XXIV PRÉFACE
les progrès accomplis dans les branches les plus spéciales et les plus techniques des sciences expérimentales, confondent la science même avec une des parties de sa méthode et le détail encombrant des faits, qui n'en sont que la matière première, avec les lois qui les synthétisent. Ils admirent, avant tout, la batterie de cuisine des savants, leurs instruments, leurs machines, leurs outils, leurs petits procédés de physique amusante, leurs projections à la lumière électrique, leurs télégraphes, phonographes et téléphones. Ne tenant compte que de ce qu'ils peuvent mesurer à l'aide d'appareils de précision, compliqués de vis, de tourillons, de verniers, de soupapes, de manivelles, de mouvements d'horlogerie, de piles et d'aimants, ils n'ont aucun souci des faits, aussi nombreux, qui ne peuvent ni se peser ni se mesurer, ni se compter, ni se voir, ni s'entendre, mais n'en sont pourtant, ni moins importants, ni moins réels.
Considérant avec dédain, comme hypothé-
Préfacé. xw thique, toute loi théorique, toute spéculation générale, toute induction rationnelle qui dépasse l'étendue stricte de l'expérience directe, toujours particulière et superficielle, ces apôtres du fait visible et tangible se condamnent à rester enfermés dans l'observation individuelle, toujours restreinte, et à ignorer à jamais le fait général que la raison seule peut atteindre.
Même en psychologie on veut voir et toucher. On croit saisir les lois de la pensée dans les replis du cerveau; condamnant l'étude interne et réfléchie de la conscience sur ellemême qui, pourtant, n'a d'autre moyen de s'observer que de s'écouter sentir, penser, vouloir et agir, d'après des motifs déterminés qu'elle seule peut analyser et dont elle seule peut évaluer le poids relatif.
La plupart de ceux qui, aujourd'hui, se targuent du titre de positiviste:; pour affirmer que nous n'atteindrons jamais la vérité absolue sur les faits premiers et les principes des choses, ne sont en réalité que des adeptes de ce scepticisme