‹ Le BicChapitre 12 sur 28 · BAIL SOUS SEING PRIVE · texte numérisé non relu

BAIL SOUS SEING PRIVE

“DES DROITS DE PECHE, “SEIGNEURIE DU BIC. — CHS. THOMAS POUR “Mme. D’ALBERGATI A CHARLES D’AUTEUIL “(23 JANVIER 1788).

“Entre Monsieur Charles Thomas Ecuyer avocat demeurant en cette ville agissant et gérant de la seigneurie du Bicq pour Madame veuve d’Albergaty dame de la dite seigneurie Et sieur Charles Dauteuil demeurant en la paroisse de la Rivière-Ouelle, a été .convenu ce qui suit

Scavoir

“Que le dit sieur Thomas Loue et afferme pour la saison de l’Etée prochain, audit sieur Charles Dauteuil, toutes les pesches à saumons de la dite seigneurie du Bicq à terre ferme, Entre les bornes seigneu-

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rialles de la dite seigneurie, aux conditions que lé dit sieur Charles Dauteuil donnera le dixième saumon fumé, rendu et livrable en cette ville, de tous les saumons qu’il prendra et fera prendre.

“De plus le dit sieur Thomas donne pour la dite saison de l’Etée prochain, au dit sieur Dauteuil, la liberté de tendre des pesches à marsouins dans la dite seigneurie à terre ferme, aux conditions que si la pesche de ce poisson produit plus que deux Barriques d’huille excédantes les frais de tenture, les dites deux Barriques seront pour le dit sieur Dauteuil, mais que s’il y a plus que deux Barriques d’huille, le surplus sera partagé par moitié sur les lieux, En par la dite Dame D’Albergaty fournissant les futailles pour mettre sa moitié du dit surplus. En outre a été convenu que le dit sieur Dauteuil aura la liberté d’occuper pendant la dite saison, la maison du Domaine ou telle autre maison abandonnée et inoccupée de la dite seigneurie.

“Car ainsy a été Convenû et accordé de bonne foy Entre les dites parties à Québec le 23e. Janvier 1788 : En présence du témoin soussigné, et ont signé après lecture faite par le dit témoin.

“Chas. Thomas” “Dauteuille” “Berthelot Dartigny témoin”.

L’histoire ne dit pas combien de saumons fumés furent reçus par la marquise, au cours de 1 été suivant, ni quelle quantité de futailles elle dût fournir, pour recueillir son “huille” . On ne sait pas davan-

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tage si le Sieur Charles D’Auteuil renouvela le bail, avec ses successeurs, dans les années suivantes.

En effet la seigneurie allait passer en d’autres mains. Le 25 septembre 1789, la veuve d’Albergatti signait, devant le notaire A. Dumas, de Québec, l’acte de donation de son fief du Bic à Charlotte, sa fille, et Charles Thomas, son gendre. Celui-ci avait épousé la fille de la marquise, le 81 mars 1784.

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20. — La flotte de 1793. — Lettre de Monseigneur Hubert. — Réponse du curé de Rimouski.

Au mois d’octobre 1793, des bruits de guerre circulèrent par tout le Canada. La rumeur s’accréditait que deux vaisseaux de soixante-quatorze canons, deux frégates, un slop et deux bricks armés, étaient partis de France, pour Halifax et le fleuve St-Laurent. Ces navires portaient, disait-on, 2,500 hommes, parfaitement équipés et pourvus de vêtements d’hiver, en vue d’un long siège. Cette armée avait été grossie, de cent Irlandais du corps de Salband et d’une troupe de chenapans recrutés aux Etats-Unis, malgré les protestations du gouvernement américain.

Cette rumeur, qui allait se confirmant de jour en jour, avait causé un peu d’effervescence chez le peuple de la Province de Québec. Qui aurait le droit d’en être surpris et scandalisé ? Les trente années d’occupation anglaise n’avaient pas encore effacé de la mémoire de nos gens le souvenir de leur origine. Nos pères n’avaient pas oublié non plus les “feux de joie” allumés, en 1759, sur “la côte sud”, par les troupes anglaises, qui ne paraissaient pas réaliser l’étendue des ruines causées sur leur passage. Et que devaient les Canadiens à ce gouvernement nouveau, qui avait persécuté leur religion, attenté à leur langue et refusé de reconnaître les droits les plus sacrés d’un peuple ?

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A peu près soixante ans plus tard, Octave Crémazie faisait dire au vieux soldat du Drapeau de Carillon :

Mes compagnons, d’une vaine espérance Berçant encore leur coeur toujours français,

Les yeux tournés du côté de la France,

Diront souvent: “Reviendront-ils jamais ?”

Eh bien ! ils revenaient ! Aussi malgré l’absence de toute manifestation publique, cette rumeur dut être un motif de joie et d’espérance pour beaucoup de Canadiens.

Le gouvernement inquiet, se mit en mesure de parer à toute éventualité. Le Conseil Législatif de Québec s’assembla, en octobre 1793, et fit des règlements pour protéger les navires marchands en partance pour l’Europe. Une frégate bien armée fut chargée d’escorter tous les convois qui quitteraient le fleuve. D’autre part, les pilotes avaient reçu l’ordre de se rendre sur l’île du Bic, leur station habituelle, et de se mettre à la disposition des commandants des navires anglais qui viendraient défendre le Canada, contre le coup de main de Bonaparte. On était en effet à l’époque où Napoléon imposait ses volontés au monde et traînait à sa suite les rois enchaînés.

L’autorité religieuse du pays voulut aussi intervenir. Monseigneur Hubert, évêque de Québec, crut nécessaire de s’adresser au clergé de son diocèse, l’invitant à rappeler au peuple son devoir de soumission et de fidélité au nouveau régime.

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Les ennemis de notre race, qui ont sans cesse la bouche remplie d’accusations déloyales contre le clergé et l’épiscopat canadiens, feraient bien de relire cette lettre. Ils apprendraient qu’une fois de plus, l’Eglise prêchait la fidélité et l’obéissance au pouvoir établi, même lorsqu’il opprime. Et que serait-il arrivé, en tant d’autres circonstances, depuis la conquête, si les évêques canadiens n’avaient pas élevé la voix ? Nous ne serions plus des sujets britanniques. Le drapeau américain compterait quelques étoiles de plus et abriterait dans ses plis l’un

des plus beaux pays du monde .

Citons la première partie de la lettre de Monseigneur Hubert, à son clergé, et résumons la dernière :

“Québec, 9 novembre 1793

“Messieurs,

“Des avis reçus de New-York, depuis quelques semaines, donnent lieu de soupçonner qu’une flotte française, partie des côtes des Etats-Unis d’Amérique, pourrait avoir le dessein de faire quelque entreprise sur la Province du Bas-Canada .

“Mais comme il est craindre que les habitants de ce pays, surtout dans les campagnes, frappés du nom de français, ne sachent pas discerner la conduite qu’ils auraient à tenir dans une pareille circonstance, il nous paraît tout à fait essentiel que vous leur proposiez les conseils suivants :

“10> Tous les liens qui attachaient le Canada à

la France sont rompus .

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“2o. — Nous ne pouvons violer le serment que nous avons prêté à l’Angleterre .

“3o. — Le gouvernement britannique est doux et

bienfaisant .

“Joseph-François, Evêque de Québec”.

L’abbé D. Robitaille était, à cette date, curé de Rimouski et des quelques colons du Bic. Voici comment il répondit à la circulaire de son évêque.

“Rimouski, 7 décembre 1793

“Monseigneur,

“J’ai reçu hier soir, à l’issue des vêpres, la lettre circulaire de Votre Grandeur, en date du 9 novembre dernier. Les habitants parlaient déjà de cette flotte, car Monsieur Ross, père, est averti pour garder l’île du Bic, avec tous les autres pilotes, dès le printemps prochain .

“D. Robitaille, ptre”.

“Personne n’eut jamais connaissance de la flotte en question, dit feu Benjamin Suite. Je crois qu’elle n’existait point”.

Cette rumeur avait probablement originé dans le Blocus Continental de Napoléon Bonaparte, prétend le même historien. On croit facilement ce qu’on souhaite . Qui sait si les Canadiens-Français n’au¬

raient pas vu d’un bon oeil l’intervention de la France dans les affaires du Canada, si tendues à cette époque ?

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§ 21. — Les derniers seigneurs du Bic. — Charles Thomas et Charlotte d’Albergatti. — Henry Cull. — Azariah Pritchard. — Archibald Campbell. — William-Darling Campbell.

Le 25 septembre 1789, la marquise d’Albergatti- Vezza donna son fief du Bic à sa fille Charlotte, épouse de Charles Thomas. Nos lecteurs aimeront à lire les quelques notes suivantes puisées aux Archives Publiques du Canada, sur ce nouveau personnage qui entre en scène, dans cette monographie.

Charles Thomas était arrivé à Québec, en 1776, dans un régiment de troupes auxiliaires allemandes. En 1783, il demandait au gouverneur une commission d’avocat. Dans sa requête, il déclarait qu’il était juge-avocat (judge Advocate) dans le corps de son Altesse Sérénissime, le duc de Brunswick, et, depuis huit ans, au service de Sa Majesté Britannique. Ayant perdu tous ses parents durant la guerre, ajoutait-il, il désirait demeurer dans la province et s’y établir comme avocat. Enfin, il affirmait qu’il connaissait le français et l’anglais. Cette pétition est datée de Sorel, le 28 juin 1783.

Le 19 juillet de la même année, Haldimand, gouverneur du Canada, faisant droit à cette requête, signait de sa main la commission demandée et admettait Charles Thomas au barreau de la province.

L’année suivante, le 31 mars 1784, il épousa Charlotte d’Albergatti, fille de François-Marie-Luc, marquis d’ Albergatti- V ezza et de Charlotte-Marie- Anne-

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Josephte Aubert de la Chesnaye. Le mariage fut célébré, à Québec, par l’abbé David-Francis de Montmollin. Comme il a été dit plus haut, c’est en 1789, le 25 septembre, qu’il devint, conjointement avec son épouse, propriétaire du fief du Bic.

Il décéda aux Trois-Rivières, le 8 mars 1826, après avoir été successivement greffier de la Cour des Plaidoyers Communs, greffier de la Paix, coroner, protonotaire et enfin greffier de la Couronne pour le district de Trois-Rivières. Son épouse était décédée l’année précédente, le 2 février 1825.

Henry Cull leur succéda. C’était un des marchands les plus en vue de Québec. On trouve aux Archives Publiques du Canada, à Ottawa, les quelques traits suivants de sa vie.

Le 24 août 1790, il demande au gouvernement la permission de charger un schooner de pain et de farine, pour les pêcheurs du Golfe. Le 12 octobre de l'année suivante, il devient propriétaire de la seigneurie du Bic. Le 18 avril 1792, il demande la concession du canton de Hatley. En 1796, il exporte de la farine à Terre-Neuve. Le 27 juin 1801, il fait un échange de propriété avec Azariah Pritchard, qui va devenir à son tour seigneur du Bic. En 1806 et 1807, on le trouve à Hatley, avec le titre de commissaire pour administrer le serment aux soldats à demi-solde. Enfin, le 2 avril 1808, — c’est la dernière mention qui est faite de lui — il est nommé lieutenant-colonel du 3ème Bataillon de Milice des Cantons de l’Est.

Azariah Pritchard fut son successeur. Nous avons encore moins de détails sur ce nouveau personnage.

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Son père devait être cet Azariah Pritchard, qui fut capitaine des King’s Rangers. Versé dans l’industrie de l’exploitation forestière, il semble que c’est dans un but d’exploitation qu’il acquit la seigneurie du Bic, alors si bien boisée. Le 3 mars 1808, on le voit demander des concessions de terrain, à New-Richmond, comté de Bonaventure. Le 22 mai 1810, il obtient une commission de mesureur de bois. Enfin, le 12 novembre de la même année, il sollicite la permission d’ériger des scieries près de la rivière Cascapédiac, sur les terrains qu’il avait acquis, deux années plus tôt.

Devenu propriétaire de la seigneurie du Bic, le 27 juin 1801, il conserva ce domaine jusqu’au 18 octobre 1822. C’est lui qui fit les premières concessions de terres, comme nous pourrons le voir plus loin.

Archibald Campbell, en 1822, et William-Darling Campbell, en 1852, furent les deux derniers seigneurs du Bic. Nous en parlerons plus longuement, dans une autre partie de ce travail. Nous verrons qu’ils ont joué un rôle considérable dans la fondation et le développement de la paroisse de Sainte- Cécile du Bic, dont nous raconterons, dans un second volume, l’histoire non moins captivante que celle de la seigneurie.

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§ 22. — Antoine Petit. — Supplique au gouverneur pour obtenir une commission de pilote. — La veuve Petit. — Sa maison ‘‘de repos”. — Sa mort. — Notes sur Jean Petit et sa famille.

La plupart des personnages présentés par nous, depuis les premières pages de cette monographie, étaient inconnus du grand nombre de nos lecteurs du Bic ou de la région. Quoique mêlés, de près ou de loin, à l’histoire de notre paroisse, ils n’y ont laissé aucun souvenir ; bien plus, on ignorait peut-être même leurs noms. Aussi, ils ne furent pas des fils de la glèbe et, si quelques-uns d’entre eux ont vécu chez nous, ce fut de façon si transitoire, que la génération actuelle les ignore totalement.

Mais nous aurons le plaisir, maintenant, de faire passer sous les yeux de ceux qui ont eu la patience de nous suivre jusqu’ici, des silhouettes déjà entrevues. Sans doute, aucun de nos lecteurs n’a jamais connu ceux dont nous allons rappeler le souvenir, dans les articles qui vont suivre — nous sommes encore, en effet, à une distance de près d’un siècle et demi de l’an de grâce 1925 — ; mais on va se rappeler que leur histoire a été au moins esquissée par

les traditions des familles.

Il est juste qu’après nous être entretenus si longtemps des étrangers, nous parlions maintenant des nôtres; de ceux qui furent nos premiers colons, ou au moins les premiers habitants de notre petite patrie ; de ceux surtout qui y ont laissé une descendance.

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Le plus connu de ces résidants de la seigneurie du Bic, dont les traditions paroissiales nous ont conservé le souvenir est bien Antoine Petit. Ce nom a été célèbre, dans son temps, s’il faut en croire les chroniqueurs du St-Laurent et les traditions conservées dans les familles. Aussi il a créé toute une légende, non seulement dans la paroisse, mais dans la région et tout le bas du fleuve. Nous sommes sûr d’intéresser nos lecteurs en racontant son histoire et celle de sa mère.

Antoine Petit dut arriver au Bic, de 1780 à 1785. En effet, nous verrons plus bas qu’en 1787 il exposait au gouverneur du Canada que “depuis plusieurs années déjà, il exerçait la profession de pilote, depuis Québec, jusqu’au Bic”. Par conséquent, il y résidait, comme tous les autres pilotes.

Sa mère vivait alors aux Trois-Pistoles, avec sa nombreuse famille — Antoine était l’aîné — en attendant de venir tenir au Bic, en 1787, cette fameuse “maison de repos”, dont nous parlerons dans les pages qui vont suivre. Quant à son père, Jean Petit, il semble bien qu’il vivait, séparé de son épouse, soit au Cap-Breton, son lieu d’origine, soit à Ste-Anne des Monts, où il mourut, en 1787.

Donc Antoine Petit, comme la plupart des premiers habitants du Bic, était pilote. Il exerça d’abord sa profession, sans permis du gouverneur. Mais, le 26 juillet 1787, voulant régulariser sa situation, il profita d’un voyage à Québec, en charge d’un navire, pour présenter à Lord Dorchester la requête suivante :

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"A SON EXCELLENCE LE TRES HONORABLE GUY LORD DORCHESTER Capitaine Général et Gouverneur en Chef des Provinces de Québec, Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick, Général & Commandant en Chef des forces de Sa Majesté dans les dites Provinces & Dépendances d’icelles, &c. &c. &c.

'‘Supplique d’Antoine Petit “Remontre humblement,

“Que depuis plusieurs années il a exercé la profession de Pilote du fleuve St. Laurent depuis Québec jusqu’au Bic, en quoi il a acquis la capacité requise, comme il appert par le Certificat ci-joint.

“Que le Suppliant se proposant de résider au côté Sud de l’Isle du Bic, où les vaisseaux qui montent le fleuve ont coutume de prendre des pilotes, il pourra être d’un grand service en tous tems, & spécialement dans l’automne, attendu quelquefois il arrive qu’il n’y a point de pilote au Bic pour piloter les vaisseaux, oui dans ce cas sont obligés de prendre en cette qualité des gens qui n’on presque aucune connaissance de la rivière, qui les conduisent au hasard, & par conséquent avec beaucoup de risque & de danger. Tel est le cas où s’est trouvé ce printems le Navire London dans lequel est venue Lady Dorchester votre épouse.

“Que le suppliant est chargé de sa mère, qui est veuve, & de plusieurs de ses frères et soeurs, dont il est l’ainé, & comme le père, puisqu’ils n’ont que lui pour ressource. Que c’est principalement cette considération qui l’induit à demander aujourd’hui

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une branche de pilote, espérant par ce moyen être plus en état de les soutenir.

“C’est sur ces raisons que le Suppliant se fonde pour supplier votre Seigneurie de vouloir bien lui faire expédier une Commission ou branche de pilote, pour qu’il puisse exercer avec la compétence nécessaire le susdit pilotage. Et le suppliant, autant par inclination que par devoir, ne cessera de prier pour la santé & la prospérité de Votre Seigneurie. “Québec, 26 juillet 1787”.

“Antoine Petit”.

La supplique était accompagnée du certificat suivant :

“Persuant to a Warrant from the Honorable Henry Hope Esqr Lieutenant Governor of the Province of Quebec &c. &c. &c.

“Bearing date the Second day of March One Thousand seven hundred and Eighty Seven —

“We whose Names are hereunto Subscribed hâve carefully and strictly Examined Antoine Petit, Pilot, for the River St. Lawrence and find him capable of taking charge of any Ship, or Vessel, of Twelve feet Draught or Water, from the Bason of Quebec to the Isle of Bic or upwards from the Isle of Bic, to the Bason of Quebec through the South Chanel Only. “Given under Our Hands at Quebec “this Twenty fourth day of July “One Thousand seven hundred and “Eighty Seven.

“James Frost”

“Peter Fraser”.

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Quelques jours plus tard, les voeux d’Antoine Petit étaient réalisés : sa commission de pilote est datée, en effet, du 2 août 1787. Vint-il s’établir sur le “côté sud de l’isle du Bic”, comme il l’avait projeté? Peutêtre, pour le temps de la saison de navigation ; mais pendant l’hiver et alors que le pilotage chômait, il vivait avec sa vieille mère, dans le voisinage du Cap- Enragé et de l’Anse-aux-Bouleaux, le long du chemin à peine ébauché qui contournait les sinuosités de la baie du Bic.

C’est là, en effet, justement au pied de la “Côtedu-Repos” qui doit son nom à cette ancienne auberge, que la veuve Jean Petit tenait sa “maison de repos”, à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du suivant. C’est pour évoquer ce souvenir que l’abbé J. B. A. Ferland écrivait, en 1836, dans son Journal d’un voyage sur la côte de la Gaspésie, le passage suivant qui a trait à l’héroïne de notre récit :

“Dans cette distance de vingt-sept milles (de Trois-Pistoles au Bic), il n’y avait qu’un seul lieu de repos qui s’offrait aux voyageurs: c’était la maison de la veuve Petit dont le nom est resté célèbre dans ces parages”.

Les Chronicles of the St-Lawrence de Sir James Lemoine évoquent à leur tour la mémoire de cette “horrible vieille mégère”, qui, au commencement du siècle dernier encore, terrorisait toute la région :

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“Instead of a flourishing village, at the beginning of this century, there was scarcely one house to every nine miles of road. Tradition still points out the spot where a dreaded wayside inn existed, kept by a horrible old crone of the name of Petit. During January storms, belated travelers seeking the shelter of Madame Petit’s roof, in several instances, were never heard again. Numerous and dark are the traditions on Madame Petit”.

Si nous éprouvions maintenant des scrupules à dire ce qui se passait dans cette “redoutable auberge”, le passage ci-dessus serait bien de nature à tranquilliser notre conscience. Aussi nous n’hésiterons pas à ajouter que les traditions locales confirment en tous points les affirmations de Sir James Lemoine.

S’il faut en croire les histoires que les vieillards racontent, le soir, au coin du feu, à leurs petits-enfants qui frémissent de peur, les voyageurs fatigués n’y trouvèrent pas toujours le repos désiré . Plu¬

sieurs, surpris par la tempête, allèrent y chercher un refuge pour la nuit, mais ne rencontrèrent que la

mort ! . “Numerous and dark are the traditions on

Madame Petit !” .

N’est-ce que de la légende ? C’est possible, après tout. Il y a, dans toutes les colonies nouvelles, comme d’ailleurs au berceau de tous les peuples, un si grand besoin de merveilleux ! Que d’autres personnages bien normaux, qui ont vécu à une époque plus reculée, auxquels la renommée a fait aussi mauvaise réputation ! Nous en trouverons un autre exemple dans les pages de cette monographie.

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Quoi qu’il en soit, elle vint à mourir cette veuve Petit, l’épouvantail de tout le bas St-Laurent. La tradition, qui semble avoir pris en grippe cette vieille fée, veut encore que son fils Antoine soit allé l’inhumer aux Trois-Pistoles, bien qu’il semble impossible de retrouver l’acte de sa sépulture, dans les régistres de cette paroisse.

Le cortège funèbre, toujours d’après la tradition, n’eut rien de la pompe qui entoure les funérailles d’aujourd’hui, dans l’opulente paroisse de Sainte- Cécile du Bic. La dépouille mortelle, renfermée dans quatre planches à peine blanchies, et déposée sur un traîneau sauvage — car c’était en hiver — fut portée, sans aucune escorte, jusqu’au lieu de la sépulture, par son fils Antoine . Sic transit gloria

mundi ! .

Cet article était déjà préparé, lorsque les patientes recherches de Monsieur l’abbé Alexis April, premier vicaire à la cathédrale de Rimouski, nous ont valu les renseignements supplémentaires suivants.

Jean Petit, le père d’Antoine, était né au Cap- Breton. Il avait épousé Marie Guérette (ou Marette, d’après Mgr. Tanguay), dont nous venons de raconter la vie un peu mouvementée. Nous ignorons tout de sa vie, jusqu’à sa mort, survenue, à Ste-Anne des Monts, au mois de janvier 1787. Ce qui est bien probable, c’est que nous sommes ici en présence d’un couple désuni. Il mourut donc en janvier 1787 et fut inhumé sans aucune cérémonie religieuse. Ce n’est que treize ans plus tard que sa fosse fut bénie par Messire J. Lecourtois, curé de Rimouski, en mis-

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sion à Ste-Anne des Monts. Voici Pacte de cette bénédiction :

“Le quatorze septembre mil huit cent, je, soussigné, curé de Rimouski, étant en mission à Ste-Anne des Monts, côte de Gaspé, ai suppléé les cérémonies de la sépulture à Jean Petit, natif du Cap-Breton, mort en janvier mil sept cent quatre-vingt-sept”.

“Le Courtois, ptre”.

Le 26 juillet 1787, Antoine Petit avait donc raison de représenter au gouverneur que sa mère était veuve. C’est cette année là qu’elle quitta Les Trois-Pistoles, pour venir fixer ses pénates au Bic. Il est un fait qui prouve bien qu’en 1787, elle vivait dans ce dernier endroit, et depuis peu: c’est le mariage de sa fille Archange, dans l’église de Rimouski ; alors que, dans l’acte, les deux époux sont dits être domiciliés aux Trois-Pistoles, ainsi que leurs pères et mères. Nous reproduisons intégralement ce document.

“L’an mil sept cent quatre-vingt-sept, le trente juillet, par nous prêtre soussigné certifie qu’après la publication de trois bans de mariage aux prônes des messes paroissiales entre Germain Soucy, fils de feu Germain Soucy et de Marie-Louise Lepage, ses père et mère, de la paroisse de Trois-Pistoles d’une part ; et Marie- Archange Petit, fille de feu Jean Petit et de Marie Guérette, ses père et mère aussi de la même paroisse, sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement à ce mariage, ai reçu leur mutuel consentement

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de mariage en présence de Sébastien Poirier, Dauphiné Petit, Brillant Dubé”.

“Ph. Pâquet, ptre”.

Les régistres de Rimouski parlent encore une couple de fois de cette famille, dans la suite. C’est pour enrégistrer les actes du décès d’un frère et du mariage d’une soeur d’Antoine.

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§ 23. — “José” (Joseph) Labrie dit Mignot. — Ses ancêtres. — Son arrivée dans la seigneurie du Bic. — Démêlés avec la marquise d’Albergatti. — Sa descendance.

En 1785, nous l’avons vu plus haut, la marquise d’Albergatti-Vezza faisait déguerpir cinq colons de mauvaise foi qui possédaient des concessions dans son fief. L’année suivante, le 11 octobre 1786, le jugement de la Cour des Plaidoyers Communs ayant été exécuté, ces cinq terres “étaient réunies au domaine, suivant la loi et coutumes en force dans la province”.

Cependant, nous l’avons dit, quand nous avons raconté cet incident, la seigneurie du Bic ne resta pas inhabitée par suite de ce bannissement en bloc. Une couple de familles de pilotes habitaient déjà la Pointe du Vieux-Bic, et une autre, celle de Joseph Labrie, le Cap-à-l’Orignal, appelé aussi Montagne du Aha. Ce pionnier de notre paroisse ayant toujours été connu sous le nom de José, c’est ainsi que nous le désignerons, dans tout le cours de ce récit.

Avant de raconter son histoire, il sera intéressant de rappeler le souvenir de son ancêtre canadien, qui se distingua par un acte de bravoure, à l’origine de la colonie.

José Labrie descendait, en droite ligne, de Jean Mignot dit Labrie, originaire de St-Germain de la Seine, dans la Brie, en Bourgogne. Ayant épousé Marie-Xaintes Boucher, à Ste-Famille de l’Isle d’Or-

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léans, ce Jean Mignot dit Labrie vint se fixer à la Rivière-Ouelle, à la fin du dix-septième siècle. Il y vivait, en 1690, lorsque les Bastonnais, sous les ordres de Phipps, entreprirent de faire le siège de Québec. Nos lecteurs savent l’aventure qui leur arriva à la Pointe de la Rivière-Ouelle, où un détachement assez considérable avait débarqué, avec l’intention de brûler l’église et le village, et de faire un mauvais parti aux colons français.

L’abbé Frencheville, dont le nom est resté synonime de crânerie et d’héroïsme, était alors curé de la paroisse. Il avait suivi avec intérêt toutes les manoeuvres de la flotte, ancrée à quelques perches du rivage, et déviné les perfides desseins de l’amiral. A la vue du danger qui menaçait son peuple, il sonne le tocsin, au clocher de son église, et appelle tous ses colons sous les armes. Trente-neuf répondent à son appel, se rangent sous son commandement, marchent au-devant de l’ennemi, et se conduisent avec tant de vaillance que les soldats de Phipps, rebroussant chemin, se rembarquent avec précipitation. Au nombre de ces braves, se trouvait Jean Mignot dit Labrie, l’ancêtre de José.

Il fallait à notre pionnier beaucoup de ce courage qui animait son aïeul pour venir se fixer au Cap-àl’Orignal, dans cette vaste solitude du Bic, avec la perspective d’y vivre isolé des autres humains, pendant de longues années peut-être, et de souffrir de la misère, dans ces montagnes où la culture de la terre paraissait impossible.

José Labrie, avant de se faire colon, vivait à St- Roch, de Québec. Il s’y était marié, le 5 février

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1759, à Marie-Rosalie Lisot (Lizotte). Bien qu’on ne puisse retrouver ni le texte, ni la date de sa commission, il semble qu’il était pilote, avant même la législation de James Murray.

Vint-il s’établir au Bic, immédiatement après son mariage ? Non. Dans sa défense contre une poursuite de la marquise d’Albergatti-Vezza, en 1789, il témoigne qu’il avait une nombreuse famille et que

ses enfants étaient en bas âge, lorsqu’il défricha les deux terres de quatre et de huit arpents de front, sur lesquelles il s’était d’abord établi en “squatter”. En 1783, “lorsque ses enfants ont été plus avancés en âge, il s’ est adressé au Géreur ou agent de cette seigneurie, qui lui donna un titre de concession de huit arpents de front sur quarante-deux de profondeur sise et située dans le vieux Bic et une autre de quatre arpents de front, de la même profondeur, vers la montagne du Aha”.

De ces données, on peut conclure qu’il arriva au Bic entre 1770 et 1775. Comme on vient de l’apprendre, par son propre témoignage, en 1783, il avait déjà défriché deux terres: l’une au Vieux-Bic, c’està-dire dans le voisinage de la Pointe, l’autre au Capà-l’Orignal. C’est sur cette dernière qu’il faisait sa principale culture. Il y faisait aussi la pêche au saumon, dans la rivière du Sud-Ouest, si poissonneuse encore aujourd’hui.

Tout alla bien jusqu’en 1789, alors que la marquise d’Albergatti voulut l’arrêter. Le 3 janvier, par le ministère de maître Michel Berthelot d’Artigny, avocat, elle présente une requête aux “Honorables Juges de la Cour des Plaidoyers Communs du Dis-

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trict de Québec”, dans laquelle elle expose “Que le droit de tendre des pêches dans la seigneurie n’a pas été accordé à Labrie, pas plus qu’aux autres habitants de la seigneurie. Que depuis, Labrie a obtenu annuellement la permission de tendre des pêches seigneuriales, et qu’il a payé les redevances, jusqu’à il y a deux ans. Que depuis deux ans, il n’a rien payé à elle, ni à son fermier, excepté une très petite partie que le fils du dit Labrie, cultivant une de ses terres a payée au fermier. Comme le dit Labrie, par aucune permission, n’ayant que le droit de pêche dans une Rivière et Etang qui se trouvent sur sa concession, pêche ailleurs que dans cette rivière, elle supplie les juges de le faire comparaître devant la Cour et de le condamner à payer vingt-cinq livres courant de dommages”.

Le 5 janvier de la même année, le shérif assigne José Labrie à comparaître devant le tribunal, le 29 du même mois. L’accusé, par le ministère de I. J. Crynet, produit sa défense le 12 janvier. C’est une pièce intéressante que tous nos lecteurs, surtout ceux du Bic, aimeront à connaître. Aussi, malgré sa longueur, nous croyons devoir la reproduire en entier.

SOUS LA TENUKE SEIGNEURIALE

District de Québec

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