CHAPITRE IX
Nous voyons dans l'Évangile que Jésus propose souvent la guérison du corps comme une image de la guérison de l'âme. Aussi n'est-il point étonnant que les saints suscités spécialement pour rendre aux pécheurs la vie de la grâce aient reçu, en général, comme signe de leur mission le pouvoir de rendre la santé aux malades. Le saint Curé d*Ars ne fut point privé de ce don extraordinaire.
Nous ne ferons point passer sous les yeux des lecteurs les malheureux dont il adoucit ou supprima les maux. Ce cortège ressemblerait à celui qu'on voit défiler dans la vie de tous les thaumaturges. Et puis, on nous demanderait des preuves, et ce n'est pas dans un ouvrage si court que nous pouvons citer ni discuter des témoignages. Nous nous contenterons de dire que des malades sont allés à Ars, et qu'étant revenus chez eux soulagés ou bien portants ils ont obtenu des certificats plus ou moins analogues à celui que délivra, le 9 janvier iSS^, à Mlle M... le docteur OUier, père du grand chirurgien : < Je commençais à désespérer de sa guérison et croyais à une affection incurable de la poitrine, lorsqu'après un
voyage j'ai vu Mlle M... parfaitement guérie. Je déclare ne pouvoir expliquer naturellement cette giiérison. »
Ce qu'il y eut de plus intéressant, d'ailleurs, dans les guérisons dont Ars fut le témoin, ce fut l'humilité parfaite du Bienheureux.
Il adressait toujours les malades à sainte Philomène, leur prescrivant de lui faire une neuvaine, et, bien qu'il priât avec eux, les bénît, leur imposât parfois les mains, il renvoyait à la petite sainte tout l'honneur de la guérison. C'était à elle seule, après Dieu, qu'on devait de la reconnaissance. Il n'admettait pas qu'on lui reconnût à lui-même le don des miracles, et, de peur que la voix publique ne le lui' attribuât malgré lui, il taisait de son mieux les' grâces qu'obtenaient ses prières.
S'il avouait parfois que des guérisons surprenantes avaient eu lieu sous ses regards, c'était seulement quand il s'apercevait qu'on mettait en question le souverain pouvoir de Dieu. Un jour, en juillet 184^, un de ses confrères lui faisant part des discussions qu'avait provoquées le cas d'un malade : « Mon ami, répondit-il, laissons dire les gens du monde. Hélas I comment verraient-ils? Ils sont aveugles. Notre- Seigneur ferait aujourd'hui tous les miracles qu'il a faits en Judée qu'ils n'y croiraient pas. Celui à qui tout pouvoir a été donné n'a pas encore perdu sa puissance. Par exemple, la semaine dernière, un^ pauvre vigneron, de l'autre côté de l'eau*, a apporté sur ses épaules un petit garçon de douze ans, estropié des deux jambes, qui n'avait jamais marché. Ce] brave homme a fait une neuvaine à sainte Philomène