LUI
Racan, se souvenant de Virgile :
H me passait d^an an, et de ses petits bras Cueillait déjà des fruits dans les branches d'en bas.
Alfred de Musset, dans la Coupe et les Lèvres :
Fatigué de la route et du bruit de la guerre,
Ce malin de mon corps je me suis écarté :
J'avais soif, mon cheval marchait dans la poussière,
Et sur le bord d'un puits je me suis arrêté.
J'ai trouvé sur un banc une femme endormie,
Une pauvre laitière, un enfant de quinze ans.
Que je connais, Gunther. La mère est mon amie.
J'ai passé de beaux jours chez ces bons paysans.
Le cher ange dormait les lèvres demi-closes.
( Les lèvres des enfants s'ouvrent comme des roses
Au souffle de la nuit.) Ses petits bras lassés
Avaient dans son panier roulé les mains ouvertes.
D'herbes et d'églantine elles étaient couvertes.
De quel rêve enfantin ses sens étaient bercés.
Je l'ignore. — On eût dit qu'en tombant sur sa couche
Elle avait à moitié laissé quelque chanson.
Qui revenait encor voltiger snr sa bouche
Comme un oiseau léger sur les fleurs d^un buisson.
Nousétionsseuls.— i*ai pris ses deax mains dans les miennes. Je me sois incliné, sans l^éveiller pourtant, Gunther ! fai posé mes lèvres sur les siennes, Et puis je suis parti, pleurant comme un enfant.