‹ Le bien et le mal qu'on à dits des enfantsChapitre 5 sur 14 · PREMIÉBE ÉLÉGIE. — LE DÉPART · texte numérisé non relu

PREMIÉBE ÉLÉGIE. — LE DÉPART

Pauvre petit, pars pour la France.

Que te sert mon amour? Je ne possède rien.

On vit heureux ailleurs ; ici, dans la souflfhince.

Pars, mon enfant, c*est pour ton bien.

Tant que mon toit put te suffire, Tant qu^un travail utile à mes bras fut permis, Heureuse et délassée en te voyant sourire.

Jamais on n^eût osé me dire :

Renonce aux baisers de ton fils.

Mais je suis veuve ; on perd sa force avec la joie.

Triste et malade, où recourir ici ?

Où mendier pour toi? Chez des pauvres aussi ! Laisse ta pauvre mère, enfant de la Savoie;

Va, mon enfant, où Dieu Renvoie.

Mais, si loin que tu sois, pense au foyer absent; Avant de le quitter, viens, qaHl nous réunisse.

Une mère bénit son ÛIs en Tembrassant :

Mon fils qu'un baiser te bénisse.

Vois-tu ce grand chêne, là-bas?

Je pourrai jusque-là t'accompagner, j'espère. Quatre ans déjà passés, j'y conduisais ton père;

Mais lui, mon fils, ne revint pas.

Encor, s'il était là pour guider ton enfance, Il m'en coûterait moins de t'éloigner de moi ; Mais tu n'as pas dix ans, et tu pars sans défense. .

Oh ! je vais prier Dieu pour toi !...

Que feras-tu, mon fils, si Dieu ne te seconde. Seul, parmi les méchants, car il en est au monde. Sans ta mère, du moins, pour t'apprendre à souffrir ? Oh ! que n'ai-je du pain, mon filSj pour te nourrir ! Mais Dieu le veut ainsi : nous devons nous soumettre.

Ne pleure pas en me quittant ; Porte au seuil des palais un visage content.

Parfois mon souvenir t'afiligcra peut-être... Pour distraire le riche, il faut chanter pourtant. Chante tant que pour toi la vie est moins amère ; Enfant, prends ta marmotte et ton léger trousseau, Répète, en cheminant, les chansons de ta mère. Quand ta mère chantait autour de ton berceau.

Si ma force première encor m'était donnée.

J'irais, te conduisant moi-même par la main... Mais je n'atteindrais pas la troisième journée ; Il faudrait me laisser bientôt sur ton chemin ; Et moi je veux mourir aux lieux où je suis née. Maintenant, de ta mère entends le dernier vœu :

Souviens-toi, si tu veux que Dieu ne t'abandonne, Que le seul bien du pauvre est le peu qu'on lui donne. Prie, et demande au riche : il donne au nom de Dieu. Ton père le disait. Sois plus heureux : odieu.

Mais le soleil tombait des montagnes prochaines, Et la mère avait dit : II faut nous séparer; EtPenfanl s*en allait à travers les grands chênes, Se lonrnant quelquefois et n'osant pas pleurer.

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