‹ Le bienheureux Raymond de CapoueChapitre 16 sur 27 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Raymond travaille à la prospérité du Tiers-Ordre.

Le B. Raymond, en étudiant les annales dominicaines, avait pu se rendre compte du rôle important assigné par la Providence au Tiers-Ordre. Sous sa forme primitive de Milice de Jésus-Christ, ses membres, sorte de Croisés, avaient noblement servi à protéger contre l'usurpation violente les possessions de l'Eglise: temples, presbytères, écoles, asiles de malades etc. Ce concours militaire était justice envers Dieu, le grand Roi, le Maître des princes et des peuples ; c'était piété envers les fidèles, surtout les pauvres et les faibles, ses premiers protégés. Raymond se rappelait à cet égard le dire de sainte Catherine, que les propriétés et les biens temporels de r Eglise n ont pas été acquis à moindre prix qiCà cehii du sang dit. Verbe, Fils Uniqîie de Dieu; d'où son désir, elle, douce et timide vierge, de voir s'organiser une croisade en faveur de la Terre-Sainte. « Car, disait elle à Grégoire XI, si vous entreprenez cette guerre sainte, Bienheureux Père, vous ferez plusieurs choses excellentes à la fois; vous donnerez la paix aux

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fidèles qui la demandent; s'ils remportent quelque victoire, vous pourrez agir ensuite pour le bien des princes chrétiens; s'ils succombent, vous aurez procuré le salut de leurs âmes; et, en outre, plusieurs infidèles pourront se convertir » .

Sous sa deuxième forme de Tiers-Ordre de la pénitence, l'ancienne Milice fit mieux encore ; elle mit largement en communion avec le Grand Ordre les fidèles désireux de la sainteté mais enchaînés au siècle; et réciproquement elle offrit au Grand Ordre, en la personne de ces religieux dit dehors, des coopérateurs excellemment doués pour faire arriver jusqu'au indifférents et aux mondains sa doctrine, sa spiritualité, ses dévotions, toutes les nuances et toutes les ressources de son apostolat, par l'assistance des pauvres, le soin des malades, l'enseignement du catéchisme, et par l'attrait de la perfection chrétienne suscité dans les cœurs le plus endormis.

Persuadé de ces choses par ses études historiques, Raymond les comprit plus clairement dans le livre de l'expérience. Il connaissait par renommée deux saintes Tertiaires, qui alors répandaient au loin les lumières et les douces influences de l'esprit de Saint-Dominique, la B. Marguerite de Castello et la B. Sybilline, aveugles toutes deux, mais travaillant au bien sans relâche, Sybilline par les exhortations faites de la fenêtre de son ermitage, Marguerite en attirant à elle les enfants, qu'elle animait à se montrer pieux et studieux. Mais sur-

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Le B. Raymond est présent en esprit.

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tout il avait vu, de ses yeux mêmes, à Sienne, les compagnes de Catherine appelées Mantelées, donner à toute la cité l'exemple des plus solides et des plus apostoliques vertus. La peste de 1374 les avait, il est vrai, terriblement frappées, les réduisant d'une centaine à cinquante ; mais parmi les survivantes on comptait des âmes d'élite, comme sœur Francesca, veuve, dont les deux fils entrés dans l'Ordre moururent de la peste, Lisa, belle-sœur de Catherine, qui se trouvait à Pise avec Raymond quand la Sainte reçut les Stigmates, et Alessia, veuve aussi, qui eut la consolation de tenir entre ses bras Catherine expirante. Elle laissa une telle réputation de vertu, que dans le grand tableau du Transito de sainte Catherine (où le peintre Gambarelli a mis Raymond comme assistant en esprit) , on la voit le crucifix en main comme un apôtre, et la tête ornée de rayons. Notre Bienheureux la retrouva à Rome quand il y revint, après sa promotion au Généralat; mais après qu'elle eut exercé quelque temps parmi ses compagnes l'ofiîce de Prieure, elle alla rejoindre Catherine dans la patrie.

Les autres tertiaires de cette famille si unie, placées désormais doublement sous la direction de Raymond, en vertu du commandement de Catherine, et parce qu'il était Général de l'Ordre, restèrent ensemble, iormant une Cono-réo-ation fervente, via S. Chiara , d'où elles pouvaient venir suivre plus facilement les offices de la Minerve et

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vénérer le tombeau de leur Mère. Leur nombre s'accrut même à tel point, par l'entrée de pieuses dames et demoiselles de qualité, que la maison antique devint incapable de les contenir, de sorte qu'elles achetèrent un local à la montée dite Magnanapoli , où étaient autrefois les bains de Paul-Emile.

Sous Grégoire XIII, leur Congrégation se trouvait tellement exercée aux observances et pénétrée de l'esprit des Sœurs cloîtrées, qu'elle se transforma comme naturellement en un vrai monastère. L'organisatrice fut la mère Maria Vittoria Massimi, accordée à cette fin par le monastère de Sainte-Lucie de Florence.

Raymond, en gouvernant cette fervente Congrégation encore à l'état de Tiers-Ordre séculier, comprit mieux que jamais le bien immense que peuvent faire des tertiaires à la formation sérieuse , pour mettre en honneur dans le monde l'esprit de pénitence, de discrétion dans le langage, de charité vraie, de patience dans les épreuves, de religieuse fidélité aux devoirs domestiques. Il pensa donc à user de ses pouvoirs de Maître Général pour procurer l'érection- de quelque autre Fraternité qui propageât les vertus contemplées par lui, d'abord à Sienne, puis à Rome; et jetant les yeux sur Venise, il adressa à Jean Dominici et à Caffarini cette lettre :

« Je désire et j'ambitionne que notre Ordre croisse et se dilate de bien en mieux, non seu-

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lement quant aux Frères et aux Sœurs cloîtrés, mais aussi quant aux Frères et aux Sœurs de la Pénitence du Bienheureux Dominique, pour ce qui regarde le nombre, le mérite, et l'acquisition de lieux bien disposés ; et je le désire particulièrement dans la fameuse ville de Venise, afin d'y procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, fins pour lesquelles notre Ordre a été principalement institué. Connaissant donc l'excellence de votre zèle et ayant en vous entière confiance, je vous accorde ma pleine autorité pour pouvoir établir ladite Religion des Frères et des Sœurs de la Pénitence du Bienheureux Dominique, la diriger et la gouverner, en admettant selon votre discrétion les dames que vous trouverez dignes de l'habit, leur préposant des Prieures et Sous-prieures, leur tenant les Chapitres, instituant en votre absence un Vicaire, faisant enfin à leur égard tout ce que je pourrais faire si j'étais présent. Et sache quiconque verra les présentes Lettres, qu'outre les motifs énoncés plus haut, c'est aussi en vue de la Bienheureuse Catherine de Sienne, ma Mère et ma maîtresse, agrégée aux dites Sœurs de la Pénitence du Bienheureux Dominique, que je désire voir établie une Congrégation de ces Sœurs, et cela non seulement à Venise mais partout. Qu'aucun de mes inférieurs n'ose donc vous entraver dans cette entreprise. En foi de quoi j'ai muni de mes sceaux ces Lettres Patentes » (mcccxcvi). La fondation se fit en effet, et ses fruits, sous

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la direction d'hommes aussi pénétrés de l'esprit du saint patriarche Dominique que l'étaient Jean Dominici et Thomas Caffarini, correspondirent à merveille aux espérances de Raymond ; on peut en juger par un seul exemple.

Sœur ^larie de Venise, de la noble famille des Storioni, riche, belle, mais vaniteuse, avait été mariée à 14 ans au noble vénitien Giovannino délia Plaza, qui l'abandonna presque aussitôt et alla prendre part à la guerre allumée entre le seigneur de Mantoue et le duc de Milan. Marie avait son palais près de l'église des Frères-Prêcheurs dédiée aux saints Jean et Paul ; elle s'y rend dans sa désolation, y prie, s'y sent éclairée, y revient par attrait, et à 16 ans la voilà convertie jusqu'au fond de râm^e. Son premier soin est de faire une confession générale à Thomas Caffarini; puis, à peine de retour à la maison, elle met en pièces tous ses ornements de vanité, et peu après elle obtient d'être reçue tertiaire, aux premières Vêpres de St Pierre et de St Paul.

Dès lors elle se distingua par un certain transport pour entendre la parole de Dieu, disposant si bien d'avance à cette fin ses occupations domestiques, surtout le soin de son père atteint de la podagre, que rien n'en souffrait. Et les historiens font observer que cet attrait ne venait pas de la curiosité, comme il arrive souvent aux personnes de cet âge, mais du désir sérieux de connaître la volonté de Dieu et les moyens de bien

Propa^alion du Tiers-Ordre.

l'accomplir. Aussi les sermons lui servaient-ils ensuite pour en conférer à loisir dans son cœur et faire de sérieux examens de conscience. A l'église, elle était très recueillie et silencieuse , et quoiqu'elle aimât tous les religieux comme des frères, à peine dans toute sa vie parla-t-elle deux ou trois fois à d'autres qu' à son Père spirituel, Thomas Caffarini , et cela seulement au confessionnal. I^iais, dès qu'il y avait besoin de seconder le ministère apostolique de cet homme de Dieu, elle était là, sacrifiant sa retraite et employant au bien toutes ses industries, toutes ses belles qualités natives, rehaussées par le prestige de ses vertus. C'est ainsi qu'un certain André Naddini, homme de vie détestable, se trouvant à l'extrémité et résistant à Caffarini qui faisait tout pour le convertir, céda aux prières de Marie et fit une fin admirable : le Sauveur Jésus avait daigné lui apparaître, amollir son cœur et lui inspirer les sentiments de la contrition la plus vive. Cette tertiaire admirable mourut à vingt ans, la même année que le Bienheureux Raymond, mais quelques mois avant lui. Après sa mort, elle opéra plusieurs miracles et continua dans le ciel à prier pour l'Ordre, surtout pour les religieux du couvent où elle avait reçu tant de grâces ; aussi plusieurs éprouverent-ils les effets manifestes de son assistance.

Notons, en finissant ce chapitre, que le Tiers- Ordre, si bien remis en honneur par Raymond,

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fleurit ensuite après sa mort jusque dans sa propre famille. Car on raconte qu'en 1501, quand César Borgia fit le siège de Capoue, Ursule Catherine Des Vignes, qui s'était faite tertiaire de S. Dominique par dévotion à son Bienheureux parent, se voyant poursuivie par des soldats licencieux , se précipita dans une citerne , pour sauver sa virginité qu'elle avait vouée au Seigneur. [Proc. B. Rayin. pag. 47).

Sceau perscnncl et monogramme du B. Raymond.

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