MACDUFF
Il n'a point d'enfants ! — Tous mes petits enifants, avez-vous dit? tous? quoi! tous? monstre infernal! Tous! quoi? tous mes jolis enfants, avec leur mère? tous du même coup barbare?...
Lamartine :
A Tombre de sa fille ainsi parlait Tépouse :
(( Adiia, fleur de mon sein, larme du cœur, c'est moi.'
Enfant, as-tu grandi sous Therbe où tu reposes ? Les enfants de la mort te tressent-ils des roses? Des grains rouges des bois te font-ils un collier? II me semble parfois que je f entends crier ; J*ouvre mes bras la nuit, ma fille, pour te prendre , Car répoux de mes nuits, hélas ! a beau suspendre
Tes frères à mon coa pour m^y faire penser, Des deux yeux de mon àme il ne peut t'effacer .' Je suis Toiseau plaintif, à Tailc bleue et blanche, Dont le courant du fleuve, en secouant la branche, A fait tomber du nid et roulé dans les flots Un petit, le premier de la couvée éclos :
Il a beau réchauffer les autres sous sa plume, Du seul quMI a perdu le souci le consume.
Et tout le jour il crie, et regarde dans Peau, Et porte sa becquée à son petit oiseau.
Dovalle : •
Un jour que j'étais en voyage, Près de ce clos qu'un mur défend, Je vis deux hommes du village Qui portaient un cercueil d'enfant.
Une jèmme marchait derrière, Qui pleurait et disait tout bas Une lente et triste prière, Celle qu'on dit lors d'un trépas.
Point de parents, point de famille .' Je ne vis, le long du chemin, Qu'une pauvre petite fille Cachant des larmes sous sa main.
Elle suivait la longue allée Qui conduit au champ du repos.
m LE BIEN QU'ON A DIT
El paraissait bien désolée, Et dévorait bien des sanglots.
Ainsi marchant, quand ils passèrent Au pied de ce grand peuplier, Ceux qui travaillaient s'arrêtèrent Et je les vis s'agenouiller, ,
Prier le ciel pour la jeune àme, Faire le signe de la croix, Et, quand passa la pauvre femme.
Se détourner tous à la fois.
Cependant, inclinant la tète, Au cimetière on arriva.
Une fosse ouverte était prèle; Alors un homme dit : « C'est là. »
Et, la fosse n'étant plus vide, On y poussa la terre... Et puis Je ne vis plus qu'un tertre humide, Avec une branche de buis.
Et comme la petite fille.
S'en allant, passa près de moi,
Je l'arrêtai par sa mantille :
« Tu pleures, mon enfant, pourquoi? »
« Monsieur, c'est que Julien, dil-clle, .Mon petit camarade, est mort 1 »
DES ENFANTS. Hli
Et, voilant sa noire prunelle, La pauvrette pleura plus fort.
LU
Victor Hugo, dans les Contemplations :
Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus. Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus. Parfois au même nid rend la même colombe.
mères, le berceau communique à la tombe.
L'éternité contient plus d'un divin secret.
La mère dont je vais vons parler demeurait
A Blois : je Tai connue en un temps plus prospère,
Et sa maison touchait à celle de mon père.
Elle avait tous les biens que Dieu donne ou promet.
On l'avait mariée à Thomme qu'elle aimait ;
Elle eut un Hls : ce fut une ineffable joie.
Ce premier-né couchait dans un berceau de soie ;
Sa mère l'allaitait ; il faisait un doux bruit
A côté du chevet nuptial, et, la nuit,
La mère ouvrait son àme aux chimères sans nombre,
Pauvre mère! et ses yeux resplendissaient dans l'ombre
Quand, sans souffle, sans voix, renonçant au sommeil.
Penchée, elle écoutait dormir l'enfant vermeil.
Dès Taube, elle chantait, ravie, et toute fière. Elle se renversait sur sa chaise on arrière,
Son fichu laissant voir son sein gonflé de lait,
Et souriait au faible enfant et rappelait
Ange, trésor, amour, et mille folles choses.
Oh ! comme elle baisait ces beaux petits pieds roses !
Gomme elle leur parlait! L'enfant, charmant et nu.
Riait, et, par ses mains sous les bras soutenu.
Joyeux, de ses genoux montait jusqu'à sa bouche !
Tremblant comme le daim qu'une feuille effarouche,
il grandit: pour l'enfant, grandir, c'est chanceler;
Il se mit à marcher, il se mit à parler,
Il eut trois ans ; doux âge, où déjà la parole.
Comme le jeune oiseau bat de l'aile et s'envole.
El la mère disait : « Mon fils ! » et reprenait :
« Voyez comme il est grand ! il apprend, il connaît
Ses lettres. C'est un diable ! il veut que je l'habille
En homme ; il ne veut plus de ses robes de fille ;
C'est déjà très-méchant, ces petits hommes-là !
C'est égal, il lit bien ; il ira loin ; il a
De l'esprit ; je lui fais épeler l'Évangile. « —
Et ses yeux adoraient cette tête fragile.
Et, femme heureuse, et mère au regard triomphant,
Elle sentait son cœur battre dans son enfant.
Un jour, nous avons tous de ces dates funèbres ! Le croup, monstre hideux, épervicr des ténèbres. Sur la blanche maison brusquement s'abattit , Horrible, et, se ruant sur le pauvre petit.
Le saisit à la gorge. noire maladie !
De l'air, par qui l'on vit, sinistre perfidie!
Qai n'a vu se débattre, hélas I ces doux enfants Qa'étreint le cronp féroce en ses doigts étouffants ? Ils luttent, Tombre emplit lentement learsyeuxd'ange, Et de leor bouche froide il sort un râle étrange, Et si mystérieux, quMl semble qu'on entend Dans leur poitrine, où meurt le soufOe haletant, L'affreux coq du tombeau chanter son aube obscure. Tel qu'un fruit qui du givre a senti la piqûre. L'enfant mourut. La mort entra comme un voleur Et le prit. ^ Une mère, un père, la douleur, Le noir cercueil, le front qui se heurte aux murailles. Les lugubres sanglots qui sortent des entrailles. Oh I la parole expire où commence le cri.
Silence aux mots humains !
La mère au cœur meurtri, Pendant qu'à ses côtés pleurait le père sombre. Resta trois mois, sinistre, immobile dans l'ombre. L'œil fixe, murmurant on ne sait quoi d'obscur. Et regardant toujours le même angle du mur.
Elle ne mangeait pas ; sa vie était sa fièvre : Elle ne répondait à personne ; sa lèvre.
Tremblait ; on l'entendait, avec un morne effroi, Qui disait à voix basse à quelqu'un :^Rends-lc-moi :— Et le médecin dit au père : — Il faut distraire Ce cœur triste, et donner à l'enfant mort un frère! ^
Le temps passa t les jours, les semaines, les mois.
Elle se sentit mère un« seconde fois.
m LE BIEN QU'ON A DIT
Devant le berceau froid de son ange éphémère, Se rappelant Taoeent dont il disait : » Ma mère, -- Elle songeait^ muette, assise sur son lit, Le jour où, tout à eoupi dans son flâne tressaillit L'être inconnu promis à notre aube mortelle. Elle pâlit. — Quel est cet étranger? dit-elle. Puis elle cria, sOmbre et tombant à genoux :
— Non, non, je ne veux pas ! non ! tu serais jaloux ! Omon doux efldormi, toi que la terre glace,
Tu dirais : t On m'oublie ; un autre a pris ma place ; Ma mère Taime, et rit t elle lé trouve beau, Elle Pembrasse, et, moi, je suis dans mon tombeau ! • Non, non !
Ainsi pleurait cette douleur profonde.
Le jour vint ; elle mit un autre enfant au monde. Et le père joyeux cria i — C'est un garçon. ^ Mais le père était seul joyeux dans la maison ; La mère restait morne, et la p&le aeéouehée, Sur l'ancien souvenir tout entière penchée.
Rêvait. On lui porta l'enfant sur un coussin ; Elle se laissa faire et lui donna le sein.
Et tout à coup, pendant que, farouche, accablée, Pensant au (ils nouveau moins qu'à l'âme envolée, Hélas! et songeant moins aux langes qu'au linceul, Elle disait : -^ Cet ange en son sépulcre est seul ! —
— doux miracle! 6 mère au bonheurVevenue! -- Elle entendit, avec une voix bien connue,
Le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras. Et tout bas murmurer : — C'est moi. Ne le dis pas.