JULIEN
As-tu fait ta lecture?
CAMILLE
Oui... cVst-à-dire non !
C'est dimanche aujourd'hui.
JULIER.
Respect au droit canon.
Mais on peut embrasser son père le dimanche?
CAMILLE
Oh ! oui.
{Elle court à lui et l'embrasse sttr les deux joues.)
jCLiEX, la prenant dans ses bras.
Te voilà belle avec ta robe blanche !
CAMILLE
C'est ma bonne qui m'a coiffée, et pas maman. Parce qu'elle lisait dans un livre.
JULIEN, à part.
Vn roman.
Pour quoi faire lit-elle après qu^elle sait lire?
Ma foi, je serais bien en peine de le dire ;
Car elle a constamment ouvert devant les yeux
Le livre le plus pur et le plus gracieux
Que poète ait jamais tiré de sa cervelle...
Un enfant rose et blanc qui grandit autour d^elle !
— Tu ne me comprends pas, mais cela m'est égal. Va, cher petit roman de mon destin banal,
Ma seule rêverie et ma seule aventure!...
Ce n*est pas moi qui cherche un bonheur en peinture !
Ta présence suffit à verser largement
La gailé dans mon cœur cl raltcndrissement ;
Et la seule cliimère à laquelle je tienne,
C'est de jeter ma vie en litière à la tienne.
cher trésor ! Elle est si belle, qu'on rirait
Si j'osais avouer qu'elle est tout mon portrait !
— M'aimes-tu bien, au moins?
CAMILLE
Oui, bien ! bien !