AR6AN
Vous l'aurez.
LOUISON
Au nom de Dieu, mon papa, que je ne l'aie pas !
ARGAN. voulant la fouetter.
Allons, allons.
LOUISON
Ah ! mon papa, vous m'avez blessée. Attendez, je suis morte. {Elle contrefait la morte.)
ARGAN
Holà! qu'est-ce là? Loulson, Louison ! Ah! mon Dieu ! Louison ! Ah ! ma ilile ! Ah î malheureux ! ma pauvre flile est morte! Qu'ai-je fait, misérable? Ah ! chiennes de verges! Ia peste soit des verges! Ah! ma pauvre fille, ma pauvre petite Louison !
LOUISON
La, la, mon papa, ne pleurez point tant ; je ne suis pas morte tout à fait.
ARGAN
Voyez- vous la petite rusée? Oh çù, çà, je vous
pardonne pour celte fois-ci, pourvu que vous me disiez bien tout.
LOUISON
Oli! oui, mon papa.
ARGAN
Prenez-y bien garde, au moins ; car voilà un petit doigt qui sait tout, et qui me dira si vous mentez.
LOUISOW.
Mais, mon papa, ne dites pas à ma sœur que je vous l'ai dit.
ARGAN
Non, non.
LOUISON , après avoir regardé si personne n'écoute.
C'est, mon papa, qu'il est venu un homme dans la chambre de ma sœur comme j'y étais.
ARGAN
Hé bien?
LOUISON
Je lui ai demandé ce qu'il demandait, et il m'a dit qu'il était son maître à chante^.
ARGAN , à part,
Hom! hom! voilà l'affaire, (à Louison.) Hé bien?
i70 LE MAL QU'ON A DIT
LOUISON
Ma sœur est venue après.
ARGAN
Hé bien?
LOmSON.
Elle lui a dit : Sortez, sortez, sortez! Mon Dieu, sortez; vous me mettez au désespoir.
ARGAN
Hé bien?
LOllISON.
Et lui, il ne voulait pas sortir.
ARGAN
Qu'est-ce qu'il lui disait?
LOUISON
Il lui disait je ne sais combien de choses.
ARGAN
Et quoi encore?
LOUISON
Il lui disait tojit-ci, tout--ça, qu'il l'aimait bien , et qu'elle était la plus belle du monde.
ARGAN
Et puis après?
LOUISOIf.
Et puis après, il se mettait à genoux devant elle.
ARGAN
Et puis après?
LOUISON
Et puis après, il lui baisait les mains.
ARGAN
El puis après?
LOUISON
Et puis après, ma belle-maman est venue à la porte, et il s'est enfui.
ARGAN
Il n'y a point autre chose?
LOUISON
Non, mon papa.
ARGAN
Voilà mon petit doigt pourtant qui gronde quelque chose, (mettant son doigt a. son oreille,) Attendez... Hé?... Ah! ah! Oui? Oh, oh! voilà mon petit doigt qui me dit quelque chose que vous avez vu, et que vous ne m'avez pas dit. v
LOUISON
Ah ! mon papa, votre petit doigt est un menteur.
ARGAN
Prenez garde.
LOUISON
Non, mon papa, ne le croyez pas; il menl, je vous assure.
ARGATÎ.
Oh, bien, bien, nous verrons cela. Allez-vous-en, et prenez bien garde à tout : allez. (seul,)Ahl il n'y a plus d'enfants!... »
Shakspeare, dans Roméo et Juliette :
LADY CAPULET
Nourrice, où est.ma fllle? appelle-la.
LA NOURRICE
Par ma vertu de treize ans, je lui al dit de venir. (Elle appelle,) Juliette! mon agneau, mon oiseau du bon Dieu! — Dieu me pardonne! où est-elle cette petite fille? — Juliette!
JULIETTE
Qu'y a-t-il ? qui m'appelle ?
LA NOURRICE
Votre mère.
JULIETTE
Madame, me voici. Que désirez-vous de moi?
LADY CAPCLET.
Voici ce dont il s'agit. — Nourrice, laisse-nous seules un instant, nous avons à causer ensemble. — - Nourrice, reviens ; je me ravise , lu peux nous entendre. Tu sais que ma fille est déjà d'un joli âge...
LA NOURRICE
Je puis vous dire son âge à une heure près.
LADY CAPULET
Elle n'a pas encore quatorze ans.
LA NOURRICE
Ah! je le crois bien, je parierais quatorze de mes dents, — et malheureusement je n'en ai plus que quatre, — qu'elle n'a pas quatorze ans. Combien y a-t-il encore d'ici à la Saint-Pierre?
LADY CAPULET
Une quinzaine de jours.
LA NOURRICE
Eh bien ! vienne la Saint-Pierre, elle aura quatorze ans. Suzanne et elle, Dieu fasse paix à toutes les âmes chrétiennes ! étaient du même âge. Ma
Suzanne! le bon Dieu me l'a reprise; c'était trop de bonheur pour moi. Donc, comme je le disais, dans la soirée de la Saint- Pierre elle aura quatorze ans ; vous pouvez m'en croire, et je me le rappelle fort bien. Il y a maintenant onze ans depuis le tremblement de terre; c'est ce jour là même, —je ne l'oublierai de ma vie, — qu'elle fut sevrée. J'avais frotté d'absinthe le bout de mes seins, et j'étais assise au soleil contre le mur du colombier; monseigneur et vous, vous étiez alors à Mantoue.— J'espère que j'ai une bonne mémoire ! —Donc, comme je vous le disais, à peine l'enfant eut-elle goûté l'absinthe, à peine en eut-elle senti l'amertune, il fallait voir la grimace que flt la petite folle, et comme sa bouche quitta vîte la mamelle. Dans ce moment, voilà le colombier qui tremble ; oh ! on n'eut pas besoin, je vous assure, de me dire de décamper. Il y a de cela onze ans ; elle se tenait déjà debout; que dis-je? elle trottait toute seule; à telles enseignes que la veille même elle avait fait une chute et s'était cogné le front. Ce fut alors que feu mon homme,— Dieu veuille avoir son âme I — mon homme donc, qui aimait à rire, prit l'enfant dans ses bras : « Âh ! ah t lui dit-il , c'est donc comme cela que tu tombes sur le front? Quand tu auras plus d'esprit, tu tomberas sur le dos, n'estce pas Juliette?» Et, par Notre-Dame, la petite drôlesse cessa de pleurer et répondit : «c Oui !» Et
dire que maintenant la plaisanterie est sur le point de se réaliser! Non, quand je vivrais mille ans, je ne Toublierais pas ! « N'est-ce pas, Juliette? » lui dit-il ; sur quoi la petite follette arrête ses pleurs et répond : « Oui ! »
LADY CAPULET
Assez sur ce chapitre; retiens ta langue, je te prie. *
LA NOliARICE.
Oui, madame ; mais j'en ris encore, quoi ! dire qu'elle cessa de pleurer et se mit à répondre : « Oui! » Et pourtant, je vous le jure, elle avait au front une bosse, grosse comme un œuf de pigeon, une blessure borrible, quoi ! aussi pleurail-elle à chaudes larmes. « Ah! ah! lui dit mon homme, tu tombes sur le front? quand tu seras grande, tu tomberas sur le dos; n'est-ce pas , Juliette? » Et voilà Juliette qui cesse de pleurer et répond : «Oui!»
JULIETTE
Et loi, cesse ton babil, nourrice; tu m'obligeras
LA nOURRICE.
Allons, j'ai fini ; que Dieu vous marque du sceau de sa grâce ! vous étiez bien la plus jolie enfant que j'aie jamais nourrie ; que je vive assez pour vous voir mariée, je n'en demande pas davantage. »
J.-J. Rousseau :
« La faiblesse et la Sommation réunies n'engendrent que folie et misère. De deux enfants gâtés^ l'un bat la table, et l'autre fait fouetter la mer, ils auront bien ù fouetter et à battre avant de vivre contents. »
Alphonse Karr s'amuse de la vanité des petites filles jouant en public dans le jardin des Tuileries, et l'attribue à la vanité de leurs mères :
« Regardez un peu toutes ces enfants; il n'y en a pas une qui saute pour sauter ; — toutes regardent en dessous si on les voit, si le cercle qui les entoure est suCasamment nombreux ; — quelquesunes ne commencent à montrer leurs talents que lorsqu'elles voient du beati monde dans l'assistance.
» Et comme elles recueillent d'une oreille avide les compliments et les éloges qu'on fait de leur flgure ou de leur toilette à la mère, ou à la bonne ! comme elles prennent déjà des airs mélancoliques, comme elles se rapetissent la bouche, comme elles se tiennent raides, comme elles font des mines î — que d'affectation, de mensonge, de vanité !
» Un petit garçon est un petit garçon. Si vous
lui mettez de beaux habits , il les déchirera, il les salira, il faut qu'il coure, qu'il saute, qu'il s'amuse.
» Une petite fille n'est qu'une femme plus petite. Elle ne se transformera pas, elle grandira, et voilà tout.
» Une petite fille de six ans est prête à tout. »
On peut dire d'une manière générale :
Les enfants sont de petits hommes et de petites
femmes ; les hommes et les femmes sont de grands
enfants.
Un de mes amis, M. Hippolyle Rigault, a publié, l'année dernière, dans le Journal des Débats, un charmant feuilleton intitulé les Jouets (TEnfanls.
On sera bien aise de le relire :
« Je suis un peu de l'avis de Démocrite : il n'y a de sérieux que ce qui ne le paraît pas. J'ai rencontré au palais de l'Industrie des gens scandalisés de voir la foule déserter les vitrines sérieuses, et faire queue devant les jouets d'enfants. Pour moi,
je m'étonne seulement que la queue ne soit pas plus longue. Les jouets d'enfants sont, avec l'imprimerie, une des parties les plus graves de l'Exposition. On les croit frivoles, parce qu'on les prend pour des plaisirs. Ce sont des plaisirs, en effet, mais ce sont aussi, comme les livres, des moyens d'éducation ; ils aident à former l'homme; et, après tout, quoiqu'on fasse aujourd'hui de bien belles machines, l'homme est encore ce qu'on a inventé de plus intéressant.
» Il a paru, Il y a quelque temps, un ouvrage dont l'auteur proposait de commencer l'éducation de l'homme avant sa naissance. Cela a semblé généralement prématuré, et d'une exécution diflBclle. Mais quand l'enfant est né, quand son âme est éclose, quand son esprit jette les premières lueurs, quand ses lèvres essayent les premières paroles, et ses pieds tremblants les premiers pas, l'éducation morale et physique doit commencer ; tout le monde est d'accord là-dessus, même les peuples sauvages, qui écrasent le nez dçs poupons de six mois pour les rendre plus beaux, et leur serrent la tête entre deux planches pour leur allonger le crâne et les rendre plus spirituels.
» Chez les peuples civilisés, où l'éducation prend les formes non de la torture, mais du plaisir, les jouets peuvent avoir un rôle important et aimable, et en général on n'y songe pas assez. Les
faiseurs de traités d'éducation s'estiment trop grands seigneurs pour s'occuper de ces bagatelles ; les grands esprits eux-mêmes, qui savent qu'il n'y a pas de bagatelles quand il s'agit de l'enfance, ont oublié le chapitre des joujoux; il a échappé au Tasse, dans son Père de Famille, à Rabelais, dont le Gargantua, un jeune colosse qui ne sait jouer qu'à la paume (ici la mémoire de mon ami Rigault est infidèle) ; à Rousseau, dont r£mile, un petit philosophe, ne joue presque jamais.
» C'est une lacune de la pédagogie.
» Les enfants méritent cependant qu'on s'occupe un peu plus de leurs plaisirs. On croit avoir tout fait quand on a inventé des jouets qui les amusent sans blesser leurs mains délicates. Ce n'est pas assez. Les babys eux-mêmes sont des personnages plus avancés qu'on ne croit. Ils ont de l'esprit avant de parler; leurs yeux perçoivent déjà les formes diverses des objets, même quand ils errent sans paraître capables de se fixer; leurs oreilles sont déjà sensibles à la différence de sons, même quand ils ont l'air de ne pas reconnaître la voix maternelle.
» Quel est le premier jouet qu'on met entre leurs mains? Un hochet. J'en ai vu de charmants, en ivoire, en argent, en vermeil, ciselés avec un art exquis; mais, l'avouerai-je? le plus beau hochet me révolte. Je ne me plains pas, comme Addison,
qu'en donnant à l'enfant l'habitude du mouvement et de l'agitation, le hochet développe en lui les facultés actives au préjudice des facultés contemplatives. L'homme est né pour agir; il n'y a pas de mal qu'il s'y accoutume de bonne heure. Mais pourquoi, de ce bonhomme de métal, le premier ami de l'enfant, fait-on presque toujours un être difforme, bossu par devant et par derrière, avec une bouche qui se fend, un nez qui se recourbe et qui va rejoindre le menton? La première imitation de la nature qui frappe les yeux de l'enfant, c'est la figure d'un monstre. Il fait connaissance avec l'art par l'entremise du laid. Il semble qu'on se bâte de révéler la laideur à ces yeux étonnés qui viennent de s'ouvrir, comme s'ils n'avaient pas le temps un jour de la contempler.
» Je sais que je contredis ici l'opinion de Rousseau. Il prend soin de présenter à son Emile les animaux les plus laids, sous prétexte de l'aguerrir. On peut, à mou avis, aguerrir l'enfant sans le secours des monstres. Il n'y a pas besoin de le familiariser avec un crapaud pour l'empêcher de trembler devant un ramoneur.
» Ce n'est pas tout. Dans le corps de ce bonhomme cagneux et bossu on pratique un sifflet aigu dont le son déchire l'ouïe naissante de l'enfant. C'est, dit-on, pour le divertir. Voilà la première idée qu'on lui donne de la musique, il ^
débute dans la vie par une fausse note! Je suis persuadé que, chaque année, l'éducation de l'enfant par le hochet détruit en germe dans notre pays une foule de peintres et de musiciens.
> Montaigne regrette que, dans les collèges de son temps, qu'il appelle € de vraies geôles de jeunesse captive, » on n'ait pas eu l'idée de dresser de belles statues de la Joie, de Flore et des Grâces, pour environner de bonne heure les jeunes gens des images de la beauté. Je partage les regrets de Montaigne, et je voudrais voir s'élever sous les arbres de nos lycées un peuple de statues, copiées sur les plus parfaits modèles de la sculpture antique : ce serait une réparation légitime des désastres infinis causés par le hochet.
» Je voudrais surtout qu'au lieu de ces affreux visages de magots, dont l'argent et le vermeil font ressortir la difformité, les orfèvres ne fissent plus désormais que de jolies figures aimables et souriantes, qui éveilleraient chez l'enfant l'idée divine de la grâce.
» Qui empêche qu'à la place de ces siifiels barbares, qui faussent l'oreille, et qui nous valent plus tard tant de mauvaise musique, on n'insère adroitement dans les hochets quelques petits instruments aux sons justes et doux, qui révèlent à l'enfant les premiers secrets de l'euphonie? Quoi
de plus facile, aujourd'hui que l'industrie appli-
quée à la musique produit des mécaniques harmonieuses d'une perfection si humiliante pour les musiciens? Quand on invente des pianos automates qui exécutent tout seuls des eaprices de Liszt et des fantaisies de Thalberg, on peut faire des hochets qui apprennent la gamme aux petits enfants. » A l'âge du hochet succède i'âge de la poupée. J'ai vu au palais des Champs-Elysées des poupées du premier mérite : elles forment la partie la plus remarquable de l'exposition des joujoux. Ce sont de petits chefs-d'œuvre que les poupées de noadame Béreux, de madame Testard et de M. Jumeau, quoiqu'elles aient toutes à peu près la même sorte de gentillesse. C'est mon grief contre elles; il y en a là une vingtaine qui ont la même figure : on dirait un troupeau de sœurs jumelles. Quelques poupées étrangères même ont adopté la figure française : on les prendrait pour une colonie parisienne à l'étranger. Je fais une exception en faveur des petites miss de madame Montanari, de Londres. Sous leurs capotes rabattues, avec ieur apparence de roideur pudique, et leur allure aussi empesée que leurs jupes trop courtes, elles ont un air britannique qui m'a eharméw J'aime que les gens aient la figure de leur pays. Mais, françaises ou étrangères, toutes ces demoiselles ont leurs défauts, et je veux leur dire, avec égards, tout ce que j'ai sur le cc^r.
» Uu'est-ce qu'une poupée, s'il vous plait? Ce n'est pas une chose ni un objet ; c'est une personne, c'est l'enfant de l'enfant. Celui-ci lui prêle par l'imagination la vie, le mouvement, l'action, la responsabilité. Il la gouverne comme il est luimême gouverné par ses parents; il la punit ou la récompense, l'embrasse, l'exile ou l'emprisonne, selon que la poupée a bien ou mal agi ; il lui Impose la discipline qu'il subit, Il partage avec elle l'éducation qu'il reçoit. Rien de meilleur que ces applications spontanées de l'idée du bien et du mal, rien de plus propre à développer la conscience morale de l'enfant. C'est la moitié de l'éducation de la petite fille que cette comédie charmante de maternité jouée par elle à son profit.
» Voilà le sens philosophique de la poupée.
Aussi tout ce qui rendra plus facile l'illusion volontaire de l'enfant, tout ce qui donnera plus de fondement à son direction et à son autorité maternelle, en faisant de la poupée une personne vraisemblable, tout cela sera un progrès.
» On a imaginé un mécanisme Intérieur qui permet aux poupées de parler. M. Giroux a exposé plusieurs poupées pariantes; et II y en a une, dans la vitrine de M. Guillard, qui appelle distinctement son papa, et qui demande 500 francs pour cela. C'est faire payer cher un accès de vcntriloqule. Je n'attache pas un si grand prix à ce tour de force.
iSi LE MAL QirON A DIT
L'enfant se charge de faire parler la poupée mieux que tous les mécanismes possibles. L'éducation n'a pas besoin des automates de Vaucanson.
» Mais, ce qui me plaît, c'est de voir aux poupées un corps moins grossier et moins rude. Je leur sais gré de s'être mises au niveau delà science, d'avoir profité des découvertes modernes et de s'être ajusté des articulations mobiles qui leur permettent d'agir, de s'asseoir, de se lever, et de s'agenouiller plus aisément que vous et moi. Quelle différence entre ces antiques poupées à ressorts, roides comme le bois dont elles étaient faites, et ces babys flexibles de M. Arnaud, souples comme le caoutchouc qui leur sert de muscles et de nerfs ! Comme je félicite les poupées contemporaines d'avoir adopté décidément cette carnation plus vraie que donne là porcelaine et surtout la cire, et remplacé par de beaux yeux de verre bleus ou noirs, expressifs et tendres, ces yeux de carton bêtes et immobiles ! de sourire avec des lèvres de carmin, et de dérouler sur leui^ épaules une chevelure de soie, au lieu d'étaler ces couleurs brutales empâtées sur leur visage, et ces crins épais qui blessaient le regard et le toucher!
» Je le répète, ce sont là des progrès véritables ; mais ce ne sont que de progrès matériels. Que d'améliorations je rêverais encore î
» D'abord, pour les raisons d'esthétique que j'in-
DES ENFANTS. m
diquaisplas haut, il faut proscrire à jamais ces nourrices enluminées et lippues qui ofTrentaux yeux des enfonts des contrefaçons repoussantes de la Vénus hottentote.
» Il faut condamner à la déportation et transplanter bien vite à Lil)éria ces épouvantables babys noirs qui, sous le nom d'oncles Tom, seraient capables d'inspirer la négrophobie à des fils d'abolitionistes.
» Enfin, et c'est là que j'en veux venir, il est urgentde porteruneloi somptuaire contre les poupées en général, comme autrefois on en fit une à Rome contre les dames romaines. Ce fut Caton qui se chargea de cette proposition impopulaire, et il trouva pour lui répondre une fille d'avocat, nommée Hortensia, qui avait hérité de la langue de son père. Le pauvre Caton se retira de cette campagne quelque peu meurtri. Mais qu'importe? son exemple ne me décourage pas, et je dénonce hardiment comme un danger public le luxe des poupées. Passez la revue de ces princesses : ce n'est que velours, satin et soie, bijoux, dentelles et rubans. En les voyant, on s'écrie comme dans la Tour de Nesle : « Ce sont de grandes dames! » Elles sont toutes à la mode, non à la mode d'hier, il y a longtemps qu'elles ont laissé la mode d'hier à leurs femmes de chambre, mais à la mode d'aujourd'hui. Que dis-je? les poupées ont vlnKt-quatre
i86 LE MAL QU'ON A DIT
heures d'avance sur les femmes. On essaye sur elles la mode de demain. Où pensez-vous qu'elles prennent leurs robes? Cbez Paimyre... Et leurs chapeaux? Chez Ode... Et leurs fleurs? Chez Constantin. . . Et ces petis châles, moitié cachemires, moitié dentelles? Chez Félicie... Je m'arrête ; j'arriverais à certaines jupes baleinées, dont l'ampleur fait honte aux paniers de nos grand'mères.
» En vain j'ai cherché, comme la septième merveille du monde , une poupée économe, qui portât sans rougir une robe d'indienne. En vain j'ai demandé à tous les échos de l'Exposition une petite soubrette parmi toutes ces duchesses. Je n'ai trouvé qu'une soubrette d'opéra-comique en robe de mousseline brodée, en tablier gorge-de-pigeon.
» Je me trompe : derrière une marquise à cinq volants, j'ai découvert, modestement tapie comme une violette, une servante du Calvados, habillée en vraie Normande, et à côté d'elle un paysan breton. J'aime à voir ces costumes de nos vieilles provinces : ils apprennent aux enfants que toute la France ne porte pas des babils noirs et des robes à falbalas. En les regardant, les enfants voyagent en imagination, s'accoutument à observer autour d'eux les diCTérene^s de costume, puisiez dijférencvs de langage, puis celles des mœurs. Ce sont là de bonnes habitudes, et les habitudes déterminent peu à peu le caractère. Et puis, celte Normande et
ce Breton ont l'air de si honnêtes gens! Il est tout endimafieiié, ce petit paysan, avec sa veste brune et son filet blanc; mais, à cet air tranquille et content, on voit qu'il a travaillé toute la semaine. Et la servante! regardez ce bonnet de coton sur sa tête, cette grosse chemise de toile grise, ce corsage et ce tablier bleus, ce jupon de laine rayé noir et blanc, ces bas gris et ces sabots. Quelle bonne et franche rusticité ! C'est là une brave fille, soyez-en surs, propre, laborieuse, qui a la paix de i'âme et la santé du corps, et avec qui la ferme ne chôme pas. Voilà de vraies poupées, simples, aimables et utiles !
» Quanta ces péronnelles qui seguindentdans leurs habits de soie, et qui ont l'air de dire à l'univers : Regardez-moi! fi de leur impertinence et de leur vanité! Croyez-vous, dites-moi, que les petites filles du xix« siècle aient absolument besoin que, dès l'âge le plus tendre , leur poupée leur enseigne à poser devant le genre humain? Croyezvous que ces lèvres pincées, ces yeux en coulisse, toutes ces mines de mijaurées en grand uniforme, enseignent aux enfants le naturel et la simplicité? Croyez-vous que ces Céllmènes au petit pied, qui ne connaissent pas le négligé, qui ont toujours l'air d'aller en visite ou de partir pour le bal, qui évidemment (mt été au Bols ce matin et iront aux Bouffes ce soir, inspireront, madame, à votre pe-
tite fille le goût de la vie intérieure et des soins du ménage? £t cette mariée que j'aperçois là-bas dans la vitrine de M. Jumeau , cette magnifique personne étincelante de diamants et noyée dans des flots de dentelles, qui fait sécher de Jalousie trois poupées vieilles filles qui jaunissent à côté d'elle, pourquoi se marie-t-elle, je vous prie? Sincèrement, est-ce pour être heureuse, dans une douce médiocrité, avec un mari qu'elle aime, et pour goûter auprès de lui les délices du foyer? Non, hélas! c'est pour avoir ce petit coupé bleu, attelé de deux chevaux gris-pommelé que vous voyez d'ici piaffer à l'étalage de M. Vergavaine. Quel exemple, ô ciel! pour votre fille, madame, et comme elle sera difficile à marier un jour, s^il ne pleut pas des millionnaires !
» C'est une chose bien entendue : la loi somptuaire que je réclame du gouvernement ne frappera pas seulement les toilettes, elle atteindra les appartements, les meubles et la vaisselle. Car les poupées se logent comme elles s'habillent : il faut de l'unité dans la vie. Faites-vous présenter chez elles : des tentures de damas, des tapis de Turquie, des étagères de bols de rose avec des chinoiseries imperceptibles, des bahuts Renaissance, des fauteuils Louis XllI, des consoles Louis XV, toute l'histoire deFranceestdans leurs salons. Dans leurs chambres à coucher, des rideaux de dentelles, des
toilettes de Boule, où s'étalent Tivoire, le cristal et le vermeil; des lits... quels lits, grand Dieu! Qui peut habiter de pareils palais? Des poupées aux camélias, rien de plus.
» Oht que j'aime bien mieux les chambres à 25 sous que nous envoie le Wurtemberg, avec de petits meubles de noyer mal faits, mal rembourrés, couverts d'une indienne qui joue la perse, avec des lils sans couvre-pieds, des rideaux de calicot blanc, et une cheminée de carton qui doit fumer, bien sûr! Ce n'est pas magnifique, mais cela n'a-t-il pas cet air chaste et candide que doit avoir la première chambre d'une jeune fille?
» Combien je préfère aussi ces fermes anglaises de Spurin, où du papier vert simule agréablement des prairies, pleines de chiens, de moutons, de chevaux et de vaches microscopiques, qu'on dirait copiées sur les vaches de M. Courbet !
» Les ménages de fer battu, de métal anglais ou tout au plus de plaqué, comme ceux qu'expose la maison Larbaud, voilà ce qui convient aux enfants, mieux que l'argent et le vermeil! C'est solide, c'est élégant, et à bon marché; et le bon marché des joujoux, c'est l'économie; c'est l'aumône enseignée de bonne heure aux enfants. Faites-leur donner aux pauvres la moitié du prix dont ils payeraient le matin le jouet qu'ils briseront le soir.
le jouet sera moins beau, mais le pauvre aura du pain, i'enfanl ne s'amusera pas moins, et le bon Dieu le bénira.
» Trois pays seulement en Europe ont exposé des jouets : la France, TAIlemagneet l'Angleterre. J'en ai cherché dans les autres contrées de l'Exposition ; j'en ai trouvé en Asie, mais jai parcouru inutilement le reste de l'Europe. Apparemment la France, l'Allemagne et l'Angleterre se chargent d'amuser l'enfance de tous les pays civilisés. C'est un privilège très -honorable ; je plains les nations qui n'ont pas de jouets indigènes et qui se four* nissent à l'étranger. En général, elles n'entendent rien à l'éducation. C'est d'ailleurs une lacune regrettable pour l'observation des mœurs. Les peuples se peignent dans leurs jouets d'enfants. Si M. de Donald avait vu l'Exposition, il aurait modifié son fameux axiome, et 11 aurait dit : Les joujoux sont l'expression de la société.
» Voyez ceux du Dengale dans l'exposition de l'Inde. Contemplez ces personnages qu'on dirait enfermés dans des gaines, comme les vieilles statues du musée égyptien : les uns bercés dans des palanquins, les autres perchés sur des éléphants ou des dromadaires; ceux-ci couchés sur des coussins, ceux-là les jambes croisées et fumant; tous plongés dans les douceurs du kjef et dans l'oubli voluptueux de tout travail, de tout mouvement, de
toute pensée; autour d'eux, des animaux fantastiques, des paons extraordinaires, des coqs d'Inde impossibles, des quadrupèdes métis formés durhinocéros et de Téléphant, et aussi roides, aussi immobiles, aussi pétrifiés que les hommes. N'avez-vous pas l'image de la vie orientale stagnante et endormie ?
» De même vous reconnaissez l'Allemagne en regardant ses joujoux : ce sont les inventions raisonnables, solides, et un peu lourdes, d'un peuple laborieux qui place l'élégance après l'utiliié; ce sont des jouets industriels, commerciaux, agricoles, des instruments de jardinage et des outils de tous les métiers, des cJiariots de roulage, des comptoirs, etc., le tout d'une confection estimable et d'un bon marché surprenant. La vie est moins chère en Allemagne qu'en France, les matières premières et la main-d'œuvre sont moins coûteuses. I/Allemagne peut déûer nos fabricants de jouets d'abaisser leurs tarifs au niveau des siens, comme ils peuvent ia défier de porter la perfection de ses ouvrages au niveau des leurs. Adressez-vous à M. Dietericb, de Ludwigsbourg, il vous donnera un atelier de menuiserie ou une boutique de conliseur, au choix, pour 3 francs.
V Les Allemands appliquent volontiers aux jouets ^ d'enfants les découvertes de la science, et c'est une idée excellente. Voulez-vous établir un chemin de
fer d'un bout de votre chambre à l'autre, mon petit ami ? Vous avez votre concession signée de vos parents; c'est bien, ne prenez pas d'actionnaires, ne faites pas d'appel de fonds. Vous savez que l'Allemagne vend volontiers des chemins de fer tout faits? Allez trouver MM. Rock et Graner, de Biberach, deux hommes habiles, déjà médaillés à Londres et à Munich. Ils vous livreront sur-lechamp un railway complet, les rails tout posés, deux waggons, deux diligences, un waggon de marchandises, la locomotive Crampton, et, par-dessus le marché, des voyageurs, garantis contre toute explosion:— 12 fr. 50 c. le convoi.— Aimez-vous mieux monter/sur le grand bassin des Tuileries ou du Luxembourg, un service de bateaux à vapeur? Voici une flotte de paquebots insubmersibles, à 5 fr. la pièce, qui prend les passagers au plus Juste prix, nourris, logés, table d'hôte excellente, et piano d'Ërard dans la chambre du capitaine. —Tous ces joujoux sont des merveilles.
» Mais cette Allemagne, qui a de si bonnes idées, savez-vous qu'avec son air de bonhomie elle spécule sur nos passions, et qu'elle entretient ses vertus avec nos vices? Au milieu de ces jouets irréprochables que j'admire de tout mon cœur, parmi ces outils de tout genre qui sont les enseignes du travail, elle a bien soin de glisser de peti- ' tes loteries, avec une foule de combinaisons at-
trayantes et de raffinements aléatoires. Elle inocule à nos enfants le goût de la roulette, pour que plus tard ces jeunes gens lui portent leur argent, je veux dire le nôtre, à Bade, à Hombourg et à Wiesbaden. L'Allemagne élève ainsi à la brochette de petits joueurs jusque dans nos maisons. Quand ils sont devenus grands, elle les engage à passer le Rhin et à placer leurs fonds sur la rouge ou sur la noire, un joli placement comme on sait! Défiezvous de l'Allemagne et de ses loteries !
» Je lui ferais volontiers une autre querelle encore ; c'est à propos de sa monomanie militaire. Certes en France nous aimons à jouer aux soldats, et pourtant nous n'en avons pas exposé. Trois ou quatre régiments en papier, de M. Silbermann, de Strasbourg, si bien loué récemment par M. Ratisbonne, voilà la garnison de la France à l'Exposition universelle. L'Angleterre n'a envoyé ni un cavalier ni un fantassin. M. Cobden et M. Brighl y ont tenu la main. Mais la Bavière, la Saxe et la Prusse ont mis sur pied tous leurs contingents fédéraux. On dirait qu'elles ne se sont pas crues en sûreté à Paris : elles se sont fait suivre d'une véritable armée. Seulement, pour nous faire honneur, elles ont habillé leurs soldats de l'uniforme français. La Saxe a équipé notamment un régiment de maréchaux de France : ils ont tous les grosses épaulettes, les broderies d'or, le grand cordon de la
19i LE MAL QU'ON A DIT
Légion d'honneur. Quant à la Prusse, elle a foil mieux encore : elle a cbargé son industrie de pren> dre dans l'alliance occidentale la place que sa diplomatie n'a pas occupée et d'épouser franchement notre cause. La Prusse, dans la personne de M. Soehlke, de Berlin, a e^Lposé trois victoires des alliés, Oltenifza, Kalafat et i'Âlma. L'ÂIroa surtout est admirable : il y a des Français en étain qui massacrent les Russes avec un entrain héroïque ; on voit les zouaves traverser la rivière et escalader les collines malgré les canons de cuTvre qui sont braqués contre eux; les Anglais essuient, immobiles, la fusillade de l'ennemi ; les chevaux se cabrent; les hommes roulent dans la poussière ; dans le lointain la mer étincelle de mille feux. — La Prusse est décidément la première puissance militaire pour les soldats de plomb. Nul ne lui dispute le prix, pas même Zurich, qui d'ordinaire lève de si belles armées. Du reste, j'en félicite Zurich et la Suisse tout entière : tant mieux pour elle, si elle peut se passer de ces joujoux guerriers, qui sont la première passion des enfants, et qui plus tard, sous des dimensions plus grandes, deviennent la passion des hommes.
» Je l'avouerai, au risque de passer pour un membre du Congrès de la paix, je n'aime pa$ à voir tant de fusils, de sabres, de lances, de casques, de pistolets, de canons, de soldats entre les
mains des enfants. Ils prennent, à ces jeux, des habitudes de commandement, qu'ils conservent et qu'ils portent plus tard, sans le savoir, dans les relations du monde. Us restent pour ainsi dire officiers dans la vie civile.
» Je préfère à tous ces engins guerriers, qui caporalisent les enfants, les billes, le cerceau, les palets, la toupie, et même le cerf-volant, qui; bien qu'un fabuliste le donne pour l'emblème de l'ambition, n'a pas tourné beaucoup de têtes et n'a gâté le caractère de personne.
» En résumé, sans être très-brillante, l'Exposition des jouets d'enfants est curieuse. La France y a le premier rang pour le goût et pour l'élégance, l'Allemagne pour le bon marché. On remarque dans les jouets un progrès matériel remarquable, surtout dans les pièces mécaniques. Les automates de MM. Théroude, Bontems, Guillard et Vergavalne en France, de madame Montanari en Angleterre, sortit de la classe des jouets, parleur confection comme parleur prix. Un Turc qui fume une pipe allumée; une bayadère qui, pour 1,^200 francs, danse si légèrement sur la corde; des oiseaux-mouches qui, pour 1,000 francs, vous donnent un si joli concert; unbaby qui dort, se réveille, appellesa bonne, se fâche, et se trémousse dans son berceau, ce ne sont pas là des jouets, ce sont des œuvres d'art, dont Texécuiton mécanique est admirable.
» Mais il est un progrès que je voudrais voir s'accomplir, parce qu'il importe davantage à l'éducation, c'est celui que j'appellerai le progrès moral des joujoux. Sans doute il faut qu'il y ait des jeux de pur agrément et de pure adresse, pour le délassement de l'esprit et pour l'exercice du corps. Qu'on multiplie tant qu'on voudra les jeux de cette nature, quoiqu'il vaille mieux peut-être en inventer où l'histoire, la géographie, le dessin , l'architecture et les sciences usuelles aient un peu < plus de part. Mais, de grâce, qu'on supprime sans pitié tous les^jeux de hasard; qu'on éloigne des yeux de l'enfant tous ces objets qui altèrent en lui l'idée de la beauté; qu'on ne laisse pas inutiles en ses mains les jouets dont on peut tirer parti pour l'éducation de son esprit ou de son âme. Bannissez des joujoux le luxe et Tostentation coûteuse, malfaisante, ridicule. L'enfant doit s'amuser de ses jouets ; tout est perdu s'il en tire vanité. Les joujoux des enfants ne doivent donner que des plaisirs, tout au plus des leçons; ceux qui donnent des passions, il faut les laisser aux hommes.
» Pour accomplir cette réforme dans les jeux de l'enfance, je ne compte guère sur les parties les plus intéressées: sur l'enfant et sur le marchand. Ils s'entendent comme larrons en foire ; l'un veut acheter, l'autre vendre : que leur importe le reste? Je compte sur le bon sens des mères : ce sont elles
qui devraient s'entendre pour promulguer lu loi somptuaire que je réclamais tout à l'heure. Tout le monde y gagnerait; et, qui sait? après avoir ramené leurs enfants à la simplicité, elles finiraient peut-être elles-mêmes ppr y revenir. »
J.-J. Rousseau :
« Il est bien étrange que, depuis qu'on se mêle d'élever des enfants , on n'ait imaginé d'autre instrument pour les conduire que rémulation, la jalousie, l'envie, la vanité, l'avidité, la vile crainte, toutes les passions propres à corrompre l'âme, même avant que le corps soit formé. A chaque instruction précoce qu'on veut faire entrer dans leur tête, on plante un vice au fond de leur cœur. » ♦
« L'exemple ! l'exemple î sans cela on ne réussit à rien auprès des enfants. »
202 CONCLUSIO^i.
Joubert :
<c On ne remarque pas assez à quel point les mœurs et les humeurs du maître, manifestées par sa physionomie, ont d'influence sur les enfants, et les forment ou les déforment. »
XG
Rivarol :
« Le premier rayon de lumière qui entre dans Tœil d'un enfant, et la première goutte de lait qui tombe sur sa langue , y forment le premier jugement, puisqu'il sent que l'un n'est pas l'autre. »
XGI
ïl faut avoir soin de ne point blaser les enfants sur les divertissements.
« Nos princes,— écrit madame de Main tenon an cardinal de Noailles,— n'ont plus rien de nouveau à voir, parce qu'ils voient tout dans leur enfance. Dès le berceau, on leur prépare leur ennui. »
Herder :
« C'est une preuve de la profonde barbarie dans laquelle nous élevons nos enfants, que de négliger de leur donner, dès leur bas âge, une pro-
fonde impression de la beauté, de l'unifomiité et de la variété, que présente notre terre. »
J.-J. Rousseau :
« Je veux élever Emile à la campagne, loin de la canaille des valets , les derniers des hommes^ après leurs maîtres. »
« Au lieu de le laisser croupir dans l'air usé d'une chambre, qu'on le mène journellement au milieu d'un pré. »
« La lecture est le fléau de l'enfance, et presque la seule occupation qu'on lui sait donner. Â peine à douze ans Emile saura-t-il ce que c'est qu'un