‹ Le bienheureux curé d'ArsChapitre 16 sur 21 · I. Esprit^ catéchisme sur la prière · texte numérisé non relu

I. Esprit^ catéchisme sur la prière

%. Id.^ cat, sur la présence réelle^

^ne certainement il lui tenait lui-même, le langage qu un enfant tient h sa mère quand il a faim, quand il va tomber, ou qu'il a besoin d'une caresse : « Il faut demander souvent, le long du jour, les lumières du Saint-Esprit, répéter souvent : « Mon Dieu ! ayez pitié de moi! i> comme un enfant qui dit à sa mère : € donnez-moi un morceau de pain ; tendez-moi la main ; embrassez-moi » . Il disait encore : a On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là dans le tabernacle ; on lui ouvre son cœur, on se complaît en sa sainte présence : c'est la meilleure des prières, celle-là. »

« On sait que Dieu est là. » Ayant cette certitude à un degré extraordinaire, il conversait avec Dieu aussi naturellement que s'il Teût vu de ses yeux, que s'il eût pu le toucher de ses mains, que s'il eût été sûr de recevoir ses réponses. C'est ce qu'il expliqua, un jour, en un mot bref et saisissant, à une personne qui l'avait entendu discourir sur la foi et qui lui demandait : « Qu'est-ce donc que la foi? » Il répondit : « La foi, c'est quand on parle à Dieu comme à un homme. »

Ce sentiment de la présence divine était chez lui particulièrement vif quand il se trouvait à l'église. « Avant qu'il y eût tant de monde, rapporte Catherine dans ses notes, il lisait toujours son office à genoux, prosterné sur le pavé du chœur, sans aucun point d'appui ; souvent il faisait des pauses et regardait le tabernacle avec des yeux où se peignait une joie si vive qu'on aurait pu croire qu'il voyait Notre- Seigneur. Lorsque le Saint-Sacrement est exposé, il ne s'asseoit pas, excepté quand il y a quelque prêtre étranger, pour ne pas faire autrement que lui. Alors, il se tourne du côté de l'autel avec un sourire exta*

tique. Un de ses confrères, le surprenant, un jour, dans cette attitude, porta instinctivement ses regards vers le tabernacle comme s'il avait dû voir quelque chose. »

Lorsqu'il prêchait de Tautel, ses yeux ne rencontraient jamais le tabernacle sans qu'il fût pris d'un saisissement qui lui enlevait presque la respiration. Il ne parlait jamais de la messe sans être ému jusqu'aux larmes. « Ah! voyez-vous mon ami, disait-il à un séminariste qu'il entretenait de la grandeur du sacerdoce, je le porte à droite, il reste à droite ; je le porte à gauche, il reste à gauche. On ne comprendra le bonheur qu'il y a à dire la messe qu< dans le ciel. »

Quand on croit d'une foi si ferme que Dieu esi toujours là devant vous, l'oraison devient nécessairement continuelle pour répondre aux besoins di cœur et, si douloureuses que puissent être le épreuves où l'existence se débat, la vie intérieur! offre, au moins par moments, des consolations qui convertissent en joies toutes les souffrances. Citons encore les catéchismes ; car, dans la pénurie des confidences directes que M. Vianney a faites sur luimême, quelle ressource avons-nous que de cherche] dans sa prédication les paroles où l'on reconnaît à j< ne sais quoi de vibrant qu'il se raconte et se décri à son insu? Il disait donc :

« La vie intérieure est un bain d'amour dans lequel l'âme se plonge.... Elle est comme noyée dans

l'amour Dieu tient l'homme intérieur comme une

mère tient la tête de son enfant dans ses mains pour le couvrir de baisers et de caresses. Je pense souvent à la joie des apôtres quand ils revirent Notre-Seigneur La séparation avait été si cruelle ! Notre-Seigneur les

aimait tant ! Il était si bon avec eux ! Il est à présumer qu'il les embrassa en leur disant : La paix soit avec fous! C'est ainsi qu'il embrasse notre âme quand nous prions. Il nous dit encore : La paix soit zçec vous! »

c Quand on fait la sainte communion, disait un autre jour M. Vianney, on sent quelque chose d'extraordinaire, un bien-être qui parcourt tout le corps et se répand jusqu'aux extrémités Qu'est-ce que ce bien-être? C'est Notre-Seigneur qui se communique à toutes les parties de notre corps et les fait tressaillir Nous sommes obligés de dire comme saint Jean • Cest le Seigneur. »

En dehors de ces joies intérieures, fut-il favorisé de grâces moins ordinaires? Fut-il, comme saint Paul, transporté en esprit au troisième ciel ? Reçut-il d'augustes visites?

On sait, par une confidence faite à Catherine Lassagne, qu'il se sentit une fois impérieusement averti de son devoir, sans qu'il pût s'expliquer comment «et ordre lui était transmis. € Je ne sais pas si c'est réellement une voix que j'ai entendue ou si c'est un rêve, mais, quoiqu'il en soit, cela m'a réveillé. Cette \oix m'a dit qu'arracher une âme do péché était plus agiéable au bou Dieu que tous les sacrifices. J'étais alors dans toutes mes résolutions de pénitence. » — « Nous avons pensé, ajoute Catherine après avoir rapporté ce propos, qu'il avait peut-être résolu de se livrer à quelque grande austérité qui aurait altéré ses forces et que Dieu, par cette voix extraordinaire, aura cherché à l'en détourner. *

On sait, par une autre confidence faite à l'abbé Monnin, qu'il fut une fois dans ses tristenses mystérieusement consolé : « Il y a deux mois environ, lui

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dit-il un jour, je ne dormais pas, j'étais assis sur mon lit, pleurant mes pauvres péchés, j'ai entendu une voix bien douce qui murmurait à mon oreille : In te. Domine, sperasfi^ non confundar in eternum. Cela m'a un peu encouragé ; mais comme le trouble subsistait encore, la même voix a repris plus distinctement : In te. Domine, speraui. » Ses yeux, cependant, ne virent rien et il déclara à son interlocuteur qu'il ne savait pas qui lui avait parlé si doucement.

L'abbé Toccanier reçut une confidence moins explicite, mais qui fait supposer des faveuri plus j rares, c Le a novembre i856, rapporte-t-il dans sa déposition, M. le curé, en parlant des fondations qu'il venait de faire, m'avouait en présence des frères de la Sainte Famille que pendant la nuit il tourmentait ses bons saints. « Vous priez encore la nuit, monsieur le curé? » lui dis-je. — « C'est quand je me réveille. Je suis vieux maintenant. Je n'ai pas beaucoup de temps à vivre, il faut profiter de tous les moments. » — « Vous couchez sur la dure et vous ne dormez pas beaucoup. » Avec un air pénétré, il m'a répondu : « On nest pas toujours couché sur la dure. 9 Quelques instants après je lui disais : « Monsieur le curé, vraiment le bon Dieu par ces fondations fait voir clairement qu'il vous veut ici. » — • Il y a bien autre chose, »

Quels étaient ces autres signes par où Dieu lui avait manifesté qu'il était content de ses services? Faisait-il allusion à une apparition de sainte Philomène, qu'il raconta un jour en termes très discrets à Catherine Lassagne ? Qu'avait-il vu ou entendu dont le souvenir l'émouvait si fortement ? Il en a gardé le secret; car, lisant dans les yeux de son missionnaire une trop vive curiosité, il se repentit d'en avoir dit

autant et n'en dit pas davantage, ni ce jour-là, ni aucun autre jour.

De cette confidence incomplète on peut conclure qu'il eut sans doute parfois ici-bas un avant-goût du bonheur céleste. Il n'en fut que plus impatient de quitter la terre, où il prétendait qu' « un bon chrétien ne doit pas pouvoir se souffrir » , mais doit « toujours languir » ; sentiment qu'il expliquait un jour par une comparaison familière, Tune des plus caractéristiques que l'on puisse citer de sa manière de prêcher : « Si un petit enfant était là, dans l'église, et que sa mère fût à la tribune, il lui tendrait ses petites mains, et s'il ne pouvait monter l'escalier qui y conduit il se ferait aider et n'aurait de repos que lorsqu'il serait dans les bras de sa mère. »

Malgré l'ardeur de son affection pour Celui qu'il comparait ainsi à une mère, lui-même languit longtemps ici-bas. Longtemps il tendit en haut, avant que son appel fût entendu, ses mains qui étaient toujours restées aussi innocentes qu'elles l'étaient quand, tout petit enfant, il se cachait pour prier dans l'étable de son père. Ce fut seulement lorsque la vieillesse allait commencer à le rendre incapable de travailler au salut des pécheurs qu'il fut invité à monter l'escalier céleste. Depuis plus de deux mois il était entré alors dans la 74^ année de son âge et depuis près de six mois dans la 42* de son apostolat dans les Dombes.

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