‹ Le bienheureux Raymond de CapoueChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le B. Raymond prieur de la Minerve. — Election d'Urbain VI. Déposition juridique de Raymond sur le Conclave. — Efforts pour conjurer le schisme.

L'application du grand serviteur de Dieu au service de l'Eglise, alors si affligée, ne l'empêchait pas de travailler au bien de son Ordre. Son zèle pour l'observance régulière le distinguait en toute occasion; et ayant été réélu, en 1377, Prieur de la Minerve à Rome, charge qu'il avait déjà exercée en 1367, il fit progresser partout dans cette importante maison l' esprit de notre bienheureux patriarche Dominique, avec une prudence et une sagesse qui lui attirèrent l'estime et l'affection de tous les religieux.

Grégoire XI fut ravi de retrouver près de lui un homme si plein de l'esprit de Dieu et dont les exhortations avaient été si puissantes sur son cœur, à Avignon, pour l'exécution du dessein qu'il venait de conduire à bonne fin ; aussi, lui témoigna-t-il toujours la plus singulière vénération, et lui confia-t-il sur le champ diverses affaires qui démontraient sa profonde estime pour la vertu et l'habileté de l'homme de Dieu.

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Cependant, les Florentins persistant avec opiniâtreté dans leur sacrilège révolte, toute l'Italie gémissait des malheurs qui accompagnent la guerre, et quelques seigneurs de Florence, venus à Rome afin d'en délivrer le pa)'s, découvrirent au Bienheureux Raymond de Capoue quelle cause avait fait échouer ses premières négociations, lui demandant de les reprendre. Le Pape informé, et touché au vif des maux de l'Eglise, voulut, dans son amour pour les Florentins que, malgré leur rébellion et leur contumace, il chérissait toujours de la plus tendre affection, essa)er de l'ascendant de sainte Catherine de Sienne. Il la fit donc venir à Rome, d'où il l'envoya à Florence afin de traiter de la paix. La servante de Dieu entreprit sans balancer ce nouveau voyage et agit sur les esprits avec une patience, une sagesse, un tact admirables, pour les disposer à cette paix tant désirée. Ce ne fut pas sans avoir à souffrir d'incro)'ables persécutions ; et. par une lettre datée de Vallombreuse, elle en informa Raymond. Enfin en juillet 1378. à leur grande et commune consolation, la paix était conclue.

L'Eglise, cependant, ne jouit pas longtemps de ce bienfait et se vit bientôt agitée par des divisions encore plus fâcheuses. Le Pape Grégoire XI étant mort à Rome le 27 mars 13 78, les cardinaux au nombre de seize se réunirent en conclave pour lui donner un successeur ; mais, comme chacun souhaitait un Pape de sa nation, ils se trou-

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vèrent partagés en diverses factions. Les quatre italiens réclamaient un Pape romain, et le peuple de Rome entrant vivement dans ces sentiments faisait beaucoup de bruit pour les soutenir ; il craignait que, si un français était élu, il ne transférât encore sa résidence à Avignon, où elle avait été pendant soixante-dix ans , et qu' ainsi Rome et l'Italie ne fussent de nouveau exposées à tous les maux dont à peine on venait d'obtenir la guérison. Les autres cardinaux , tous français , animés de dispositions opposées, prétendaient faire élire un Pape de leur nation, comme cela avait lieu depuis longtemps, et n'omettaient rien pour y réussir.

Par suite de ces circonstances et de l'attachement opiniâtre de quelques-uns à leurs intérêts personiîels, l'élection du Pape resta assez longtemps en suspens. Les assemblées pourtant continuaient de se tenir, et enfin, le 9 avril 1378, par une sorte de compromis entre les deux partis extrêmes, on élut un napolitain, Barthélémy Batillo, que Raymond avait connu en France, et qui fut couronné sous le nom d'Urbain VI. Il fut d'abord reconnu et adoré comme Pape légitime et successeur de saint Pierre ; mais ayant voulu, dès les premiers jours de son pontificat , rendre à l'Eglise romaine sa première beauté et réformer divers abus en plusieurs personnages dont l'ambition , le luxe et la simonie elle-même n' étaient , assure-t-on, que trop invétérés, ce zèle suscita contre lui bien des haines. Aussi, tout en

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rendant hommage à la pureté de ses intentions et à cet amour passionné de la gloire divine qui le portait à réprimer des désordres criants, les narrateurs de ces événements lui reprochent d'avoir manqué de mesure et de n'avoir pas apporté la discrétion et la douceur nécessaires dans une entreprise en soi si juste et si raisonnable, mais si ardue. Sainte Catherine de Sienne elle-même lui adressa, dans ce sens, les réflexions les plus judicieuses, les prières les plus humbles et les plus vives, prévoyant le mal que trop de raideur pourrait produire, surtout dans l'état actuel des esprits et des choses.

Quoi qu'il en soit de ce reproche, il est certain que ce fut là l'occasion du schisme lamentable qui, pendant quarante ans environ, désola l'Eglise de Dieu. En effet, certains hauts personnages dont la délicatesse ne pouvait s'accommoder de cette réforme s'éloignèrent peu à peu du Pontife, qui fut bientôt abandonné de tout le Sacré- Collège, à l'exception du seul cardinal de Saint- Pierre, enlevé peu après par la mort. Une fois engagés dans cette voie, les dissidents n'hésitèrent plus à poursuivre leur entreprise. Ils protestèrent tout d'abord que, le peuple romain les ayant forcés à élire un italien, l'élection d'Urbain VI était nulle par défaut de liberté, et ils sortirent de Rome après avoir déclaré le Saint-Siège vacant. Dès que cette déclaration fut connue dans l'Italie, le comte de Pondi, Honoré Gaétan, extrêmement

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irrité contre Urbain VI qui lui avait ôté le gouvernement de la Campagne de Rome afin de le donner à son ennemi déclaré, Thomas de Saint- Séverin, se hâta de mettre à profit une occasion si favorable de témoigner son vif ressentiment. Il entra donc avec passion dans les vues des cardinaux mécontents, leur procura l'appui de beaucoup de ses parents et amis et leur facilita les moyens de se rendre à Anasfni. Arrivés dans cette ville avec une escorte de soldats bretons, gascons et navarrais, ils signifièrent au pape Urbain VI que, son élection au pontificat ayant été forcée et par conséquent nulle, il eût à se démettre volontairement de là dignité suprême, afin que l'on procédât à une nouvelle élection ; que si la crainte des censures ne le déterminait pas à la soumission, ils sauraient l'y contraindre par d'autres voies. Après cette protestation, ils se rendirent avec le comte Honoré à Fondi où, favorisés encore par la reine Jeanne de Naples, ils déclarèrent déposer le pape Urbain VI, et ils élurent à sa place le 20 septembre 1378 Robert de Genève, cardinal du titre des Douze-Apôtres, qui prit le nom de Clément VII et se rendit peu après à Avignon.

La conduite des cardinaux parut d'abord inconséquente, puisqu'ils ne voulaient plus reconnaître celui qu'ils avaient élu et vénéré comme chef de toute l'Eglise. Mais, dans la suite, les factions grandissant de pa.rt et d'autre, et chacun des deux Pontifes qui se prétendaient le légitime successeur

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de saint Pierre ayant pour soutiens, non pas seulement de puissants princes, mais encore des personnes recommandables par leur science et leur piété, il devint fort difficile de discerner lequel des deux prétendants était le véritable Pape. Il n'en est pas moins hors de doute que les plus vifs opposants furent portés à cette extrémité en grande partie par le désir de secouer le joug d'un homme devenu incommode, à force d'insister pour la répression des désordres. Ce fait ressort clairement d'un écrit authentique du B. Raymond de Capoue, qui était alors à Rome comme prieur du couvent de la Minerve, et qui proteste devant Dieu, avec serment, de l'exactitude avec laquelle il raconte des faits dont il a été le témoin \ Dans cette déclaration du serviteur de Dieu on trouve les points suivants ^ :

1° Trois jours avant d'entrer au conclave, les cardinaux s'étaient déjà librement mis d'accord pour élire l'archevêque de Bari, qui était préposé à la chancellerie. « Sur quoi, dit le Bienheureux, j'avais témoigné ma joie parce que c'était un homme de bien ; quoiqu'il me restât quelque

1 B. Raymundi Capuani, Opusciila et Litterae. Romae, ex Up. de Propaganda Fide, 1S99, pag. 31.

2 En louant le zèle du B. Raymond pour les intérêts du Siège Apostolique, nous n'entendons nullement justifier de tout excès d'autres défenseurs de la même cause, ni incriminer divers hommes de mérite qui soutinrent plus ou moins longtemps le parti adverse, mus par leur zèle pour le bien et jugeant des choses d'après les documents qu'ils avaient à leur portée.

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crainte que, par rapport aux circonstances, il ne fût trop mou et trop complaisant , nimis 7JîoIlis et remisses » .

2° Le cardinal Pierre de Lune, avec lequel Raymond était lié fort étroitement, lui avait déclaré avant le conclave que jamais , quoi qu'il arrivât, il ne donnerait son suffrage qu'à celui qu'il jugerait en conscience être le plus digne , sans nul égard aux prières , ni aux menaces du peuple.

3" Ce même cardinal étant sorti du conclave, le Bienheureux lui rendit visite et lui demanda si rien de fâcheux n'était arrivé ; sur quoi Pierre lui répondit qu'il y avait eu quelque différend entre les soldats gardiens du château Saint-Ange et les habitants de la ville, mais que le tumulte avait peu duré. Et comme Raymond désireux d'aller au fond demandait encore pourquoi on n'avait pas élu un romain comme Pape, l'archevêque de Bari étant napolitain, et sa candidature ne plaisant qu'à demi au peuple de la \ ille éternelle, qui aurait préféré un vrai romain de naissance : « Nous nous sommes mis peu en peine des « cris et du bruit , avait répliqué Pierre de Lune, « et nous avons choisi celui qui semblait le plus « propre à cette haute dignité; j'ajouterai même « qu'un autre cardinal et moi étions résolus de «mourir, plutôt que d'en agir autrement».

4^ Pierre de Lune déclara formellement encore à Raymond qu'Urbain YI avait été élu canonique-

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ment, et qu'on avait jeté les yeux sur lui précisément parce qu'on le connaissait pour un homme de bien, savant, fort expert dans les affaires de la cour romaine. Raymond ajoute que, se promenant un jour dans le jardin dudit cardinal, il l'entendit répondre à son compagnon, qui lui demandait si celui qui passait prés de là était le vrai Pape : «. C'est lui, répliqua-t-il ; et sachez qu'il l'est aussi « réellement que saint Pierre, et que je suis entré « au conclave avec la résolution de l'élire » .

5° Le Bienheureux rapporte en outre une réponse significative reçue du même Pierre de Lune^ quelque * temps après. Les choses commençaient à changer de face, et Raymond , ayant à traiter avec lui d'une affaire, se plaignit du peu d'empressem.ent qu'il paraissait mettre à le seconder : «. D'où vient, lui dit-il, que, prié si souvent par moi de parler au pape de cette affaire, vous ne l'ayez pas fait encore? Ce n'est pas ainsi qu'autrefois vous en agissiez avec moi > . — Sur quoi, le cardinal, lui prenant la main, le tira à part et lui répondit: « Je vous le dirai comme à mon âme, mais je ne voudrais pas qu'on le sût. Je suis si méprisé de notre Seigneur Pape, que je n'ai rien pu obtenir de lui sauf une toute petite grâce, à savoir qu'il m'a accordé un massier ' ; c'est pourquoi je n'entends plus lui recommander ni cela , ni autres choses ». — « Paroles , dit le

ï Officier de la cour pontificale qui , une masse à la main , précède le Pape dans certaines solennités.

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Bienheureux, qui ne m'édifièrent pas, car je le croyais auparavant un homme spirituel cherchant, non ses intérêts, mais ceux de Jésus-Christ » . Aussi sans rien briser, mais affligé cependant au fond de l'âme, commença-t-il à s'éloigner peu à peu du cardinal mécontent, qui devait plus tard devenir l'antipape Benoît XIII.

6° Enfin, le serviteur de Dieu déclare que les romains , l' ayant appelé au Conseil public , lui dirent qu'à la vérité ils souhaitaient pour Pape un romain ou au moins un italien, non pas cependant tel ou tel, mais celui que la conscience des cardinaux leur suggérerait. Ce qui les poussait, disaientils, à faire de telles instances, c'est premièrement, qu'ils avaient sujet de craindre qu'un français appelé au pontificat ne se retirât encore à Avignon, ce qui causerait la ruine de Rome et de tout le pays; en second lieu, c'est que, l'Italie étant alors presque entièrement soulevée contre l'Eglise, un Pape italien aurait plus de facilité, selon toute apparence, pour mettre fin à la révolte, recouvrer les terres de l'Eolise et garantir la ville de Rome contre les ravages des ennemis si nombreux qui l'investissaient.

Une seconde fois le Bienheureux fut appelé au Conseil des romains, qui lui demandèrent ce qu'ils avaient à faire dans des conditions si fâcheuses ; il prit de là occasion de leur recommander d'éviter avec soin toute violence, et d'amener les cardinaux italiens à se concerter autant

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que possible avec quelques autres, afin d'arriver à élire un italien cligne de la charge; proposition qui obtint, en effet, le résultat désiré.

Mais, n'obéissant qu'à demi au mot d'ordre, les romains décidèrent de faire beaucoup de fracas, tout en défendant d'user de violence; et le serviteur de Dieu , en étant instruit, informa de leurs dispositions les membres du conclave pour les rassurer pleinement sur les suites de l'élection, quelques bruits et vociférations qu'ils entendissent.

Cependant, en dépit de toutes les informations et les efforts de Raymond, la division ne fit que s'accentuer de jour en jour. On l'excuse plus largement aujourd'hui en appréciant à distance l'ensemble des choses. L'Italie, l'Allemagne, la Hono-rie, l'Anp^leterre et la Poloone reconnurent Urbain VI; l'Espagne, l'Ecosse, le royaume des deux Siciles et la France, celle-ci après diverses hésitations, s'attachèrent à Clément VII; et chacun des deux partis ne négliga rien, ni pour se fortifier, ni pour affaiblir son rival.

Dès qu'Urbain eut appris l'élection de Clément, il fulmina l'excommunication contre lui et contre ceux qui l'avaient nommé ; mais ils se moquèrent de ses censures et persévérèrent dans leur campagne. Urbain , abandonné de tous les cardinaux, résolut, à la sollicitation du B. Raymond de Capoue et de sainte Catherine de Sienne, d'en créer un bon nombre d'une piété et d'une érudition reconnues. Il les choisit avec beaucoup

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de soin dans toutes les nations et il en porta d'abord le chiffre à vingt-neuf. On comptait parmi eux quatre évèques, dix-sept prêtres et huit diacres : deux appartenaient à l'Ordre de Saint-François et deux à l'Ordre de Saint-Dominique. Ces derniers furent les Pères Philippe Gerra, romain, et Nicolas Caraccioli ; puis, à la sollicitation du roi d'Angleterre, Urbain y ajouta le Père Thomas, surnommé l'Anglais.

Clément, de son côté , prenait les mêmes précautions et, voulant aussi honorer les deux Ordres, il prit, dans chacun, deux membres du Sacré-Collège. Ceux de l'Ordre de S. Dominique furent les Pères Nicolas de Saint-Saturnin, natif de Clermont en Auvergne, et Jean de Château neuf, bourguignon.

Le pape Urbain VI, témoin chaque jour des merveilleux effets du zèle, de la piété et du désintéressement de notre Bienheureux, le chargea de prêcher la croisade contre les schismatiques. Dans ce ministère nouveau, Raymond obtint, les premiers mois, d'assez grands succès. Mais Jeanne, reine de Naples, qui soutenait le parti de Clément avec une passion en même temps féminine et tarouche, capable de toutes les ruses, de toutes les perfidies, de toutes les cruautés, ayant été informée de la liberté avec laquelle agissait le vaillant Frère-Prêcheur , son sujet par la naissance, prit à tâche de faire échouer tous ses efforts. Elle chercha d'abord à le gagner par prières et par pro-

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messes, lui faisant même oftrir une grosse somme d'argent. Quand elle vit ce moyen repoussé, elle recourut aux menaces afin de le faire fléchir, et alla jusqu'à lui dresser des embûches, jusqu'à attenter à sa vie. Mais Dieu veillait sur les jours de celui qui montrait un si grand courage dans la défense de l'Eglise et de son Chef.

Ce fut surtout dans son ambassade près du roi de France comme légat pontifical, que le serviteur de Dieu courut les plus grands dangers et ressentit davantage la protection du ciel. Muni de cinq Brefs Pontificaux en date du 21 novembre 1378, tous très élogieux pour lui, adressés au roi Charles V et à divers personnages,, influents, Raymond s'embarqua pour cette mission le 1 3 décembre à Ostie, où Catherine l'accompagna. Plusieurs fois déjà elle s'était privée pour un temps de l'assistance de son Père spirituel, en vue des intérêts supérieurs de l'Ordre et de l'Eglise. Cette fois, la séparation allait être pour toujours; Catherine l'avait su par révélation: «Mon fils, lui dit-elle, tout est fini, vous ne me verrez plus en ce monde ». Et s'agenouillant au bord de la mer avec un mélange de foi ferme et de pieuse tristesse, elle fit, sur le navire qui s'ébranlait pour le départ, le signe de la croix. La scène rappelait les derniers adieux, en cette même ville d'Ostie, de Monique et d'Augustin.

Les adversaires d'Urbain gardaient si bien les passages sur terre et sur mer que Raymond, en allant de Pise à Livourne et à Gênes, fut attaqué

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par les galères de Jeanne, qui sillonnaient la Méditerranée, et il n'échappa que par miracle à ce réseau habilement disposé, tandis que, d'après Aldo et Ferri, son compagnon tomba entre leurs mains. Mais Catherine, dans son ardeur, loin de le féliciter quand elle sut qu'il avait évité le danger, lui reprocha ce qu'elle trouvait pusillanimité, et lui écrivit : « Dieu a voulu vous faire connaître votre imperfection, vous montrant que vous êtes encore un enfant qui a besoin de lait , non un homme qui se nourrit de pain. Vous avez donc reculé volontairement et vous vous réjouissez de la grâce accordée à votre faiblesse ! Méchant Père ', combien eût été fortunée votre âme et la mienne, si vous aviez scellé avec votre sang une pierre de l'Eglise par amour pour le Sang (de Jésus) » ! [Lettre c). Mais, tout en admirant les sentiments qui dictaient à Catherine ces mots, par lesquels, du reste, elle voulait peut-être aussi maintenir l'homme de Dieu dans l'humilité, il faut reconnaître qu'en agissant avec circonspection, il ne faisait que se conformer aux recommandations du Chef de l'Eglise, qui le trouvait parfois téméraire et ne voulait pas qu'il s'exposât sans fruit à la mort ou à la prison, le sachant réservé encore à de plus grandes choses. Raymond raconte en. effet lui-même (Leg. m part., cap. ult.) que le Pape, l'ayant un jour in-

^ Cattivello padre , c'est-à-dire : « petit méchant Père ». La confiance dont elle jouissait près du Bienheureux lui permettait cette familière expression.

88 Le B. Raymond de. Capoue. — Oiapilrd VI.

vite à dîner, lui avait dit après le repas : O/i ni a écrit que si Catherine allait à Florence , j'obtiendrais la paix. Alors il répondit : Non pas seidenient Catherine, mais tous, tant qîte noits sommes , noîLs sommes prêts, pour r obéissance de Votre Sainteté, à marcher jusqu'au martyre. Mais le sage Pontife répliqua : « Je ne veux pas que vous y alliez, car ils vous maltraiteraient. Pour elle , soit parce que c'est une femme , soit aussi parce qu'ils ont à son égard une particulière révérence, je crois qu'ils ne lui feront rien de mal » .

Raymond en quittant Gènes s'achemina vers la France par terre, espérant ainsi mieux atteindre son but et remplir sa légation. Mais arrivé à Vintimille, il fut informé que tous les passages étaient gardés et qu'un guet-à-pens lui était même préparé pour le saisir, mort ou vif. C'est que, connaissant la force persuasive de ses raisons, rehaussée par sa modération d'esprit et la sainteté de sa vie, on voulait à tout prix l'empêcher d'arriver jusqu'au roi de France: complot qui malheureusement réussit. Le Légat dut donc, pour se conformer docilement aux ordres d'Urbain VI, rebrousser chemin jusqu'à Gênes, où il employa du moins son zèle sous une autre forme, en y prêchant la croisade contre les ennemis de l'Eglise.

Fresqui de G,^-ius ihvaiit hiqiielk- Il B. Ravinoiid est z'isitè et conforté par sainte Catherine mourante

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