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LE PORTAGE

Régis Michaud 6

Ignace Lavoie 3

Pierre Michaud 7

Laurent Michaud 3

SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE

Augustin Michaud Joseph Michaud Charles Dandurant Isaac Roy Louis Roy

Il y avait donc, dans la seigneurie du Bic, en 1825, une population de dix-huit familles et de quatrevingt-dix âmes. Et, dans tout le territoire compris entre le Cap-à-l’Orignal et Les Trois-Pistoles, — le “Portage”, comme on l’appelait alors, — on comptait neuf familles et trente-neuf âmes.

L’ouvrage, bien connu et si souvent cité, de Joseph Bouchette : The British Dominions in North America, publié à Londres, en 1831, ajoute des précisions intéressantes, sur l’état d’avancement de la seigneurie du Bic, à cette date. On y lit, en effet, qu’en 1825, Le Bic avait une population de 90 âmes. Le bétail possédé par les colons se repartissait comme suit . 26 chevaux, 29 boeufs, 40 vaches, 120 moutons et 57 cochons. La récolté de 1825 avait produit . 52 minots de blé, 10 d’avoine, 4 d’orge, 100 de seigle, 16 de pois et 90 de pommes de terre: en tout 272

minots .

Au témoignage du même recensement, il y avait deux moulins dans la seigneurie : l’un à farine, 1 autre à scie. Le premier était évidemment le moulin seigneurial, construit en 1824, comme nous 1 avons

lu, dans l’article précédent.

Quant au moulin à scie, nous n’avons rien qui

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puisse nous apprendre, avec certitude, le nom de son propriétaire et son emplacement ; mais qu’on nous permette de risquer l’hypothèse suivante, qui ne manque pas de vraisemblance.

On a vu, au commencement de cet article, que la première concession du seigneur Campbell fut consentie à Dame Marguerite Bouchard, épouse de Azariah Pritchard, agissant probablement au nom de son époux. On s’est demandé, sans doute, dans quel but l’ancien seigneur se faisait concéder cette terre. Ce ne pouvait être pour y faire de la culture, puisqu’il était exploiteur de scieries et marchand de bois. Pourquoi ne pas supposer qu’il voulait tout simplement construire un moulin à scie, sur ces lots, encore si bien boisés, et dont les colons commençaient le défrichement ?

Si l’on veut bien se rappeler maintenant que cette terre de Dame Marguerite Bouchard était bornée, d’une part à Paul Côté et de l’autre à Jean-Baptiste Blanchette, on verra, en relisant le recensement de 1825, que c’est John Carnell qui l’occupait, cette année là, et que c’est lui qui devait exploiter le moulin à scie de Azariah Pritchard. Et nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que cette scierie dedevait être située sur la terre actuelle de la Fabrique, au pied du coteau où se trouve le cimetière. C’est là aussi que la compagnie Price Brothers construisit, une quinzaine d’années plus tard, un moulin bien plus considérable, pour une exploitation plus développée.

Mais revenons à la population du Bic, à cette date. Il y avait dix-huit familles dans la seigneurie. On

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le voit, ce chiffre était loin de correspondre à celui de lots concédés jusqu’à cette date. Et voilà qui confirme bien l’opinion que nous avons émise plus haut, à savoir que la plupart des terres sorties du domaine du seigneur ne furent jamais occupées par leurs premiers concessionnaires, ou bien le furent plus tard, ou enfin, furent délaissées, avant le recensement de

Malgré tout, la forêt était entamée, dans tout le premier rang de la seigneurie, et le jour n’était pas éloigné où de vaillants défricheurs allaient se lancer à l’assaut des rangs supérieurs.

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§ 32. — L’ “Olivier Gamache” du bas St-Laurent. — Samuel Sergerie dit St-Jorre.

L’un de nos écrivains nous a fait l’histoire de ce personnage fameux de l’Isle d’Anticosti, qui avait nom Olivier Gamache. Et, tout en amusant ses lecteurss, au récit des exploits de ce mystificateur émérite, il a réhabilité cet individu devant l’opinion publique, qui ne voyait en lui qu’un vil assassin.

Qui sait si nous ne rendrons pas ce service à un type de même espèce, qui vivait dans la seigneurie du Bic, en 1825, et qu’on accusait de tous les crimes, bien qu’il fût, peut-être, l’habitant le plus paisible de la région ? Il y a près d’un siècle que Samuel Sergerie dit St-Jorre — c’était le nom de notre héros — est disparu de la scène du monde ; et cependant on en parle encore, dans toutes les familles du Bic et du bas St-Laurent. Son nom, à l’égal de celui de la fameuse veuve Petit, a créé toute une légende.

Nous ne ferons donc pas injure à sa mémoire, en rappelant les mystifications dont il fut l’auteur, qui lui valurent cette mauvaise réputation qu’il semblait rechercher et que les générations, en se succédant, sont loin d’avoir améliorée. Au contraire, en le réhabilitant, nous aurons acquis des droits à la reconnaissance de ses descendants, s’il en a encore.

Nous avons la conviction d’ailleurs que Samuel Sergerie, comme tant d’autres hommes, valait mieux que sa renommée. C’est d’autant plus vrai que celleci valait bien peu . Qu’on en juge par la nature des

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accusations que la rumeur publique avait portées contre lui.

Il pillait, insinuait-elle, les nombreux voyageurs, forcés de venir chercher un refuge sous son toit. Bien plus, on chuchotait qu’il en avait assassiné plusieurs, afin de faire disparaître les témoins de ses crimes . D’autres, plus renseignés encore, don¬

naient même des noms de petits marchands forains, qu’on avait vus entrer, un soir, dans sa cabane, et qui n’avaient jamais reparu .

Ces propos n’avaient rien de bien flatteur ! Tout autre que Sergerie eût protesté, et de la bonne façon ; mais celui-ci paraissait jouir de se voir craint et redouté. Et comme il ne faisait pas même les frais de se défendre, on vit bientôt la

rumeur légère,

Un petit vent rasant la terre,

S’enfler, s’enfler en grandissant .

Elle s’enfla si bien que notre héros devint la terreur, non seulement des habitants du voisinage, mais

de tous les voyageurs du bas St-Laurent . C’était

à un point que les étrangers n’osaient plus passer devant sa porte, surtout pendant la nuit, sans être accompagnés .

Les circonstances favorisaient bien notre mystificateur. Il vivait dans le voisinage de cette Côte-du- Repos, où, cinquante ans plus tôt, la veuve Petit avait accompli ses exploits. Aussi, il lui était facile de continuer une tradition que la vieille fée avait établie si solidement. De plus, nos lecteurs qui ont

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fait en voiture la traversée du “Petit-Portage”, savent l’aspect tourmenté de cette région. Il y a là tant d’accidents géologiques: montagnes escarpées, rochers sauvages et gorges profondes, qu’on ne peut se défendre d’un peu de frayeur, quand on y passe, surtout quand les ombres de la nuit, en modifiant l’aspect des choses, peuplent la montagne de milliers de géants et font surgir des fantômes à chaque tournant de la route .

Cette impression devait être plus accentuée encore, il y a un siècle, alors que, dans cette épaisse forêt, à peine entamée, il n’y avait qu’une habitation dans un rayon de plusieurs milles; alors surtout qu’on sentait, plus qu’ aujourd’hui, le besoin de croire à la légende et qu’on avait la mémoire remplie d’histoires de loups-garous, de lutins et de feux-follets .

Sergerie était donc l’épouvantail des voyageurs qui avaient à traverser le “Petit-Portage”, le repaire du prétendu bandit. Mais une occasion allait s’offrir à notre homme de refaire sa réputation. Et c’est ici que nous allons voir jusqu’à quel point son histoire ressemble à celle d’Olivier Gamache.

Un soir, à la brunante, un étranger du bas du fleuve, en route pour Les Trois-Pistoles, arrive tout nerveux à la porte du voisin de Sergerie. Quelques colons, au nombre desquels notre héros lui-même, y fumaient placidement leur pipe, en parlant des apparences de la récolte.

Le voyageur est accueilli avec bienveillance et, tout en causant, on l’interroge sur le terme de son voyage. Il répond qu’il se rend aux Trois-Pistoles, pour une affaire très pressante, mais qu’il ne fran-

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chira pas le “Petit-Portage”, tant qu’on ne l’aura pas rassuré un peu sur le compte du brigand qui l’habite et dont on dit tant de mal . Sergerie jette un

regard d’intelligence à ses compagnons, et voilà que, l’un après l’autre, ils se mettent à renchérir sur les prétendus méfaits du bandit du “Petit-Portage”. L’étranger suait à grosses gouttes et songeait, ni plus ni moins, à rebrousser chemin et à retourner chez lui. Mais son voyage étant très urgeant, il fallait résister à cette tentation. Mettant donc de côté tout respect humain, il demande à ces braves colons si l’un d’eux ne consentirait pas à l’accompagner jusqu’audelà du redoutable coupe-gorge. Sergerie, aimable, offre aussitôt ses services, que l’autre accepte, avec des transports de reconnaissance. Et les voilà partis .

Pendant qu’ils s’en vont tous deux, dans le sentier tortueux, au petit pas du vieux cheval, fourbu par la longue route, notre mystificateur voulant porter à son comble l’effroi du voyageur, lui raconte les histoires les plus macabres, sur le compte du fameux Sergerie. L’autre aurait voulu se voir à cent lieues...

Après une vingtaine de minutes de marche, nos deux voyageurs aperçoivent, dans la demi-obscurité de la nuit, au centre d’un massif de sapins, une pauvre cabane, presqu’ensevelie dans les broussailles.

“C’est là qu’il demeure”, dit le guide . Et, comme

un frisson de terreur secouait son compagnon, il ajoute en souriant : “Sergerie vous remercie de l’avoir conduit chez lui et vous invite à passer la nuit dans sa maison” . Et ce disant, il descend de voi-

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ture, prend la bride du cheval et, d’un geste courtois,

invite le voyageur à descendre .

Inutile de dire que celui-ci n’accepta pas, et qu’un coup de fouet bien appliqué eut vite fait de mettre

son cheval au galop . Tout de même, quand il eut

franchi le “Petit-Portage”, et médité sur son aventure, il dut se dire qu’on s’était payé sa tête et que Bergerie n’était pas le bandit qu’on croyait .

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§ 33. — Concessionnaires du Bic, de 1826 à 1829, date de l’érection canonique de la paroisse.

En 1825, nos lecteurs Font vu dans un autre article, il n’y avait que quarante-huit terres concédées dans toute la seigneurie du Bic. Et encore ces quarante-huit concessions n’étaient pas toutes habitées, puisque le recensement n’accusait que dix-huit familles.

Il ne faut pas oublier que nous sommes à faire

l’histoire d’un passé de cent ans ! . Si, de nos

jours, des paroisses surgissent, comme par enchantement, au centre de régions, hier encore couvertes d’épaisses forêts, il n’en était pas de même, il y a un siècle. Grâce à l’industrie forestière et aux facilités plus grandes de communications, le colon d’aujourd’hui ne craint pas d’aller construire sa demeure, dans les cantons les plus reculés. Il sait que, bientôt, un florissant village s’élèvera sur Remplacement des quelques maisons en bois rond qui s’y trouvent maintenant. On a vu ce miracle s’opérer un peu partout, dans notre province, dans le cours des cinquante dernières années; en particulier, dans la belle Vallée de la Matapédia, toute en forêts, il y a un demi-siècle, et couverte aujourd’hui de villages, de clochers et de prospères campagnes.

Mais, en l’an de grâce 1825, quand le colon n’avait pour vivre que les produits de sa terre ; quand, loin de soupçonner l’existence des chemins de fer, il ne jouissait pas même des voies de communications

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les plus rudimentaires, il fallait un courage peu ordinaire, pour aller tenter fortune dans la seigneurie du Bic. A ces deux raisons déjà suffisantes pour expliquer les insuccès du seigneur de ce fief, ajoutons-en une autre. Les terres plus rapprochées de Québec ne manquaient pas aux colons qui voulaient se faire un établissement, alors qu’il n’y avait encore qu’une dizaine de paroisses, tout au plus, depuis Québec jusqu’au Golfe. On comprend qu’ils aient préféré remplir les cadres des colonies déjà fondées, afin d’être moins isolés.

C’est pour toutes ces raisons que le domaine du seigneur Campbell se colonisait très lentement. Dans les quatre années qui suivirent le recensement de 1825, on ne trouve, dans les actes de son notaire, Joseph Ouellet, que quatorze nouvelles concessions: ce qui en portait le nombre à soixante-deux.

Voici les noms de ces quatorze nouveaux colons, avec la date de leur concession :

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