‹ Le bienheureux Raymond de CapoueChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Estime et bienveillance des Souverains Pontifes pour Raymond. — Appui et faveurs qu'ils lui accordent.

Les liens aussi doux que forts entre les Frères-Prêcheurs et le Papauté remontent aux premiers jours de l'Ordre. Autant ils étaient filials et dévoués de la part de Dominique et de ses premiers compagnons , autant ils étaient paternels et bienfaisants de la part des successeurs de Pierre; on le voit par tous les actes d'Innocent m, d'Honorius III, et de Grégoire IX. Celui-ci disait devant les cardinaux : « Je doute de la sainteté de Dominique autant que de celle de Pierre » , et dans la Bulle de canonisation du saint Patriarche, il semble se vanter d'avoir été son intime, comme s'il y avait là pour lui, devant l'Eglise, une gloire et une joie. C'est que ces grands Pontifes, et de même ceux qui suivirent, voyaient dans l'œuvre de Dominique, pourvu que ses fils travaillassent à la maintenir intégralement, un secours précieux pour l'Eglise, comme défense de la pureté de la doctrine, par le caractère catégorique de leur enseignement, et comme soutien de la pureté et de

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la vigueur des mœurs chrétiennes, par la simplicité, l'austérité et la sainteté de leur observances.

Sous ce rapport du dévouement à la Papauté, Raymond dépassa peut-être son saint Patriarche, non par la perfection des dispositions intimes, mais dans l'ordre des faits, par suite des circonstances. Il y eut des jours où il était presque l'unique soutien d'Urbain VI, qui l'appela sa tête, ses yeux, sa bouche, sa langue, ses mains et ses pieds \ Aussi il le faisait manger à sa table, lui découvrait ses peines, lui demandait conseil et lui confiait la rédaction d'actes importants.

« Certains prélats et d'éminents personnages s'efforcèrent, sous Boniface IX, de faire donner à un autre Ordre religieux la charge de Maître du Sacré Palais, mais grâce à l'estime dont jouissait Raymond, les menées échouèrent; et comme celui-ci n'avait alors à sa disposition aucun sujet apte à cet office, le Pape voulut que lui-même le remplît provisoirement, ce qui fut fait ; et les cardinaux, ou autres prélats, l'entendaient volontiers car il avait une science profonde et claire » ^

On dit même, et certains tableaux le donnent à supposer, que le Pape voulait le faire Cardinal. Il refusa, non par pusillanimité et par crainte des dangers inhérents alors à cette haute position ,

1 « L'rbanns VI ipsum appellat ic7ierrvne siiuni capiit, oculos, os, Itnguaftt, manus ac pedes suos ». (Altamura biblioth. Dominic. — Piô, Uoniini illustri, et multi alii).

2 B. Raym.. Opusc. pag. 62.

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comme on le raconte d'autres personnages, mais par une humilité sincère. Il voulait être le premier à la peine, le dernier à l'honneur.

La bienveillance et la gratitude même du Souverain Pontife Urbain VI pour Raymond s'étaient déjà manifestées par le passé, quand il lui disait dans divers Brefs: « Nous avons spéciale confiance, grâce au Seigneur, dans ta fidélité, ta prudence, et tes autres vertus » ; et encore : « Ta discrétion nous a été louablement prouvée dans des affaires multiples et ardues ». Depuis l'élévation de Raymond au Généralat, cette confiance d'Urbain VI , et après lui de Boniface IX, se manifesta dans tous les Diplômes Pontificaux qui lui furent adressés pour soutenir son œuvre de restauration religieuse. Leur simple nomenclature, sans commentaires, est la plus éloquente des démonstrations.

A peine Raymond a-t-il été promu au Généralat, qu'Urbain VI qui l'avait déjà nommé son pénitencier ' et l'avait chargé de diverses missions, lui montre combien il se réjouit de l'avoir près de lui comme membre de la Cour Pontificale et conseiller intime. Le i" avril 1381, sûr de son zèle pour l'intégrité de la foi, il lui donne la faculté

I « Raymundum de Capua Ordinis Fratrum Praedicatorum pi-okssorem poenùenltarium nostrum, tuae serenitati destinamus », est-il dit dans le Bref du 21 novembre 1378, à Charles V. — Il ne s'agit pas de l'office actuel de Grand-Pénitencier, qui est une dignité cardinalice ; mais c'était toujours une charge insigne, conférant de grands pouvoirs et montrant la pleine confiance du Pape.

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d'instituer des Inquisiteurs en Arménie, en Géorgie, en Grèce, en Tartarie, en Russie et en Valachie.

Deux jours après, il soumet pleinement à son obéissance tous les missionnaires appelés I^rères-imis, ancienne branche de moines Basiliens d'Arménie ralliés à l'Ordre des Frères-Prêcheurs, mais montrant des tendances à l'insoumission et au séparatisme.

Toujours en avril, il accorde certains Induits aux Frères-Prêcheurs qui voyagent dans le but de favoriser les missions.

En 1384, le même Pape leur concède diverses fav^eurs, à cause du zèle déployé pour l'extinction du schisme. — Sous son Pontificat 1' Ordre fournit 3 Cardinaux, 5 Archevêques, 45 Evêques et 6 Légats Apostoliques.

Le 6 janvier 1389, Urbain VI confie à la discrétion de Raymond l'affaire de certains juifs qui, non seulement se protestaient désireux d'embrasser la vraie foi, mais offraient des subsides pour la croisade ou autres besoins de l'Eglise; leur générosité étant suspecte, Raymond devait les examiner.

En novembre, par autorité de Boniface IX qui a succédé à Urbain VI, Raymond nomme des Inquisiteurs pour la Tartarie.

Cette même année, conformément aux vœux de Raymond, Boniface IX publie le Décret établissant, pour toute la catholicité , la fête de la Visitation, déjà instituée en principe par Urbain VI.

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Le 9 janvier 1391, il confirme, par Bref, l'ordonnance de Raymond pour l'établissement de la Réforme,

Le 1 1 février, il donne plein pouvoir à Raymond de créer un Maître en Théologie.

Le 5 mars, il accorde des indulgences pour le prochain Chapitre Général de Ferrare.

Le i" juin, il charge Raymond de rétablir la paix dans l'Italie septentrionale, mission qui ne peut être mise à exécution que l'année suivante, quand le Maître Général se rend à Gènes.

Le 1 5 juillet paraît à Florence un Bref de Boniface IX qui comble de privilèges et d'éloges les Frères-Prècheurs, disant « qu'ils brillent dans l'Eglise par de multiples splendeurs, que le bruit de leur prédication s'est répandue en divers climats, et que, comme ils courent bien dans la carrière, il veut qu'on ne les arrête en rien ».

En 1393, le 20 janvier, en date de Pérouse, est publié un autre Bref en faveur des Sœurs dominicaines récemment fondées à Venise et pleines d'ardeur pour la régularité.

Le 13 octobre, le Pape déclare que les Frères- Prêcheurs retenus près de lui comme chapelains doivent s'astreindre aussi bien que les autres au joug de la discipline régulière.

Le 1 7 novembre, il nomme Raymond Nonce en Sicile et confirme cette institution le i 7 février suivant.

Le i" décembre, par un nouveau Bref, il

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confirme la Réforme, qui est en pleine voie d'exécution.

En 1394, le 1 2 août, Boniface IX sépare la Province de Dalmatie de celle de Hongrie.

En octobre , il confie à Jean Dominici de Gubbio le mandat de résister aux Turcs et aux autres infidèles répandus en Autriche et dans les régions voisines.

Le 9 novembre, il adresse à Raymond un Bref pour l'institution 7710^71 proprio d'un Provincial dans la Province de Dalmatie. Celle-ci avait été formée, au Chapitre Général de Carcassonne en 1378, avec une partie de la Province de Hongrie; on craignait des oppositions de la part du pouvoir séculier, c'est pourquoi l'autorité pontificale ajoutait le poids de sa sanction.

Cette même année, Boniface voit de nombreux Dominicains souftVir pour la cause de l'Eglise et compatit à leurs maux. (V. Fontana).

Toujours en 1395, le 22 juin, le monastère des Bénédictines d'Alifa, Terre de Labour, sur le Volturne, étant réduit à quatre Sœurs, le Pape le supprime pour que l'Evêque y mette un couvent de Frères-Prêcheurs.

Le 29 janvier 1397, Boniface IX accorde des indulgences à tous ceux qui s'emploieront à délivrer certains missionnaires dominicains prisonniers des Sarrasins à Tunis ; parmi eux est le P. Jean de Francfort, insigne prédicateur. L'Ordre étant trop pauvre pour suffire à leur rançon , le

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Pape tâche d' intéresser en leur faveur la pitié des fidèles, et il renouvellera cet appel le i*^^" octobre 1398.

Le 9 avril, il défend de rien changer, dans le Chapitre Général imminent, aux Décrets de Raymond sur l'observance, et les sanctionne de nouveau. Il confirme aussi Jean Dominici comme \'icaire ad nutiim des maisons réform.ées.

Le II novembre, il accorde à Raymond d'instituer par autorité pontificale un Provincial en Anoleterre.

Le même jour, il députe un grand nombre de Frères pour évangéliser l'Arménie , en leur accordant divers privilèges.

Le 6 décembre, sur les instance de Raymond, il menace de châtiments sévères les Sœurs du couvent de sainte Catherine de Colmar qui, sorties indûment de la clôture , non seulement ne voulaient pas y rentrer, mais prétendaient qu'on leur renvoyât leurs dots.

Le 25 mars 1398, Raymond est autorisé à fonder un couvent en Grèce, et un autre dans la Pouille.

Le 1 9 mars, Boniface IX confirme et sanctionne l'établissement de la parfaite clôture chez les Sœurs de Venise, puis en juin chez les Sœurs de Nuremberg et de Rottembourg.

Le i'^'' août, il lance un Bref en faveur de Jean de Rubeis, vicaire de Raymond dans les pays infidèles.

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Le 28 mars 1402, quand hélas ! Raymond sera déjà dans la tombe, Boniface, avec une vigilance vraiment Apostolique, prendra soin qu'il se survive dans son Œuvre et que défunt il parle encore. C'est pourquoi il adressera un Bref aux Pères du Chapitre Général convoqué à Udine (et où sera élu pour Maître Général Thomas de Fermo) ', afin de louer, d'approuver, de mettre à l'abri de toute réaction l'observance réo-ulière. Les termes du Bref sont mémorables :

« Nous savons que Raymond, Maître Général de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, enflammé du zèle d'une pieuse dévotion, et désireux de voir observées intégralement les Institutions du B, Dominique, a édicté pour la réforme régulière, pour la discipline de son Ordre et aussi pour la clôture des Sœurs qui vivent sous vos soins, plusieurs Ordinations salutaires confirmées par Notre Autorité Apostolique. Nous donc, désirant de tous nos vœux que cette œuvre de la Réforme,. si pieuse, si recommandable, si agréable à Dieu, louablement commencée et heureusement continuée en divers lieux, arrive à sa perfection. Nous vous prescrivons à tous, ainsi qu'au Maître Général que vous êtes sur le point d'élire, de ne rien attenter dans votre Chapitre, ni publiquement, ni secrète-

I Thomas de Fermo est qualifié dans la Chronique des Constitutions de Vz'r suinmae prudentiae et in Regulari observantia enutritus. Il tint un Chapitre Général à Nuremberg en 141 5, et put ainsi prier sur la tombe du B. Raymond pour solliciter le maintien et la propagation de son esprit.

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ment, ni directement, ni indirectement, ni actuellement, ni dans" l'avenir, sous quelque prétexte que ce soit, qui soit contraire à l'œuvre susdite de la Réforme, ou la retarde, ou y apporte des changements et des innovations , et • Nous entendons que vous n'ayez jamais la présomption de molester, en quoi que ce soit, ceux qui observent ces mêmes Constitutions. ^^lontrez au contraire pour l'exécution de ces choses une telle diligence et un tel empressement, que la promptitude de votre obéissance vous rende recommandables à Xous et au Saint-Siège. Donné à Saint Pierre de Rome le 28 mars 1401 » '.

I Cum itaque, sicut Xobis innotuit, dudum bonae memoriae Raymundus, dicti Ordinis Magister Generalis, zelo piae devotionis accensus, cupiens regularem observantiam ipsius Ordinis seciindum Instituta B. Dominici, et iuxta tenorem Constitutionum eiusdem Ordinis, integraliter observari, nonnuUa salubria ordinationes, et statuta pro reformatione regulari, et disciplina ipsius Ordinis, etiam circa clausurani Monasteriorum IMonialium sub cura vestra viventium, duxerit edenda, quae omnia par nos fuerunt auctoritate Apostolica confirmata : Nos huiusmodi tam pium, tamque commendabile, atque Dec gratum opus Reformationis huiusmodi sic provide sicque laudabiliter inchoatum, et in diversis locis féliciter continuatum, eiusque optatam perfectionem, praecipuis desideriis affectantes, vobis, omnibus et singulis, necnon Magistro per vos eligendo, ac universis et singulis Prioribus Provincialibus, et aliis Praesidentibus praefati Ordinis cuiuscunque status, dignitatis, gradus, ordinis, vel conditionis extiterint, vestrisque et eorum Capitulo in festo Pentecostes proxime futuro. in posterum celebrando, districte vobis auctoritate praedicta, tenore praesentium, inhibemus, ne in praedicto Capitulo publiée, vel occulte, directe, vel indirecte, quovis quaesito colore, nunc, vel in futurum, contra huiusmodi opus Reformationis aliquid attentare, aut qno eius executio impediri, seu retardari possit, quidquam immutare, seu in-

Le B. Raymond de Cupoiid. — Chapitre X.

novare , aiit personas Constitutiones praedictas observantes , in aliquo contra Constitutiones dicti Ordinis molestare praesumatis, aut praesumant,... Sic igitur in praemissis vos diligentes exhibeatis, et etiam studiosos, quod apud Nos et Sedem Apostolicam, de obedientae promptitudine merito valeatis commendari. Datum etc.

Armoiries de Boiiiface IX.

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