les mains de Ignace-François-Gabriel Aubert de la Chesnaye, son fils, qui l’acquit probablement par succession.
C’est lui qui afferme, en 1750, ainsi que nous l’avons vu plus haut, toutes les pêches à saumon de cette seigneurie à Jean Pineaut. En 1765, c’est encore lui qui, d’accord avec Joseph Chartier, agissant au nom des seigneurs de Rimouski, accepte de se soumettre à une décision arbitrale, pour le règlement de la question déjà discutée des limites des deux seigneuries. Ce fut le dernier acte de son administration, car il mourut subitement le 29 octobre 1766.
Dame Marie-Anne l’Estringant de Saint-Martin, son épouse et Dame Charlotte Aubert d’Albergatti, sa fille : la première “comme commune en biens avec feu son mari”, la seconde, “comme héritière de son père”, lui succédèrent.
Le 19 avril 1771, par acte passé devant le notaire Saillant, en leur demeure, sur la rue St-Louis, à Québec, elles louaient à David Allgéo, de Québec, pour un terme de quinze ans, “le fief et seigneurie de deux lieues de front le long du fleuve Saint- Laurent du côté du Sud à prendre du milieu de la largeur de la rivière appellée Mitis ou autrement les îles Saint-Barnabé, en montant le dit fleuve sur deux lieues de profondeur, ensemble l’isle du Bic, qui est vis-à-vis, et enfin le droit de pêche et de chasse et celuy de traite avec les sauvages, aux dites dames bailleresses appartenant, la ditte dame Aubert, comme commune en biens avec feu son mary et la dite dame d’Albergatti, comme héritière de son père,
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auquel dit Sieur Ignace Aubert, ils appartenaient pour les avoir recueilli dans la succession de Monsieur François Aubert, écuyer, son père, qui avait hérité de Monsieur Charles Aubert, écuyer, son grand’père, auquel le tout appartenait pour luy avoir été vendu par Monsieur Charles Denis, écuyer, Sieur de Vitré, et Dame Catherine de Lostelneau, son épouse, par contrat passé devant Me. Rageot, notaire à Québec, le treize novembre mil six cent quatre vingt huit, auquel dit Sieur de Vitré, le tout lui appartenait pour luy avoir été concédé par Monsieur de Frontenac, lors gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté très Chrétienne en ce pais, par titre de concession, en datte du sixième mai mil six cent soixante quinze, signé Frontenac” .
Le Sieur Allgéo devint donc, en vertu de cet acte, locataire de la seigneurie du Bic. Mais le fief voisin l’intéressait davantage, surtout la partie qui s’étend de la rivière Hâtée à celle de Rimouski. Aussi mit-il tout en oeuvre pour en frustrer les Lepage de St- Barnabé. C’est lui, semble-t-il, qui suscita cette chicane retentissante, entre les Lepage et les Aubert, qui eut ses derniers échos devant la Cour des Plaidoyers Communs et dont nous parlerons dans l’article suivant.
Quoi qu’il en soit, de 1771 à 1774, se souciant peu de mettre en valeur le domaine du Bic, il ne s occupa que de celui de Rimouski. “Après la passation de son bail, dit le procureur de la marquise d’Albergatti, dans une cause célèbre, qui méritera d’être racontée, il prétendit mal à propos s’emparer des pê-
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ches de la seigneurie voisine appartenante au Sieur Lepage. Plus le Défendeur prétendit avoir seul le droit et la science d’interpréter le nom de la rivière Mitis ou celui de la rivière Attée laissé en blanc dans une partie des anciens titres. Il s’imagina avoir droit de prendre possession des îles St-Barnabé que les titres ne citent que comme voisine ou autrement. Enfin de son autorité le Défendeur s’empara des pêches des voisins en anticipant jusqu’où il lui plut dans la seigneurie du Sieur Le Page qui fut obligé de défendre sa propriété contre le Défendeur qui le troublait”.
La Cour régla cette question épineuse des bornes de la seigneurie, en 1774; mais David Allgéo engagea la marquise d’Albergatti à en appeler de cette décision, maintenue par un autre jugement du tribunal de seconde instance, en 1778.
Cette fois, il dut se soumettre et s’occuper de mettre en valeur la seigneurie du Bic, plutôt que celle de Rimouski. Mais il ne paraît pas y avoir joué un rôle bien considérable. Nous avons vu, dans un autre article, qu’en 1780, il fut nommé Surintendant des Pilotes du Roi, à l’île du Bic, avec des pouvoirs très étendus.
En 1781, comme il refusait de payer à la marquise d’Albergatti les sommes qu’elle lui réclamait, pour l’affermage de ses terres, celle-ci le poursuivit devant la Cour des Plaidoyers Communs. Il fut condamné à payer à la demanderesse une somme de vingt-quatre livres et dix shellings, pour balance due.
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Nos lecteurs trouveront dans l’Appendice B, à la fin de ce volume, les pièces les plus importantes du dossier de cette cause, que nous n’avons pu que résumer, dans le corps de ce travail.
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§ 15 — François-Gilles-Ignace Aubert de la Chesnaye et la marquise d’Albergatti-Vezza, sa soeur. — Leur Acte de Foye et Hommage.
Dix ans après le bail du Sieur Allgéo, François- Gilles-Ignace Aubert, fils de Ignace-François-Gabriel, avait succédé à sa mère, Dame Marie- Anne de l’Estringant de Saint-Martin, dans la possession d’une partie du fief du Bic. On le voit en effet, porter Foye et Hommage, avec sa soeur, la marquise d’Albergatti, à titre de propriétaires conjoints de la dite seigneurie, le 12 janvier 1781.
Nous ne savons rien de François-Gilles-Ignace Aubert de la Chesnaye, si ce n’est qu’il naquit à Québec, le 16 janvier 1737 et qu’il mourut à Pondichéry, dans les Indes, le 25 juin 1791.
Sa soeur, Charlotte-Anne-Marie-Josephte, . née à Québec, le 16 janvier 1738, épousa, le 18 janvier 1757, François-Marie-Luc, comte et marquis d’Albergatti-Vezza, fils de Fabina, comte et marquis d’Albergatti-Vezza, de Bologne, en Italie. Les armes de ce seigneur italien étaient “d’azur à une bande de gueules bordée d’or”. Devenu citoyen canadien, le marquis d’Albergatti entra dans les troupes du détachement de la marine. “Il défendit, héroïquement, le fort Jacques Cartier, en 1760, avec cinquante soldats et cent cinquante miliciens”, dit l’Histoire du
Blason.
Voici le texte de l’Acte de Foye et Hommage que les deux seigneurs conjoints portèrent au Château
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St-Louis, à Québec, devant le gouverneur Haldimand, le 12 janvier 1781 :
“Du douze janvier mil sept cent quatre-vingt-un.
“District de Québec.
“Gilles Aubert de la Chesnaye écuier absent et Damoiselle Charles Aubert veuve Dame Dalbergaty seigneur du fief du Bic.
“En procédant à la confection du Papier Terrier du Domaine du Roi en la Province de Québec, est comparu au chateau St Louis de la ville de Québec, et par devant nous, Frédéric Haldimand capitaine général et gouverneur en chef de la Province de Québec, &c, &c, et territoires en dépendans et Amérique, Vice-amiral et Garde du grand sceau d’icelle Général et commandant en chef les troupes de Sa Majesté dans la dite province et frontière d’icelle, &c, &c., &c., Monsieur Maître Michel Barthelot Dartigny avocat et notaire en cette province au nom et comme fondé de procuration spéciale de Damoiselle Charles Aubert, veuve Dame Dalbergaty de cette ville de Québec se faisant et portant foi pour Gilles Ignace Joseph Aubert de la Chenaie écuier son frère absent de la dite province restée et déposée au greffe de la confection du dit papier terrier, passée en cette ville de Québec le ‘huit du présent mois par devant Mtre Pinguet et son confrère résidant au dit Québec, lequel sieur comparant au dit nom et en celui de Gilles Aubert de la Chenaye frère de la dite Dame absent de cette Province tous deux seigneurs et propriétaires par indivis de deux lieues de terre de front
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le long du fleuve St-Laurent du côté du Sud, à prendre du milieu de la largeur de la rivière Métis et qui s'appellera dorénavant la rivière (blanc) en montant le dit fleuve et deux lieux de profondeur ensemble File du Bic qui est vis-à-vis en tous droits de fief, seigneurie et justice, au dit Gilles Ignace Joseph Aubert de la Chenaye et Dame Dalbergati apartenans comme héritiers présomptifs de feu Charles Aubert sieur de la Chenaie écuier leur agent et par représentation de feu Ignace Aubert de la Chesnaie écuier leur père, nous a dit qu’il vient par devant nous pour rendre et porter au Roi au chateau St Louis de Québec la Foi et hommage lige que ses constituans sont tenus de rendre et porter à Sa très Excellente Majesté George trois à cause des dites deux lieues de seigneurie et nous a représenté pour titres de leur propriété.
“Primo, une concession donnée et accordée à feu Monsieur Maître Charles Denis de Vitré conseiller au conseil supérieur de la Nouvelle France par Monsieur Louis de Buade comte de Frontenac, ci-devant gouverneur et lieutenant-général pour le Roi en Canada en date du six mai mil six cent soixante quinze, de deux lieues de front le long du fleuve St Laurent du côté du Sud, à prendre du milieu de la largeur de la rivière appelée Métis et qui s’appellera désormais la rivière (blanc) en montant le dit fleuve et deux lieues de profondeur ensemble l’île du Bic qui est vis-à-vis avec les droits de chasse et de pêche, même celui de traite avec les sauvages pour par le dit sieur de Vitré ses hoirs et aians cause jouir des dites terres et isles avec dessus en pleine et entière
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propriété et en tous droits de fief et seigneurie et justice, à la charge de la Foi et Hommage que lui et ses hoirs et aians cause seront tenus de rendre et porter au chateau St Louis de Québec duquel il relèvera aux droits et redevances accoutumées et que les appellations du juge qui pourra être établi aux dits lieux ressortiront par devant le lieutenant général de Québec comme aussi qu’il tiendra et fera tenir feu et lieu par ses tenanciers sur les concessions qu’il leur accordera qu’il conservera les bois de chêne qui se trouveront propres à la construction des vaisseaux sur la terre qu’il se réservera pour son principal manoir, même qu’il fera la réserve des dits bois de chêne dans l’étendue des concessions particulières faites à ses tenanciers qu’il donnera incessamment avis au Roi des mines, minières et minéreaux si aucuns se trouvent dans l’étendue du dit ûef et à la charge de laisser les chemins et passages nécessaires, la dite concession ratifiée par Sa Majesté très chrétienne le dix mai mil six cent soixante treize.
“Secundo; un contrat passé devant Mtre. Rageot notaire à Québec et témoins le treize novembre mil six cens quatre vingt huit de vente par Monsieur Maître Denis de Vitré et Dame Catherine Castelneau son épouse à noble homme Charles Aubert sieur de La Chesnaye, aieul des constituans du dit fief et seigneurie pour la somme de deux mille cinquante livres tournois au bas duquel contrat est la quittance de M. Rouer de Villeray agent général pour les intéressés du bail de Pierre Dumergue du droit de quint montant à la somme de deux cens soixante six livres treize sols quatre deniers à cause de l’acquisition du
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dit fief et seigneurie en date du douze septembre mil six cens quatre vingt onze qui sont les seuls titres que le dit comparant au dit nom dit avoir à nous représenter, nous suppliant qu’il nous plaise recevoir ses constituans à la dite foi et hommage lige du dit fief et seigneurie relevant en plein fief de Sa Majesté, et à l’instant s’étant mis en devoir de vassal, tête nue, sans épée ni éperons et un genouil en terre aurait dit à haute et intelligible voix qu’il rendait et portait entre nos mains la foi et hommage que ses constituans sont tenus de rendre et porter au Roi au château St Louis de Québec, à cause de leur dit fief et seigneurie, à laquelle foi et hommage nous les avons reçus et recevons par ces présentes sauf les droits du Roi en autre chose et de L’autruy en toutes, et le dit sieur comparant au dit nom a fait et souscrit le serment entre nos mains de bien et fidèlement servir Sa Majesté et de nous avertir nous et nos successeurs s’il apprend qu’il se fasse quelque chose contre son service, et le dit sieur comparant au dit nom s’est obligé de fournir l’aveu et dénombrement de la dite seigneurie dans le temps présent par les anciennes lois coutumes et usages de cette province. Dont et du tout il nous a requis acte que nous lui avons accordé, et a le dit comparant au dit nom signé avec nous”.
“Fred. Haldimand
“Berthelot Dartigny par procuration”
“J. Monk Attorney-general.
“Par ordre de Son Excellence
“F. J. Cugnet, G.P.T.”
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§ 16. — Différend entre les seigneurs du Bic et ceux de Rimouski, au sujet des limites de leurs seigneuries. — Causes du litige. — Plaidoyers des deux parties. — Jugement de la Cour des Plaidoyers Communs. — Appel de cette décision et nouvelle sentence. — L’affaire est réglée.
Gilles-Ignace Aubert de la Chesnaye et sa soeur, la marquise d’Albergatti-Vezza étaient co-seigneurs du Bic, quand fut plaid ée, devant la Cour des Plaidoyers Communs, cette cause retentissante avec les seigneurs de Rimouski, au sujet des bornes de leurs seigneuries. Voici, en quelques lignes, la raison de tout le malentendu :
Le 6 mai 1675, le comte de Frontenac avait concédé au Sieur Denis de Vitré un terrain d’une étendue “de deux lieues, à prendre du milieu de la rivière appelée Mitis et qui s’appellera dorénavant la rivière . ”. Et d’une.
Treize ans plus tard, le 24 avril 1688, le Sieur de la Cordonnière avait aussi obtenu du gouverneur une concession “de deux lieues de front à prendre, joignant et attenant la dite concession du Bic, appartenant au dit Sieur de Vitré, en descendant le dit fleuve, ensemble la rivière dite de Rimouski, avec l’île St-Rarnabé, etc’” . Et de deux.
Encore plus tard, le 8 mars 1696, le gouverneur Frontenac avait fait à Pierre Lessard et Barbe Fortin, son épouse, veuve de Pierre Gagnon, une autre
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“concession d’une lieue et demie de terre de front, sur deux de profondeur, située au lieu dit le Bieq, ie dit front à prendre au Sud-ouest, depuis la Pointeau-Père appartenant au Sieur Réné Lepage, à cause d’un échange qu’il a faite avec le Sieur de la Cordonnière, et continuer le dit front au nord-est allant le long du fleuve St-Laurent tant que la dite lieue et demie se pourra étendre”. Et de trois.
Enfin, le 11 mars 1751, le marquis de la Jonquières, gouverneur du Canada, et François Bigot, intendant, accordaient au Sieur Lepage de St-Barnabé “Cinq quarts de lieue de terre de front, à prendre depuis la concession accordée au feu Sieur Rouer de la Cordonnière, en descendant au nord-est, jusques et compris la Pointe de l’Isle aux Pères, de manière qu’il se trouvera avoir trois lieues et un quart de front, qui seront bornées en total à la concession des représentants de feu Sieur de Vitré au sud-ouest et au nord-est à la Pointe de l’Isle aux Pères”. Et de quatre.
Notons tout d’abord que les distances, données dans ce dernier acte de concession, ne sont pas exactes. D’après les mesurages de l’arpenteur Plamondon, il y a quatre lieues, entre la rivière Hâtée et la “Pointe de l’Isle aux Pères”, et non pas trois lieues et un quart. Ce dut être la première cause du litige. Les seigneurs de Rimouski avaient droit à un front de trois lieues et un quart, à partir de la Pointe-au- Père, jusqu’à la borne est de la seigneurie des Aubert. Or, entre ces deux points, il y a quatre lieues. Donc, un front de trois-quarts de lieue, s’étendant de la rivière Hâtée, en gagnant l’est, paraissait ne pas
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leur appartenir. Il y a tout lieu de croire que les seigneurs du Bic commencèrent par réclamer la possession de ce reste.
Puis, grâce à une obscurité du texte de la concession de 1675, qui légitimait et expliquait, jusqu’à un certain point, leurs prétentions, ils en vinrent à exiger encore plus. Délaissant complètement le fief du Bic, ils avaient situé toute leur propriété entre les rivières Hâtée et Rimouski, cette dernière étant, prétendaient-ils, la rivière Mitis de la concession de Frontenac au Sieur de Vitré. Le texte d’une autre concession faite au Sieur Jean-Baptiste de Peiras, à peu près à la même époque que celle du Bic, donnait une certaine probabilité à leur interprétation. En effet, Frontenac avait concédé au Sieur de Peiras “deux lieues de front, à prendre de la rivière Mitis, ou autrement les lies St-Barnabé”.
Si Mitis et Iles St-Barnabé signifiaient une même chose, désignaient une même rivière, cette rivière ne pouvait être autre que celle de Rimouski, située toutà-fait vis-à-vis l’île St-Barnabé. Par conséquent, leur domaine devait s’étendre de la rivière Hâtée à celle, de Rimouski .
Une difficulté se présentait dans l’application de cette théorie : la concession du 11 mars 1751, au Sieur Lepage de St-Barnabé; mais ils considéraient cette concession comme nulle, d’aucune valeur et “ne pouvant avoir lieu”, puisque ce territoire avait déjà été concédé en 1675, au Sieur de Vitré .
En définitive, la cause principale du malentendu fut cette fameuse rivière Mitis, qu’on ne savait où
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placer, un siècle plus tôt, et qu’on assignait cependant comme borne à deux seigneuries.
Quoi qu’il en soit de la cause du différend, la dispuste paraît avoir originé avant 1765, du vivant de Ignace-François-Gabriel Aubert de la Chesnaye, dans la location des pêches à saumon de l’est de la rivière Hâtée, dont les seigneurs du Bic et de Rimouski réclamaient tous deux la propriété.
Le 11 février 1765, désirant en venir à une entente, Ignace-François-Gabriel Aubert et Joseph Chartier, négociant de Québec, agissant au nom du seigneur Lepage, firent un compromis, par lequel ils s’engageaient à se soumettre à la décision d’arbitres choisis par les deux intéressés. Le 12 février de la même année, les arbitres, au nombre desquels se trouvait le notaire Saillant, se réunirent et décidèrent que cette rivière Mitis qui, dans l’acte de concession de Frontenac, devait borner, à l’est, la seigneurie du Bic, était la rivière Rimouski, et non la rivière Hâtée.
Louis Lepage, seigneur de Rimouski, refusa d’accepter cette sentence arbitrale et continua de concéder des terres dans le territoire contesté. Le seigneur du Bic protesta, et de façon énergique. Le 30 août 1765, le “Prévôt Maréchal de la Province de Québec ou son député” était requis d’aller “signifier au sieur lePage de Saint Barnabé de comparaître par devant les juges de la Cour des Plaidoyers Communs du District de Québec, à la prochaine séance, qui se tiendra à l’Evêché, pour répondre à la requête d’Ignace Aubert, Ecuyer, Sieur de la Chenaye, qui lui sera signifiée, etc . ” Le man¬
dat est signé “Panet, Ecuyer Greffier”.
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Le seigneur de Rimouski comparut-il? ou l’affaire fut-elle réglée à l’amiable ? On ne trouve plus rien, à ce sujet, jusqu’à l’année 1771. Il est très probable que la mort du seigneur du Bic, survenue en 1766, mit fin temporairement à cette affaire épineuse.
Mais, en 1771, on l’a vu plus haut, le Sieur Allgéo devient locataire de la seigneurie du Bic. Aussitôt après la passation de son bail, il loue une goélette qu’il charge d’agrès de pêche, d’ustensiles et de provisions, et s’en va, avec une nombreuse équipe d’hommes, s’installer dans le fief du Sieur Lepage, pour y faire la pêche du saumon. C’est au tour du seigneur de Rimouski de protester. Le 31 mai 1771, il fait défendre à Allgéo de demeurer dans son domaine. Celui-ci ne tient pas compte de la sommation et continue son exploitation. Bien plus il ne se gêne pas de collecter les rentes des censitaires du seigneur Lepage, et même de faire de nouvelles concessions.
C’est alors que la Cour des Plaidoyers Communs est de nouveau saisie de cette affaire. Par ordonnances en date du 6 octobre 1772 et du 20 juillet 1773, l’arpenteur Plamondon est chargé “de se transporter dans les seigneuries du Bicq et de Remousquy pour y chaîner les dites seigneuries”.
Le 13 septembre 1773, l’arpenteur remplit sa mission et dresse le procès-verbal, que nos lecteurs trouveront dans l’Appendice A de ce volume et qui, en déclarant que la fameuse rivière Mitis ne peut être que la rivière Rimouski, donne gain de cause aux seigneurs du Bic.
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Les seigneurs Louis et Pierre Lepage n’acceptèrent pas plus la décision de Plamondon que les précédentes et la cause fut instruite, au cours du mois de mai 1774, devant la Cour des Plaidoyers Communs, juridiction civile. Maître Michel Barthelot Dartigny occupait pour les Sieur Ignace Aubert et Dame Charlotte d’Albergatti, demandeurs; Maître Otrie, pour les seigneurs de Rimouski, défendeurs.
Nos lecteurs trouveront, dans l’Appendice A, le Procès-Verbal de chaînage de l’arpenteur Plamondon. C’est sur cette pièce que s’étaye la partie importante du plaidoyer de Maître Michel Barthelot Dartigny, procureur des demandeurs.
Qu’on nous permette de résumer l’autre, en quelques lignes. Pour eux, la rivière Hâtée n’étant pas une rivière, mais un simple ruisseau qu’on ‘'passe à pied sec, en sautant de roche en roche”, ce filet d’eau ne saurait être cette rivière nommée Mitis, dans la concession de Frontenac au Sieur de Vitré, en 1675. Le cours d’eau qui portait ce nom, au temps de Frontenac, ne peut être que la rivière Rimouski. Par conséquent, la concession faite au Sieur Pierre Lepage, le 11 mars 1751, est nulle et d’aucune valeur, une partie de ce territoire ayant déjà été concédée au sieur de Vitré.
On trouvera, dans l’Appendice A, à la suite du Procès-Verbal de Plamondon, la défense produite par Maître Otrie, procureur des Sieurs Lepage, défendeurs. Cette pièce mérite d’être lue. Il est bien sceptique celui qu’elle ne convaincra pas .
La Cour se rendit à l’évidence et donna gain de cause aux seigneurs de Rimouski, en décidant que ‘de milieu de la rivière Hâtée serait la borne entre les dites deux seigneuries”.
Mais les seigneurs du Bic ne se soumirent pas à la décision du tribunal de première instance. Quatre ans plus tard, en 1778, ils portèrent de nouveau leurs réclamations devant la section d’ Appel de la même cour, qui confirma le premier jugement. Cette fois, la question fut définitivement réglée. Nous verrons cependant qu’en 1851, une partie de ce territoire si discuté était annexée à la paroisse de Sainte- Cécile.
Ces discussions entre les seigneurs étaient de bon augure, pour la cause de la colonisation, dans cette région. Elles montraient que les propriétaires de ces deux fiefs commençaient à espérer tirer bon parti de leurs terres. En effet, Rimouski comptait déjà une couple de cents âmes de population, et Le Bic était habité par quelques familles. L’avenir était si prometteur que les possesseurs de ces deux seigneuries, maintenant réconciliés, jugèrent le temps venu de travailler à l’organisation de la voirie, dans leurs fiefs. C’est cette phase intéressante de notre histoire qui fera le sujet du paragraphe suivant.
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SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE
§ 17. — La voirie sons le régime féodal. — La route Rimouski-T rois-Pisfcoles, en 1783. — Requêtes de la marquise d’Albergatti-Vezza et du seigneur Lepage.
Avant de parler des routes rudimentaires qui desservaient la région Rimouski-Trois-Pistoles, en 1783, il sera utile de faire, en quelques lignes, l’historique de la voirie dans notre province. Traitant du même sujet, dans les Notes Historiques sur la Vallée de la Matapédia, nous écrivions les lignes suivantes, reproduites ici, pour l’avantage de nos nouveaux lecteurs :
“Sous le régime français, et même sous la domination anglaise, jusqu’en 1832, le système qui a présidé à l’établissement de la plupart des chemins du Bas-Canada formait partie du régime féodal, implanté dans la colonie par les Edits et Ordonnances de Louis XIV. En vertu de ce système, chaque propriétaire construisait, sous le contrôle du Grand- Voyer, la partie de chemin qui traversait ses terres et devait l’entretenir. Le Grand-Voyer était investi des plus grands pouvoirs. C’est lui qui traçait le parcours des routes et qui en ordonnait et en surveillait la construction. S’il jugeait que certaines parties, à cause des circonstances de terrain, devaient être trop onéreuses pour être exécutées par des particuliers, d’après le mode ordinaire, il les déclarait ouvrage public et les faisait retomber à la charge
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d'un certain nombre de personnes qu’il désignait à volonté.
“Ces pouvoirs des Grands-Voyers furent transférés, en 1832, aux Commissaires des Chemins, qui les exercèrent jusqu’en 1841, époque à laquelle les chemins passèrent, en grande partie, sous le contrôle des municipalités. Voilà les trois phases par lesquelles a passé l’organisation de la voirie dans notre province: Grands-Voyers, Commissaires, Contrôle municipal”.
Et si l’on veut savoir à quoi étaient tenus les habitants d’une seigneurie, relativement à la construction et à l’entretien des chemins, qu’on lise cette clause d’un acte de concession, dans un fief du bas St-Laurent, au milieu du siècle dernier :
“Qu’il (le censitaire) fournisse, fasse et entretienne avec ses co-tenanciers les chemins et ponts publics et particuliers en la même seigneurie, ceux du moulin d’icelle compris, suivant les règlements de la voirie, et l’usage à ces égards en la Province, et ceux nécessaires au Seigneur”.
A cette époque, le gouvernement de la province ne contribuait d’aucune façon à l’ouverture et à l’entretien des grandes routes. Tout était à la charge des censitaires des seigneuries déjà établies. Ce n’est qu’ après la guerre de 1812, qu’on vit le gouvernement du Bas-Canada commencer à accorder quelques subsides, pour l’amélioration de la voirie. En 1829 et 1830, sous l’administration de Sir James Kempt et
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de son successeur, le Parlement vota des sommes assez considérables, pour le chemin Kempt, qui s’étendait de Halifax à Québec, en traversant la vallée de la Matapédia.
Mais quel était l’état de la voirie, dans les seigneuries du bas St-Laurent, entre Rimousky et Les Trois- Pistoles, en 1783 ?
Dans cette longue distance de quarante milles, à peu près, il n’y avait aucune route carrossable; et, autant que la conformation du sol pouvait le permettre, on utilisait la plage du fleuve. Ainsi, de. Rimouski à la Rivière-Hâtée, la batture était 1 unique voie de communication. Entre la Rivière-Hâtée et la Pointe du Vieux-Bic, la haute montagne qui borde le fleuve étant coupée à pic, et sa base constamment battue par les flots de la mer, hommes et bêtes devaient chevaucher, à défaut d’autre route, sur ses flancs abrupts et ses cimes élevées. Il n’y a pas bien des années, on voyait encore des vestiges du sentier tracé, sur ces hauteurs, à cette époque reculée. Il paraît que, même après l’ouverture du chemin royal, cette première voie de communication était encore utilisée, surtout par les habitants des deux “Pointes”, qui s’en servaient pour communiquer entre eux, en attendant qu’un autre sentier fut ouvert au pied de
la montagne, du côté sud.
Du Vieux-Bic à St-Simon, on passait encore sur la rive du fleuve, au pied des “Murailles”. Mais il fallait user de cette voie avec grande prudence, calculer avec soin la distance à franchir et l’heure de la prochaine marée. ^ Le voyageur oubliant ces précautions était exposé à payer de sa vie.
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C’est ce qui arriva bien des fois, nous dit la tradition. Une imprudence de cette nature, qui causa la mort tragique d’un jeune enfant, a donné naissance à la touchante légende de la Baie des Ha! Ha!, que nous raconterons dans un autre volume. Citons, au sujet de cette route, quelques lignes de Sir James Lemoine :
“Formerly the highway from Bic to St-Simon was located on the beach, at the base of stupendous cliffs, and was safe at low water only. The sea washed it during storms at a great height; and incautious travellers hâve found there a watery grave”.
Avec une pareille voirie, il ne faut pas être étonné si la seigneurie du Bic ne se développait pas, alors que celle de Rimouski, assez bien pourvue de chemins, progressait rapidement. Pour faire de la colonisation, il faut des routes . C’est parce qu’on a
méconnu cette vérité que tant de belles régions ont végété si longtemps.
La marquise d’Albergatti-Vezza, devenue maintenant seule propriétaire de la seigneurie du Bic, comprenait mieux ce besoin d’un chemin royal, pour le développement de son domaine. Aussi, le 7 mai 1783, elle adressa au Grand-Voyer du district la requête suivante :
“A monsieur Jean Renaud Ecuier,
“Grand Voyer pour le District de Québec.
“Charlotte Aubert, Veuve du Marquis d’Albergati a l’honneur de Vous représenter, Monsieur, qu’Elle
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est propriétaire de la Seigneurie de Bic, située environ cinquante quelques lieues en bas de Québec coté du Sud du fleuve St. Laurent, et trois lieues en dessus de Rimouski, laquelle ditte Seigneurie n’a pu être établie jusqu’à présent comme celle de Rimouski faute d’un Chemin Roial avec lequel elle n’est pas pourvue, le Chemin au bord de l’eau étant impraticable dans plusieurs endroits. Comme votre Représentante ne peut pas douter, que c’est l’intérêt du Public si bien que son avantage de voir la communication par terre ouverte entre les paroisses, qui sont à une distance si médiocre de Québec; Elle prend cette méthode de Vous prier, Monsieur, de représenter à Son Honneur le Commandeur en Chef et les Honorables les Membres du Conseil Législatif de cette Province l’avantage et l’utilité, qui en résulteroit au Public, si le Chemin Roial fût ouvert dans sa ditte Seigneurie, et Elle ne doute pas aucunement, que Son Honneur le Commandeur en Chef et le Conseil Législatif feront telles Ordres sur ce sujet qu’ils jugeront à propos pour l’intérêt et l’avantage du Public, qui est le même, que celui de Votre Représentante.
“Et Votre Représentante ne cessera pas, etc.
“Aubert, v. d’albergatti”
“Quebec May 7, 1783”.
Bien que fondée sur la raison, cette supplique ne fut pas exaucée. La requête suivante, faite par le seigneur Lepage de St-Germain, deux ans plus tard, prouve bien, en effet, que la seigneurie du Bic était encore, en 1785, isolée du reste du monde.
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“A Monsieur Jean Renaud, Ecuier,
“Grand Voyer du District de Québec.
“Supplie très humblement, et à l’honneur de Vous représenter, Monsieur, Le Page de St. Germain, demeurant à Rimouski, que la ditte paroisse est sous une très grande désavantage faute d’un Chemin royal, qui n’est pas encore fait dans son étendue pour passer aux Seigneuries de bic et Trois Pistoles, c’est ce qui fait que la communication avec les paroisses au dessus est interrompue par terre et peut être regardée comme la cause principale que ces paroisses ne se peuvent pas établir, comme elles seraient si le Chemin royal en faciliteroit les moiens. Votre Suppliant est convaincu que l’intérêt public vous engagera, Monsieur, de prendre en considération la nécessité d’un telle ouvrage (quelle est trop forte pour des paroisses comme celles ci) et en cet égard prendre le trouble de représenter au Gouvernement la très grande utilité qui en résulteroit à tous les paroisses en bas si le Chemin royal seroit ouvert par des moiens que Son Honneur le Gouverneur en Chef trouvera à propos d’ordonner.
“dans cette espérance Votre Suppliant a l’honneur
“d’être Monsieur
“Votre très humble et très obéissant Serviteur
“Le page de St. Germain “Seigneur de Rimouski
“à Rimouski ce 20
“ du May 1785”.
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Le seigneur de Rimouski ne paraît pas avoir eu plus de succès que sa voisine du Bic. On dût l’assurer — tout comme aujourd’hui — que sa demande serait prise “en sérieuse considération” ; mais on ne fit pas davantage.
En 1808, nous le verrons plus loin, la situation n’avait pas encore changé. Les gouvernants d’alors recevaient de nouvelles requêtes qu’ils promettaient
toujours de prendre “en sérieuse considération” .
Ce pitoyable état de choses devait durer jusqu’à l’année 1829. Alors seulement, le chemin Kempt fut construit, à la grande satisfaction des seigneurs du bas du fleuve et de leurs censitaires, qui manquaient totalement de voies de communication.
Lassés d’attendre vainement les faveurs gouvernementales, les colons du Bic essayèrent de se suffire à eux-mêmes, sous la sage administration de la marquise d’Albergatti-Vezza, leur active “seigneuresse”. Si l’on en excepte les Sieurs Archibald et William- Darling Campbell, les deux derniers propriétaires de la seigneurie, c’est cette femme distinguée qui a fait le plus, pour le développement du vieux fief du Bic.
En tout cas, il est certain qu’elle savait, à 1 occasion, réclamer le respect de ses droits et le redressement de ses griefs. Nous en avons eu plusieurs preuves déjà : le paragraphe suivant nous en fournira une nouvelle.
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§ 18. L’île du Bic. — Prise de possession par le gouvernement, en 1780. — Ses habitants. — Paradis des chasseurs. — Réclamation de la marquise d’Albergatti, au gouvernement, pour les dégâts qu’il y a causés.
L’île du Bic, station officielle des pilotes du St- Laurent, immédiatement après la conquête, fut aussi leur résidence, au moins pendant la saison de la navigation.
Après avoir été la propriété des seigneurs du Bic, jusqu’en 1780, on a vu, dans un autre article, que le gouvernement s’en empara, cette année-là, pour réaliser les projets du gouverneur Haldimand, relativement à la création d’un grand havre pour la marine militaire et marchande, à l’entrée du St-Laurent.
C’est le capitaine Schank, avec le concours d’autres officiers du gouvernement, qui, d’après le témoignage de David Allgéo, dans sa cause contre les Aubert, en 1780 et 1781, vint prendre possession de l’île du Bic, au nom de la Couronne, au printemps de 1780. Nous avons dit quels travaux considérables de construction et d’aménagement le dit Sieur Allgéo avait reçu l’ordre d’y faire exécuter. Mais tout se borna à une humble maison, dans laquelle les pilotes vécurent quelques années, ce qui n’empêcha pas le gouvernement de conserver la possession de l’île, pendant quatre ans, pour en faire le séjour des Pilotes du Roi.
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Jusqu’au milieu du siècle dernier, File du Bic semble ne pas avoir eu d’autres habitants. Mais vers 1850, un étranger, à la mine suspecte et aux allures mystérieuses, disaient les méchantes langues, vint s’y établir, avec sa famille. Venant on ne sait d’où, il fuyait devant la justice, avec laquelle il avait
de gros comptes à régler . , disait la renommée aux
cent bouches. C’était de la légende sans doute, car il semble bien que cet individu était un parfait honnête homme; mais cette légende faisait son chemin quand même. Ne serait-ce pas elle qui a inspiré, il y a quelques années, le sujet d’un roman anglais dont le héros, un meurtrier, vivait sur File du Bic? (1) Nous n’avons pas eu l’avantage de lire cet ouvrage, qu’on ne trouve plus en librairie; mais, d’après ce qu’on nous en a dit, il doit y avoir des rapports entre ces deux fictions.
Cette esquisse de File du Bic serait incomplète, si nous n’ajoutions qu’elle a été autrefois une station cynégétique très importante. Le petit gibier, le lièvre surtout et les oiseaux aquatiques y pullulaient. Qui de nos lecteurs du Bic n’a pas encore présentes à la mémoire les fructueuses chasses du vieux Marc
Labrie ? . Combien de fois on Fa vu revenir au
village, après une absence de quelques jours seulement, sa grande barque chargée jusqu’aux bords, de lièvres, “moignacs”, canards et autres gibiers! “Ouf ! p’tit frère ! s’écriait-il alors, l’abondance ! l’abondance !” Mais que de fois aussi il arriva que les amateurs de faisandé y trouvèrent plus que leur compte !
( 1 ) The Keeper of the Bic Lighthouse.
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L’île du Bic redevint la propriété des seigneurs qui n’ont jamais voulu la concéder, pas plus que l’Islet-au-Massacre et les autres îlots du hâvre du Vieux-Bic. Si nous avons été bien renseigné, elle est encore la propriété privée des héritiers de William-Darling Campbell qui, comme tous les autres censitaires, paient leurs rentes annuelles aux représentants des seigneurs.
C’est en 1783 que le gouvernement la remit à la marquise d’Albergatti-Vezza. Mais combien dévastée, après une occupation de quatre années, par les pilotes et autres employés au service des navires du gouvernement ! On était aussi à l’époque où les premiers bateaux à vapeur sillonnaient les eaux du St-Laurent. L’emploi du charbon étant encore à peu près inconnu, on se servait de bois, coupé sur les rives et surtout sur les îles du fleuve. Ce fut l’occasion de dépradations dont les seigneurs et les colons se plaignirent, en plus d’une circonstance, au gouvernement du pays.
L’île du Bic, où tous les navires venaient prendre leur pilote, était bien située pour ravitailler les vaisseaux de leur combustible. Aussi l’on ne se gênait pas, les commandants des bateaux du gouvernement encore moins que les autres .
Mais la marquise d’Albergatti, qui venait de rentrer en possession de cette partie de son domaine, ne l’entendait pas de cette façon. Le 10 octobre 1783, elle adressait au gouvernement de la province la note suivante :
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“Doit le Gouvernement de la province de Québec en canada à De. veuve d’albergati.
“pour quatre années d’usage qu’il a jugé à propos de faire de lisle du bic, de deux lieux de tour, dont les bois étaient bien conservés (les fermiers de la seigneurie du bic ni autres nayant jamais eu permission de prendre des bois sur ladite isle ni même d’y former aucune concession) et pour les dommages que les employés au service du gouvernement y ont faits par la quantité de bois qui y ont été enlevés et dévastés; les quels dommages et dégâts peuvent être prouvés par la quantité de souches et l’embarquement des bois à bord des vaisseaux, et aussi par plusieurs personnes qui ont vu la dite isle si bien boisée avant que le gouvernement sen servit, et qui Ion vue depuis dans un état bien différent: le dit usage de lisle et dommages pour le passé par année à L. 50 : L. 200.
Veuve d’albergati
“à québec ce 10 octobre 1783”.
Sa protestation fut-elle entendue et reçut-elle l’indemnité réclamée en paiement des dommages qu’on lui avait causés ? Il n’y a rien aux archives qui le confirme. Avouons, cependant, que sa demande était juste et que le gouvernement aurait dû y faire droit, ne fût-ce que pour rendre hommage au courage de cette femme qui professait, par ses actes, que l’avenir est à ceux qui luttent .
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§ 19. — Les derniers actes de la marquise d’Albergatti-Vezza. — Affermage des droits de pêche de sa seigneurie à Charles D’Auteuil. — Transport du fief du Bic à Charles Thomas et Charlotte d’Albergatti, son épouse.
En même temps qu’elle défendait l’île du Bic contre les dépradations du gouvernement, la marquise d’Albergatti s’occupait activement de mettre son domaine en valeur, en vue d’y attirer des colons. Le seigneur Lepage, de Rimouski, dont le fief se développait rapidement, lui était sans doute un exemple et un grand sujet d’émulation et d’ambition.
Depuis quelques années déjà, elle avait fait construire un manoir, résidence du fermier qui cultivait ses terres, tout en exploitant ses pêches au saumon et au marsouin. R y avait en effet un fermier, dans le domaine du Bic, en 1783. Nous l’avons vu, dans le document reproduit à la fin de l’article précédent. Dans un autre, que nous citerons un peu plus bas, nous verrons qu’en 1788, la marquise possédait, outre son manoir, quelques autres maisons, inhabitées à cette date.
A quel endroit du territoire actuel de la paroisse du Bic, avaient été érigés cet humble manoir et ces quelques maisons, destinées sans doute au logement des hommes qu’elle employait à la culture de la terre ou aux travaux de la pêche ? La réponse n est pas facile. Si nos préférences sont plutôt pour la Pointe du Vieux-Bic, pour des raisons que nous exposerons
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dans un autre article, il faut admettre que le Cap-àl’Orignal et la Rivière-Hâtée se prêtaient bien aussi à l’aménagement d’un établissement de pêche, à cause des rivières qui s’y trouvent, où le saumon venait sans doute frayer. Ce sont là d’ailleurs les trois seuls sites probables.
En janvier 1788, ennuyée peut-être d’avoir à surveiller ces pêcheries, de si loin, elle les afferma à Charles D’Auteuil, de la Rivière-Ouelle, pour la saison d’été suivante. Lisons ce contrat, le dernier acte officiel de la marquise d’Albergatti-Vezza, à titre de seigneur, avant l’acte de donation de son domaine du Bic, qu’elle fit à sa fille, à l’automne de la même année.