‹ Le BicChapitre 6 sur 28 · LOUIS DE BUADE · texte numérisé non relu

LOUIS DE BUADE

“Comte de Frontenac, Conseiller du Roy en ses Conseils, Gouverneur, Et Lieutenant général pour Sa Majesté En Canada, accadie, Isle de Terre-Neuve, Et autres pays de la france septentrionales.

“A tous ceux qui ces présentes lettres Verront Salut, Savoir faisons que :

“Sur ce qui Nous a esté Représenté par le Sieur Charles Denis de Vitré Conseiller au conseil Souverain de ce pays, qu’il désirerait qu’il nous plust luy Vouloir accorder En tiltre de fief Seigneurie, Et Justice deux Lieux de front le long du fleuve St. Lorens, du costé du Sud, apprendre du Milieu de la largeur de la Rivière appellée Mitis, ou autrement des Isîes

LES ETAPES D’UNE PAROISSE

St. Barnabé, En montant le dit fleuve, Et deux lieux de profondeur, avec Lisle du bicq qui est vis avis, pour y faire faire actuellement la pesche de hareng, Et autre poisson dans le dit fleuve audevant des dits deux lieux de front, Mesme les Deffrichemens des Terres, Et y construire les batimens qui Luy seront nécessaires pour cette Entreprise, la quelle ne peut Estre que d’Une très grande Utilité, pour ce pays, Nous pour donner moyen au dit Sieur de Vitré d’exécuter ses bonnes Intentions, Et par son Exemple porter d’autres personnes à faire le semblabe, ce qui ouvrira le Commerce des Isles de la mérique, Et austres lieux ou le débit du poisson qu’on prendra se peut faire avantageusement. Avons en vertu du pouvoir à Nous donné par Sa Majesté donné, accordé Et conceddé, donnons accordons Et concédons f par ces présentes au dit Sieur De Vitré deux lieux . de front le long du fleuve St. Lorens du costé du Sud, aprendre du milieu de la largeur de la Rivière appe- , lée Mitis, Et qui sapellera doresnavant la Rivière

- . , En montant le dit fleuve,. Et deux

]ieux de profondeur, Ensemble lisle du bicq qui est vis avis avec le droit de Chasse, mesme celuy de la Traitte avec les Sauvages, pour jouir par le dit Sieur Ses hoirs, Et ayant cause des dittes Terres, et Isles cy dessus en pleine, et entière propriété, Et en tout droit de fief, Seigneurie, et Justice à la charge de la foy, Et hommage que le dit Sieur DeVitré ses hoirs, Et ayant cause Seront Tenus déporter au Chasteau de St.-Louis de Québec, duquel il relèvera, aux droits, Et redevances accoutumées, et au désir de la coutume de la prévosté, Et Viscomté de paris qui

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sera suivie à cet égard par provision En attendant quil En soit Ordonné par Sa Majesté, Et que les appellations du juge qui pourra Estre Estably aux dits lieux ressortiront par devant le lieutenant général de québecq. Comme aussy quil tiendra et fera tenir feu, Et lieu par ses tenanciers Sur les Concessions quil leur accordera, Et qu’a faute de ce faire II rentrera de plein droit En possession des dites terres, Et conservera le dit Sieur DeVitré les bois de Chesnes qui se trouveront propres pour la Construction des V aisseaux Sur la terre qui lui sera réservée pour faire son principal manoir. Mesme qu’il fera la réserve des dits Chesnes dans Lestendue des Concessions particulières faites à ses Tenanciers.

“Pareillement quil donnera Incessamment Avis au Roy ou à la compagnie Royalle des Indes Occidentales des Mines, minières ou minéraux sy aucun se trouvent dans lestendue du dit fief, Et à la charge dy laisser les Chemins ou passages nécessaires, Letout sous le bon plaisir de Sa Majesté de laquelle II sera tenu de prendre la confirmation des présentes dans Un an du jour dycelles, En témoin de quoy nous avons signé ces présentes à Icelles fait aposer le sceau de nos Armes, Et contresigner par L’un de

Nos Secrétaires.

“Donné à Québecq le Sixième may mil six cent soixante quynze.

“Frontenac .

“Scellé du sceau de ses Armes, Et contresigné par Monseigneur Le Chasseur, aprouvé en rature un mot de nulle valeur.

“Le titre dont copie est cy dessus a esté confirmé par arrest du Conseil d’Estat du Roy du dixième May 1675. Régistré au Conseil Souverain à Québecq suivant Son arrest du trente Septembre audit An, par moy greffier en iceluy Soussigné”.

“Peuvret”.

Voilà, avec son parfum d’antiquité, la première minute de notaire qui ait le Bic pour objet. On le voit, les deux seigneuries voisines, celles de Nicolas Rioux et de Rimouski, étaient encore dans le domaine du roi. Ce n’est que treize ans plus tard, le 24 avril 1688, que le marquis de Dénonville et le Sieur de Champigny, Intendant, concéderaient la dernière à Augustin Rouer, Sieur de la Cordonnière. Comme celle du Bic, elle devait avoir, deux lieues de front, sur le fleuve, “à prendre, joignant et attenant la concession du Bic, en descendant le dit fleuve, et deux lieux de profondeur, avec la rivière dite de Rimouski, les autres rivières et ruisseaux qui peuvent se rencontrer dans son étendue, l’île St-Barnabé, et les battures, îles et îlets, droits de justice haute, moyenne et basse, (1) et droits de chasse et pêche au-devant et au-dedans des dits lieux, et traite avec les Sauvages”.

(1) La haute justice était celle d’un seigneur ayant le droit de faire condamner à une peine capitale, et de juger toutes les causes civiles et criminelles hors les cas royaux. La moyenne justice, très peu usitée, avait droit de juger des actions de tutelle et des injures dont l’amende n’excédait pas 60 sols. La basse justice n’était en quelque sorte qu’une justice féodale pour le paiement des droits seigneuriaux; elle connaissait des droits dus au Seigneur, du dégât causé par les animaux et des injures dont l’amende ne pouvait excéder 7 sous et six deniers. — (Du Bulletin des Recherches Historiques).

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Quant à celle de Nicolas Rioux, territoire actuel des paroisses de St-Fabien et de St-Simon, elle ne fut concédée qu’en 1751, sous le gouvernement de Monsieur de la Galissonnière.

On a sans doute remarqué, dans l’intéressant document que nous venons de reproduire, un passage inintelligible pour ceux de nos lecteurs qui sont plus familiers avec la géographie de la région. Ils n’ont pas été peu surpris de lire que le domaine du Sieur de Vitré avait pour borne, à l’est, “le milieu de la rivière appelée mitis”.

Quand on sait que la rivière Mitis coule plusieurs lieues en bas de Rimouski, on se demande ce que peut bien vouloir dire ce passage ? Il n’y a qu’une explication possible. En 1675, la rivière Hâtée devait porter le nom de Mitis, tout comme l’autre rivière, beaucoup plus considérable, qui arrose l’ouest du comté de Matane. Ce qui donne beaucoup de probabilité à cette hypothèse, c’est que l’acte de concession pourvoit à ce qu’un autre nom soit donné à ce cours d’eau. Pourquoi cet autre nom est-il en blanc, sur la copie de l’acte ? En était-il de même dans l’original ? Dans l’affirmative, on peut supposer que le gouverneur avait chargé le Sieur de Vitré de désigner lui-même la nouvelle appellation. Cette supposition est bien plausible quand on sait l’importance plus que secondaire de ce mince filet d’eau. Si, au contraire, le gouverneur a choisi luimême le nouveau nom, il faut alors supposer qu étant illisible, dans le document original, le copiste a

dû le remplacer par un trait.

Nous le verrons plus loin, cette confusion entre les

rivières Mitis et Hâtée, eut des conséquences sérieuses. Elle fut la cause de graves différends, entre les seigneurs du Bic et de Rimouski, qui eurent leur dénouement devant les tribunaux.

Avant de clore cet article, il importe de nous demander à quelle époque remonte le nom de cette fameuse rivière Hâtée, et quelle est son étymologie.

Il est certain qu’en 1774, elle portait le nom d’aujourd’hui, bien qu’on en variât beaucoup l’orthographe. Bien plus, s’il faut en croire certains témoignages rendus dans cette cause célèbre de 1774, la rivière Hâtée était connue sous ce nom quatre-vingts ans plus tôt, c’est-à-dire en 1694.

Quelle est maintenant la raison de cette appellation ? On a prétendu que c’est à cause de la précocité avec laquelle elle se débarrasse de ses glaces, à la saison du printemps. Qu’il nous soit permis, sans vouloir infirmer la valeur de cette opinion, d’en exprimer une autre. Il y a, un peu plus de cinquante milles en bas de la rivière Hâtée, une autre rivière que les sauvages — les mêmes qui fréquentaient les plages du Bic, — appelaient Matapédia, c’est-à-dire rivière au courant rapide. Si l’on admet que le mot “Hâtée” est l’équivalent de “Rapide”, lui-même la traduction du mot sauvage “Matapédia”, n’est-il pas raisonnable de conclure que les sauvages sont les auteurs de ce nom que les premiers colons ont traduit en français ?

Au reste, les navigateurs et les touristes de langue anglaise l’ont bien défiguré ce nom, comme tant d’autres de notre province. Si du Cap «d’Espoir ils ont pu faire Cape Despair, il n’en coûtait pas plus

ontagnes

de convertir Rivière Hâtée, en Otty River, Otty Bay,

comme on peut le voir dans un guide des pilotes, édité en 1805.

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§ 3.— Le Sieur Charles Denis de Vitré. — Notes historiques.

Le premier seigneur du Bic fut donc le Sieur Charles Denis de Vitré, conseiller au Conseil Souverain de la Nouvelle-France. Bien qu’il n’ait jamais résidé dans son domaine et que, probablement, il se soit contenté d’y venir en passant, pour surveiller ses intérêts, confiés au Sieur Jean Gaignon, on aimera sans doute à faire plus ample connaissance avec ce personnage, dont le nom est inscrit aux premières pages de l’histoire du Canada.

Cependant, les cadres de cet ouvrage ne nous permettant pas d’entrer dans trop de détails, nous prenons la liberté de renvoyer le lecteur à une étude intéressante, publiée, au mois d’août 1918, dans le Bulletin des Recherches Historiques, par le Commandeur Pierre-Georges Roy, Archiviste de la Province. L’auteur, dont la bienveillance nous est déjà si bien connue, nous pardonnera d’y puiser nous-même quelques notes. Jointes à celles que nous avons empruntées à l’Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Suite, elles feront la matière du présent article.

Notre premier seigneur était fils de Simon Denis de Vitré et de Marie-Jeanne Dubreuil, de St-Vincent de Tours, en France. Cette dernière étant morte en 1639, laissant à son époux deux fils, Charles et Pierre, Simon Denis de Vitré épousa la veuve Du Tartre et, quelques années plus tard, passa au Canada. En 1650, il était à Québec, et se

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faisait concéder, par les Jésuites, dans leur seigneurie de Notre-Dame des Anges, une grande étendue de terre, qui prit le nom de Ferme de la Trinité. En 1652, alors qu’il était en Acadie, exploitant, avec son beau-frère, François Du Tartre, les pêches sédentaires qu’ils y avaient établies, il fut fait prisonnier par les Anglais. On le retrouve à Québec, en 1657, cultivant sa ferme du Cap-Diamant, située à l’endroit où est aujourd’hui la citadelle, et y possédant un moulin à farine. “Le 4 septembre, lit-on dans le Journal des Jésuites, le moulin de M. Denis, sur le Cap aux Diamants, commença à moudre”. Voilà, en quelques lignes, l’histoire de Simon Denis de Vitré, père du premier concessionnaire du Bic.

Son fils, Charles Denis, né à Tours, en 1632, passa au Canada, vers 1640, avec son père. Après avoir terminé ses études, au collège des Jésuites, à Québec, il prit la direction de la Ferme de la Trinité où il passa presque toute sa vie. Il se maria, à Québec, en 1668, à Catherine (ou Marie) Costelneau, native de Paris.

Simon Denis de Vitré, avec la collaboration de son beau-frère, François Du Tartre, avait été le premier canadien à établir des pêches sédentaires en Acadie. Charles Denis de Vitré, son fils, continua ses traditions et fut, avec le Sieur de la Bouteillerie, premier seigneur de la Rivière-Ouelle, un des premiers à tenter l’exploitation de la pêche du marsouin et du hareng, dans le fleuve St-Laurent. On voit en effet (1) qu’en 1698, le Sieur de la Bouteillerie intéressa Char-

(1) Abbé A. Michaud: Les familles de la Rivière-Ouelle.

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les Denis de Vitré à cette entreprise qu’il voulait tenter sur les battures de la Rivière-Ouelle, et que leurs efforts furent couronnés de succès. Le Sieur de Vitré avait déjà acquis, à cette date, une certaine expérience dans ce genre d’exploitation. Nous avons vu, dans l’acte de concession de sa seigneurie du Bic, que son but avoué, en demandant cette terre au gouverneur, était d’y faire “la pêche du hareng et autres poissons”. Nous verrons plus loin qu’il mit bien ce projet à exécution, dès 1686, et que, pour l’aider dans cette entreprise, il s’allia à Jean Gaignon, dont nous parlerons aussi bientôt.

En 1673, deux ans avant de devenir seigneur du Bic, le roi l’avait nommé conseiller au Conseil Souverain de la Nouvelle-France. Le recensement fait en Canada, en 1688, nous le montre vivant sur la Ferme de la Trinité, que lui avait léguée son père, avec son épouse, Marie Costelneau, deux enfants, Marie et Catherine, et une servante de quatorze ans, nommée Marie. Il avait, à cette date, une étendue de terre de vingt arpents en culture, et un troupeau de quatre bêtes à cornes.

La même année, le 13 novembre 1688, il vendit son fief du Bic à Charles Aubert de la Chesnaye, marchand bourgeois de Québec, pour la somme de 2,050 livres tournois. (1) Nous l’avons déjà dit, et nous le verrons avec plus de détails, dans un autre article, le 5 août 1686, il l'avait déjà affeimé à Jean Gaignon, pour un terme de vingt ans.

Enfin, il mourut à Québec, muni des sacrements

(1) La livre tournois valait à cette époque 0.987 francs, à peu près vingt sous.

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de la sainte Eglise, le 3 janvier 1703, et fut inhumé dans le cimetière de l’Hôtel-Dieu. Son épouse était décédée quatre ans plus tôt, le 13 octobre 1698.

Charles Denis de Vitré a laissé “plusieurs enfants” d’après Benjamin Suite; “trois filles et un fils nommé Charles”, d’après Monseigneur Tanguay. Le premier de ces historiens dit que plusieurs de ses descendants ont appartenu à la marine française. L’un d’eux, Jean Denis de Vitré, ancien capitaine de frégate, fait prisonnier par les anglais, pendant les guerres de la conquête, eut le triste honneur de conduire, dans les eaux du St-Laurent, en 1759, la flotte de Saunders qui portait l’armée du général Wolfe. L’Angleterre le récompensa magnifiquement de cette trahison qui ternit la gloire du beau nom qu’il portait.

Voilà, bien en résumé, l’histoire du premier seigneur du Bic. L’auteur d’un article paru, dans le Bulletin des Recherches Historiques, en 1911, se demande “pourquoi le sieur de Vitré s’était fait concéder cette seigneurie isolée du pays, qui reposait encore dans la sérénité du sommeil primitif ? — Il est permis de supposer, répond-il, que, partageant les idées du baron d’Avaugour et du célèbre ingénieur Vauban, il attribuait au Bic un rôle important dans les plans de défense pour consolider la puissance française en Canada; qu’il avait l’espoir de voir le magnifique havre dans son nouveau domaine devenir, dans un avenir plus ou moins rapproché, le port destiné à recevoir les effets venant de France et les vaisseaux du roi maîtres du fleuve”....

II est possible, en effet, que le Sieur de Vitré partageât ces vues enthousiastes du troisième gouverneur du Canada et du maréchal de Vauban; mais il suffit de connaître le genre de commerce auquel s’étaient livrés son père et son oncle Du Tartre, et de lire l’acte de concession de son domaine du Bic, pour nous convaincre qu’il avait surtout en vue l’exploitation des pêcheries de marsouin et de hareng, sur les battures de la baie du Bic. Les articles suivants confirmeront d’ailleurs cette supposition.

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g 4. — Le premier censitaire du Sieur de Vitré. Une famille, au Bic, en 1686. — “L homme aux douze enfants”. — Jean Gaignon. — Notes biographiques.

D’après les lois en vigueur, sous le régime féodal, le seigneur devait résider dans son domaine. Non seulement il devait résider lui-même, mais il avait pris l’engagement de “faire tenir feu et lieu par ses tenanciers, sur les concessions” qu’il leur consentirait. “A défaut de ce faire, le roi rentrait de plein droit en possession de ces terres”. Bien plus, le seigneur devait concéder “sous peine de forfaiture . S’il ne le faisait pas, la concession, signée par le gouverneur et confirmée par le roi, pouvait être annulée. Mais il n’arriva pas souvent que cette loi sage eut une sanction. A cette époque, comme aujourd hui, il y avait “avec le ciel des accommodements —

Ce n’est cependant pas au premier seigneur du Bic ou’on pourrait reprocher d’avoir profité de ces adoucissements aux rigueurs de la loi. Car, quelques années seulement après la concession de son domaine, il avait un censitaire qui tenait “feu et lieu . M si lui-même ne résidait pas personnellement dans sa seigneurie, il y avait un représentant dans la personne de son fermier et associé. ^

Qui était ce fermier du Sieur de Vitre, qui fut en même temps le premier habitant du Bic . Quan on fait l’histoire d’une paroisse ou d’une région, la première question qu’on se pose est bien celle-ci .

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quels en furent les premiers habitants ? Nos lecteurs ont dû se la poser eux-mêmes, en commençant la lecture de cette monographie. Il y a, dans les pages qui vont suivre, de quoi satisfaire leur curiosité bien légitime.

Le recensement fait dans la Nouvelle-France, en 1688, le deuxième depuis rétablissement de la colonie, nous avait déjà appris qu’il y avait, cette annéelà, des habitants, dans la seigneurie du Bic. Ce dénombrement donnait, en effet, aux deux seigneuries réunies du Sieur de Vitré, Le Bic et la Rivière-du- Loup, une population de quatorze âmes.

Plus tard, en 1911, une étude, publiée dans le Bulletin des Recherches Historiques, et ayant pour titre Notes sur les seigneuries du district de Rimouski, donnait de nouvelles précisions. D’après l’auteur, ces quatorze âmes n’auraient formé qu’une seule famille, composée du père, de la mère et de douze enfants; et c’est au Bic, ou à la Rivière-du-Loup, qu’aurait vécu cette famille véritablement canadienne. Mais citons textuellement le Bulletin des Recherches Historiques.

“Le recensement qui fut fait au Canada en 1688, donna une population totale de 11,562 âmes, accusant une diminution de 701 âmes sur celui fait trois ans auparavant. C’est dans ce recensement que l’on trouve le premier indice du District de Rimouski : Rivière du Long-Bic”, avec cette statistique : “un homme, une femme, avec douze enfants, dont deux de plus de quinze ans et deux de moins; deux maisons; deux cent trente-deux arpents en culture; ré-

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coïtés six cent soixante minots de blé, vingt minots d’autres grains; trente-six bêtes à cornes et dix cochons”.

“Quel était ce père de douze enfants qui n’avait que faire de la loi Mercier pour tailler des lots à sa progéniture ? En quel endroit de la Rivière du Loup

au Bic avait-il établi ses pénates ? . J’ai posé ces

deux questions à notre infatigable chercheur, Monsieur Benjamin Suite, et voici quelle a été sa réponse : “J’ai perdu mes peines à chercher l’homme avec “douze enfants, mais je ne dis pas qu’il est introuvable. Il peut se rencontrer au moment où l’on s’y attend le moins. Je ne vous conseille pas de chercher, “dans une botte de paille une aiguille, mais il doit y “avoir dans les archives de M. Brymner des renseignements sur ce premier colon du Bic”.

“Quoiqu’il en soit, continue hauteur de cette étude, on ne peut supposer que c’était dans le domaine du Sieur de Cordonnière (Rimouski), que le colon à la nombreuse famille dont il est question dans le recensement de 1688, avait fixé sa demeure; car c’est un fait généralement reconnu que le premier “blanc” qui est venu planter sa tente dans ce qui devait être plus tard la paroisse, et plus tard encore la ville de Saint-Germain de Rimouski, a été Réné Lepage, deuxième seigneur de Rimouski”.

Et l’auteur en concluait que cette famille devait demeurer, soit au Bic, soit à la Rivière du Loup. Une observation est nécessaire, avant de répondre à la question posée à feu Benjamin Suite et qui ne paraît pas encore avoir eu de solution. En réalisant,

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avec attention, l’extrait ci-dessus du recensement de 1688, on sent qu’il manque quelque chose à ce texte : “Un homme, une femme, avec douze enfants, dont

deux de plus de quinze ans et deux de moins . ”

Ceux qui ont l’âge de raison ne peuvent manquer d’admirer ce phénomène peu ordinaire de six jumeaux, tous parvenu à l’âge de quinze ans . Le

premier colon du Bic, s’il n’était pas un Mormon,

était sûrement un patriote . Cependant on ne peut

l’être à ce point ! Il faut plutôt supposer que le texte n’est pas complet. Ajoutons le chiffre quatre, après le mot moins, et cela devient normal, tout en restant beau .

Après cette observation, voyons que “l’homme aux douze enfants” a été enfin trouvé: non pas “dans les archives de M. Brymner”, mais dans celles du Palais de Justice de Québec. On pourra lire, dans un autre article, le document qui nous a valu cette précieuse découverte. En attendant, disons tout de suite qu’il se nommait Jean Gagnon ou Gaignon, et qu’il habitait, avant 1686, les bords de la baie du Bic, probablement la Pointe du Vieux-Bic, sur laquelle il avait construit deux maisons.

Notre premier colon était fils de Pierre Gagnon et de Vincente Desvarieux, et petit fils de Jean, le premier ancêtre canadien. Né à Québec, en 1643, il avait épousé Marguerite Racine, au même lieu. En 1675, le Sieur Charles Denis de Vitré ayant concédé la seigneurie du Bic, tant pour y faire la pêche du hareng et du marsouin, que pour y défricher la terre, il est naturel de supposer qu’il a cherché, tout de sui-

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te, en même temps que des censitaires, des hommes capables d’exploiter les pêcheries de son domaine.

Par quel concours de circonstances son choix tomba-t-il sur Jean Gaignon ? Nous ne saurions le dire et cela importe peu. Il est cependant une coincidence qui mérite d’être notée. En 1688, c’est-à-dire deux ans après le contrat entre le Sieur de Vitré et notre Jean Gaignon, Pierre Lessard, beau-frère de ce dernier — il avait épousé Barbe Fortin, veuve de Pierre Gagnon, — concédait la Pointe-au-Père, près de Rimouski.

Cherchons plutôt la date approximative de l’arrivée de notre premier colon, dans la seigneurie du Bic. Il serait difficile en effet d’assigner à cet évènement une date absolument précise. Il parait bien probable, cependant, que ce fut entre les années 1675 et 1680.

La concession de Charles Denis de Vitré date de 1675, et l’on sait que le seigneur devait résider dans son domaine. On peut donc supposer que le premier seigneur, pour se conformer à la loi, s est mis aussitôt en mesure de s’y créer un établissement, et cela

avec le concours de Jean Gaignon.

Cette supposition devient presqu’une certitude, quand on se rappelle, qu’en 1686, Jean Gaignon, 1 unique colon du Bic, avait une superficie de cent trente-deux arpents de terre en culture. A cette époque surtout, ce n’était pas dans une couple d années qu’on pouvait faire un défrichement aussi considérable. Il ne doit pas y avoir d’exagération a supposer un travail d’au moins six ans, pour 1 orga-

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nisation d’une ferme de cette étendue. Dans ce cas, Jean Gaignon serait arrivé au Bic en 1680.

En tout cas, il y était au mois d’août 1686 : un document, que nous citerons dans l’article suivant, en fait foi. Il devait y être même depuis quelque temps, puisque le même document dit qu’il résidait “ordinairement au Bic”,

Et que faisait Jean Gaignon, dans la seigneurie du Sieur de Vitré, à la fin du dix septième siècle ? 11 y cultivait la terre en même temps qu’il se livrait à la pêche du hareng et du marsouin, sur les battures de la baie. On dirait que cette occupation a été commune à tous les premiers seigneurs du Bic. Un peu moins de cent ans plus tard, nous voyons, en effet, Charles D’Auteuil s’y livrer, pour la marquise d’Albergatti-Vezza, devenue propriétaire du fief du Bic, et se servir, probablement, des restes de constructions de Jean Gaignon et du premier seigneur.

En 1698, douze ans après son engagement au Sieur de Vitré, on trouve encore Jean Gaignon au Bic. Ses enfants plus âgés avaient probablement contracté mariage et vivaient avec lui, puisque le recensement de cette année donnait, cette fois, une population de vingt-deux âmes aux deux seigneuries réunies du sieur de Vitré, le Bic et la Rivière du Loup. Ces vingt-deux âmes se répartissaient comme suit : dix-sept hommes et cinq femmes. Quelques-uns de ces dix-sept hommes pouvaient être aussi des employés que le seigneur avait mis à la disposition de Gaignon, pour l’aider à exploiter son vaste domaine. On verra en effet, dans l’article suivant, que le sei-

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gneur et son fermier devaient fournir chacun un homme.

Mais en 1700, lors du troisième recensement de la colonie, la seigneurie du Bic et celle de la Rivière du Loup étaient inhabitées. Jean Gaignon avait donc quitté, avant même que le terme de son contrat fût expiré. Qu’est-ce qui le détermina à partir ? Peut-être les incursions des Iroquois et leurs entreprises contre les colons français, devenues plus fréquentes que jamais. On était en effet à l’époque du traité de Montréal. Nos lecteurs savent qu’il fut signé au moment où la situation était devenue le plus critique.

Peut-être aussi fut-il forcé, par la maladie ou le vieil âge, de rompre son engagement avec le successeur du Sieur de Vitré. Le fait qu’il mourut au Château-Richer, au mois d’octobre 1699, donnerait au moins un peu de probabilité à cette hypothèse. Il fut inhumé au Cap-Tourmente, le 27 octobre de cette année. Jean Gaignon a laissé une très nombreuse postérité qu’on trouve aujourd’hui dans tout le bas de Québec. Il ne faudrait pas confondre toutefois les descendants de Pierre Gagnon avec ceux de Robert, l’ancêtre des Gagnon dit Belles-Isles, si nombreux dans la région Rimouski-Témiscouata.

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§ 5. — Accord entre Jean Gaignon et le Sieur de Vitré. — Minute de Génaple. — Affermage de la seigneurie du Bic.

Nos lecteurs aimeront sans doute à lire le document qui nous a mis sur la piste de “l’homme aux douze enfants”. Nous allons le citer textuellement dans le présent paragraphe. Si, après avoir lu cette pièce historique, on veut bien consulter le Dictionnaire Généalogique, de Monseigneur Tanguay, on verra que ce Jean Gaignon ne peut être que le fils de Pierre et de Rénée Royer. C’est le seul de ce nom qui, en 1686, avait une famille aussi nombreuse.

Voici donc l’accord qu’il fit, par acte sous seing privé, avec le Sieur de Vitré, le 5 août 1686.

“Accord fait entre Jean Gaignon et le Sr. de Vitré pour sa terre du Bic, savoir que le dit Jean Gaignon s’engage de son bon gré et volonté prendre la dite terre du Bic avec les circonstances et dépendances pour et pendant l’espace de vingt ans à commencer dès à présent le tout à moitié de profit tant de la traite que de tout autres choses généralement quelconques en remboursant par le dit preneur les avances ci-devant faits tant des marchandises quy se montent à mille quatre cent vingt sept dix sols que l’estimation des traveaux et bâtimens dont nous sommes convenus à la somme de huit cents livies poin toutes choses à cet égard lesquels rembouisements faits le surplus des augmentations seront estiméb à

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moytié de profit ainsy que toutes autres choses entre le dit Gaignon et le Sr. de Vitré durant le dit temps et le dit Sr. de Vitré s’oblige de procurer la vente de toutes choses revenant de la dite terre au tans qu’il sera en son pouvoir pour en tenir conte au d. Sr. Jean Gaignon et s’oblige seulement le dit Sr. de Vitré de fournir un homme à ces gages durant le dit temps et le dit Jean Gaignon au surplus et le tout à ses soins fait le cinquième août 1686.

“C. de Vitré”

“Jean Gaignon”.

Le 3 septembre de la même année 1686, Génaple, notaire royal, dressa, en faveur des deux contractants, un nouveau traité, qui amendait un peu le premier. Il y était stipulé qu’un deuxième aide serait fourni à Jean Gaignon, entretenu à frais communs par les deux signataires de l’acte d’accord.

Voici ce document :

“Par devant François Genaple nottaire garde notes du Roi en la prévosté de Québec en la Nouvelle- France soussigné furent présent Mr. de Vitré conseiller du Roi au Conseil Souverain de ce pays et Jean Gaignon demeurant ordinairement au Rie dénommé en l’autre part lesquels ont reconnu et confessé avoir fait ensemble le traitté contenu en l’autre dite part et signé de leurs mains lequel est escrit de celle du dit Sieur de Vitré et qu’ils promettent et sobligent chacun en droit soi sous l’obligation et hypothèque de tous leurs biens présents et à venir entretenir de point en point selon sa forme et teneur

estant convenu en outre qu’outre l’homme que le dit Sieur de Vitré s’oblige par icelui d’entretenir à ses frais, il en entretiendra encore un autre à moitié frais avec le dit Gaignon.

“Car ainsi &c. Promettant &c. Obligeant &c. Renonçant &c. Fait et passé au dit Québec en l’étude du d. notaire avant midi le troisième septembre mil six cent quatre vingt six présence des sieurs Bouteville et Carré marchands en cette ville tesmoings qui ont avec les d. partyes signé.

“C. Denys de Vitré” “Jean Gaignon” “Bouteville”

“Carré”

“Genaple”.

Des deux pièces précédentes, il ressort bien clairement que, le 5 août 1686, le Sieur de Vitré possédait, dans sa seigneurie du Bic, des améliorations, consistant en bâtiments et travaux de défrichement, pour une valeur de huit cents livres. Cette circonstance nous autorise à supposer que le seigneur avait commencé, depuis quelques années déjà, le défrichement de ses terres. On peut même croire que c’est Jean Gaignon lui-même, travaillant à salaire, pour le Sieur de Vitré, qui avait fait ces travaux de défrichement.

Il en résulte aussi, que Jean Gaignon, travaillant pour le compte du seigneur, avait fait des déboursés considérables, estimés, dans l’acte d accord, à mille quatre cent vingt-sept dix sols.

Il est possible que, ennuyés tous deux de cette situation, le premier voulant se débarrasser des tracasseries de l’administration d’une ferme aussi éloignée ; le second espérant se créer un revenu plus considérable, ils aient été amenés à faire le traité du 5 août 1686, confirmé par celui du 3 septembre suivant.

Deux mois après ce dernier traité, le Sieur de Vitré transportait sa seigneurie à Charles Aubert de la Chesnaye, à la condition, pour celui-ci, de respecter les conventions faites avec Gaignon, au mois de septembre précédent.

Jean Gaignon demeura au Bic jusqu’en 1699. Après son départ, la seigneurie redevint déserte. Il devait se passer cinquante ans, avant qu’elle fût habitée de nouveau ; et près de deux cents ans avant qu’on pût retrouver, sur les bords de la belle baie du Bic, des fermes de deux cent trente arpents en culture et des troupeaux de trente-six bêtes à cornes.

SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE

§ 6. — Le deuxième seigneur du Bic. — Charles Aubert de la Chesnaye. — Son titre à la possession de ce fief.

Des mains du Sieur Charles Denis de Vitré, la seigneurie du Bic passa dans celles de Charles Aubert de la Chesnaye, son collègue au Conseil Souverain de la Nouvelle-France, et le fondateur d’une des familles les plus distinguées de notre pays.

Nos lecteurs voudront lire en entier l’acte de cette vente, consentie devant le notaire Rageot, successeur de Peuvret, à titre de garde-notes du roi.

“Par devant Gilles Rageot Nottaire Garde notes du Roy notre Sire en le Prévosté de Québec en la Nouvelle France furent présents en leurs personnes Monsieur Mtre, Charles Denys Escuier sieur de Vitré conseiller du Roi au Conseil Souverain de ce pays et Dame Catherine de Lostelneau son épouse de lui dûment autorisée pour l’effet des présentes demeurant en leur hôtel en cette ville lesquels volontairement et solidairement l’un pour l’autre l’un d’eux seul pour le tout sans division ni discussion aux renonciations requises ont recognu et confessé avoir vendu quitté cédé transporté et délaissé comme par ces présentes quittent cèdent transportent et délaissent du tout dès maintenant à toujours et promettent garantir de tous troubles dettes hypothèques et autres empêchements généralement quelconques et faire jouir paisiblement à noble homme Charles Aubert

LES ETAPES D’UNE PAROISSE

sieur de la Chenaye marchand bourgeois de cette dite ville présent et acceptant et acquéreur pour lui et ses hoirs ou ayans cause deux lieux de terre de front le long du fleuve St-Laurent du costé du sud à prendre du milieu de la largeur de la rivière appelée Mitis et qui s’appellera dorénavant la rivière d....

. en montant le d. fleuve et deux lieux de

profondeur, ensemble l’île du Bick qui est vis-à-vis avec le droit de chasse et celui de traite avec les sauvages. Les d. deux lieux de terre de front sur

pareille profondeur joignant d’un côté à .

d’au, costé . d’un bout le d. fleuve d’autre

la fin de la d. profondeur le tout ainsi qu’il se poursuit et comporte circonstances et dépendances contenu au tiltre de concession d’icelle sans en rien réserver ni retenir avec tous droits de fief seigneurie et justice relevant du château St. Louis de Québec chargé des droits et redevances acoutumé et au désir de la coustume de la prévosté et vicomté de paris que la foi et hommage aux autres charges clauses et conditions portées par le tiltre de concession des dites terres et seigneuries aux dits vendeurs appartenant par tiltre de concession de Monseigneur de Frontenac ci-devant gouverneur et Lieutenant Général pour Sa Majesté en ce pays en date du sixième mai mil six cent soixante quinze signé Frontenac et scellé du sceau et armes. Et plus bas par Monseigneur Lechasseur, le d. tiltre confirmé par arrêt du conseil d’état du roi du dixième mai mil six cent soixante quinze régistre au d. Conseil Souverain de ce pays suivant son arrêt du trentième septembre au d. an 1675 suivant l’acte d’enrégistrement signé Peu-

SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE

vret avec paraphe quites des charges et redevances du passé jusqu’à hui pour en jouir faire et disposer par le d. sieur acquéreur ses d. hoirs ou ayens cause ainsi que bon lui semblera au moyen des présentes; cette vente cession et transport faite aux d. charges et redevances pour l’avenir, et outre pour et moyennant le prix et somme de deux mille cinquante livres tournois que les dits sieur et dame vendeurs en ont reconnu et confessé avoir eu et reçu du d. sieur acquéreur dès longtemps y a et pour estre de compte qu’ils auraient fait ensemble avant ces présentes de toutes sortes de dettes que les d. sieur et dame vendeurs se sont trouvés redevables au sr. acquéreur et de toutes sortes d’affaires qu’ils ont eu par ensemble de tout le passé jusqu’à ce jour sy comme &c. dont &c. et au moyen des présentes les d. parties se tiennent quittent et déchargent respectivement l’un envers l’autre de toutes choses généralement quelconques.

“Estant accordé entre les parties que le bail à loyer de la d. terre et seigneurie par le d. sieur vendeur à Jean Gaignon, passé devant Genaple notaire au d. Québec en date du vingt-troisième juin de l’année dernière mil six cent quatre vingt sept pour le temps et terme y mentionné et aux conditions charges et redevances annuelles y contenues aura son exécution en n’en recevant par le dit sieur de la Chenave ses hoirs ou ayans cause à l’advenir les revenus et la ferme que le d. Gaignon est obligé d’en faire et payer annuellement au désir du d. bail.

“Et se faisant les dits sieur et dame vendeur ont présentement mis ès mains du d. sieur acquéreur le

LES ETAPES D’UNE PAROISSE

d. tiltre de concession ci-dessus daté concernant la propriété et jouissance de la d. vente le mettant du tout en leur lieu et place droit nom raison et action transportant en oultre tous droits &c. dessaisissant &c. Voulant &c. le procureur le porteur &c. donnant pouvoir &c. Promettant &c. Obligeant solidairement &c. Renonçant &c.

“Fait et passé au d. Québec Etude du d. notaire avant midi le treizième novembre mil six cent quatre vingt huit ès présence de M. Réné Hubert huissier du d. conseil et de Pierre Leroux tesmoins demeurant au dit Québec qui ont avec les parties et notaiie signé.

“C. Denys de Vitré” “Charles Aubert de

la Chenaye” “De Lostelneau” “Hubert Lostelneau” “Pierre Leroux”

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