Id., i
N'est-il pas un frère de saint François, ce contemplatif à qui toutes les créatures donnent des significations de Dieu, qui reg^arde l'arc-en-ciel et songe au mystère de la Sainte Trinité, qui considère que le soleil éclatant et très pur faitsouffrir les yeux débiles des hommes et pense aussitôt aux tourments que l'amour divin nous donne; qui voyant l'aurore s'élever radieuse voit l'Aurore Virginale et sans tache, Mère de notre Sauveur, et salue le mystère de l'Immaculée Conception ? Et n'est-il pas un autre frère de sainte Claire, l'ermite qui, délaissant les extases de la vie contemplative, va donner des conseils aux nonnes et les instruire pour qu'elles ordonnent leur existence selon les désirs de Jésus? Le cri répété de saint François
In foco amer mi mise, In foco amor mi mise, In foco amor mi mise,
est aussi le cri de la vie entière de Raymond Lulle, il pourrait servir d'épigraphe aux chants de l'Ami qui appelle les hommes et leur dit :
a O amants^ si vous voulez du feu ^ venez à mon cœur et allumez-y vos lampes ,* et si vous voulez de Veau, venez à la fontaine de mes yeux d'oii coulent mes larmes ; et si vous voulez des pensées d'amour, venez les prendre dans mes méditations^] »
C'est cette spirituelle fraternité qui le fit entrer plus tard dans le tiers ordre de saint François et grossir la phalange des défenseurs de la croyance h rimmaculée Conception de Marie,
I, VAmi et i\-iifiié. ll-\.
Il quitta son île ; il ceignit ses reins de la corde qui avait servi au saint d'Assise et à Dante pour dompter la bête de luxure, et qu'un autre illustre franciscain, le phénix des génies espagnols, appela réchelle de Jacob par où les humbles montent vers le ciel; il prit le bâton du pèlerin et s'en alla, suivant «< les voies pleines de considérations, de soupirs et de pleurs » par lesquelles l'Ami cherche son Aimé, il fut l'amant pauvrement vêtu, méprisé des gens, amaigri par le jeûne, qui conquiert le salut et la bénédiction éternelle. Il alla d'abord h Saint- Jacques-de-Compostelle où sont vénérées les reliques de l'apôtre qui offrit l'Espagne à Jésus- Christ. Le voyage fut long et périlleux, mais il savait que « plus les sentiers par lesquels V Ami chemine vers son Aimé sont âpres et étroits, plus les amours sont grandes et délicieuses^ ».
« Il allait demandant l'aumône à chaque porte pour rappeler le souvenir de l'amour de son Aimé à ses serviteurs » et lorsqu'il ne recevait rien il ne s'affligeait pas, car, disait-il.^ « Thumilité, la pauvreté et la patience sont choses agréables à Dieu* ». Lorsqu'à l'heure de la nuit il n'avait rencontré aucun monastère où se reposer en attendant l'aurore et que nul paysan ne lui avait accordé l'hospitalité, il s'endormait sous la clarté des étoiles belles et pures comme son cœur, ou bien il cherchait au fond des grottes et dans le creux des arbres un abri contre les orages et le froid de l'hiver; il avait surtout, pour le protéger, l'ardeur de son amour qui luttait