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Chapitre Troisième

Sous la Tenure Seigneuriale ( 1675 à 1829 )

§ 1. — Les premiers fiefs de la Nouvelle-France. (1)

C’est en 1626 que la tenure seigneuriale fut inaugurée en Canada. Ce système fut en vigueur jusqu’en 1854, alors que le Parlement l’abolit et vota une indemnité aux seigneurs, que cette loi dépouillait de plusieurs de leurs privilèges.

Le premier fief fut concédé à Louis Hébert, le premier colon canadien, par le duc de Ventadour, le 26 février 1626. Sir L. H. Fontaine dit que l’acte de cette concession est “le premier document seigneurial qui se rencontre, après les lettres-patentes adressées au Sieur de la Roche, le 16 janvier 1598”. Ce fief, situé sur la rivière St-Charles, prit le nom de seigneurie de l’Epinay ou St- Joseph.

Au mois de mars de la même année, les Jésuites concédaient le fief de Notre-Dame des Anges, sur le cap de Québec. De là, le flot colonisateur envahit les deux rives du fleuve, jusqu’à Montréal, si bien qu’en 1645, vingt-cinq seigneuries avaient été accordées, dans tout le Canada.

Vingt ans plus tard, en 1664, il y en avait soixantecinq, dont une seule de notre district: celle de l’Isle- Verte, concédée en 1653, mais encore inhabitée. Aussi, d’après Benjamin Suite, il est bien certain qu’alors, il n’y avait pas un seul blanc sur les deux rives du St-Laurent, en bas du Cap-Tourmente et de la Côte de Lauzon.

(1) Cf. Benjamin Suite: Histoire des Canadiens-Français.

LES ETAPES D’UNE PAROISSE

“Ce fut de 1670 à 1690, dit l’abbé Casgrain, que les concessions en bas de Québec commencèrent à se dessiner. Vers cette époque, il se produisit vers la rive sud du St-Laurent une émigration assez considérable de la côte de Beaupré et de l’Isle d’Orléans, dont les meilleures terres avaient été prises. De cette émigration naquit Kamouraska”. De Kamouraska, le mouvement colonisateur s’étendit successivement à la Rivière-Ouelle, aux Trois-Pistoles et à l’Isle-Verte, à Rimouski, au Bic et à tout le bas du fleuve.

La seigneurie du Bic, pour ne parler que de cellelà, fut colonisée bien longtemps avant celles de Rimouski, des Trois-Pistoles et de l’Isle-Verte; mais redevint inhabitée, après quelques années, pendant que les autres se développaient rapidement.

C’est l’histoire de ces alternatives de progrès et de recul, d’espoir, de doute et de découragement, qui furent toute la vie des premiers habitants du Bic, pendant un siècle et demi, sous le régime féodal, que nous raconterons, aussi fidèlement que possible, dans les pages de ce chapitre. Mais commençons par l’historique de la concession de ce beau et vaste domaine. Beaucoup de nos lecteurs ne se doutent peut-être pas, qu’il nous faudra remonter à deux siècles et demi en arrière, pour écrire cette première page de notre histoire féodale. C’est dire que le sujet à traiter a une ampleur insoupçonnée de ceux qui ignoraient les origines de cette vieille seigneurie du bas St-Laurent.

SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE

§ 2. — Concession de la seigneurie du Bic au Sieur Charles Denis de Vitré, en 1675.

La seigneurie du Bic, qui comprend presque tout le territoire de la paroisse de Sainte-Cécile et une partie de celle de St-Valérien, fut concédée, en 1675, au Sieur Charles Denis de Vitré, conseiller au Conseil Souverain de la Nouvelle-France, par Louis de Buade, Comte de Frontenac, gouverneur du Canada. Avant d’esquisser la biographie du premier seigneur, nous croyons intéresser nos lecteurs en reproduisant, tout au long, avec son style et son orthographe désuètes, l’acte de cette concession, la première du district de Rimouski.

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