‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 19 sur 60 · I. Le Livre de contemplation · texte numérisé non relu

I. Le Livre de contemplation

propriétés et toutes tes perfections ; j'aime tous tes préceptes, tes honneurs, et tous ceux qui t'aiment.

u Glorieux Seigneur ! ton serviteur aime ta sainte Humanité, et ma Dame sainte Marie et tous les angfes et saints. »

Parmi les splendeurs de la vég^étation du mont Randa, devant la mer incendiée de soleil, la nature lui olTrait les mêmes motifs de méditation que jadis sur les montagnes d'Aragon et de Galice et dans les vallées d'Italie et de Palestine. Il contemplait les arbres qu'il aimait tellement qu'il en décrivit allégoriquement dans les préambules d'un grand nombre de ses ouvrages, imaginant des sages et des gentils, les dames d'Intelligence et d'Amour discourant sur des questions de philosophie et de théologie h leur ombre, près d'une claire source doucement murmurante, dans un bois ou une vallée. Et il disait que les plantes naissantes, dès qu'elles voient la lumière grandissent et s'élèvent et montrent leur beauté au-dessus de la terre, tandis que les hommes qui pensent aux vanités du monde n'élèvent point leur cœur vers le ciel où devraient tendre leurs efforts, mais au contraire l'inclinent et l'abaissent vers la terre. Les arbres produisent progressivement des feuilles, des fleurs et des fruits; ils ne s'écartent pas des lois qui les régissent, mais nous, nous faisons aujourd'hui ce que nous devrions faire demain, nous agissons dans notre vieillesse comme des jeunes hommes, et nous voyons des adolescents parler et vivre comme des vieillards.

La plupart des arbres, vienne 1 hiver, se dépouillent de leurs feuilles et en prennent de nou-

velles au printemps; tel est le monde où nous sommes riches aujourd'hui, pauvres demain, tantôt justes et tantôt pécheurs. Mais d'autres arbres, plus rares, conservent en toutes saisons leur vig'oureuse verdure ; ils représentent la gloire du ciel où l'homme sera éternellement heureux en la présence de son Créateur. Notre monde et ses délices passagères est encore signifié par les arbres dont on cueille facilement le fruit; mais les arbres dont on ne peut atteindre le fruit qu'après beaucoup d'efforts et de fatigues symbolisent le monde futur dont nous ne pouvons conquérir la gloire qu'en cheminant dans l'âpre sentier de la vertu, et en supportant pour l'amour de Dieu des peines, des tribulations et des labeurs sans nombre.

Il étudiait ensuite, pour en retirer les mêmes enseignements, les coutumes des animaux, celles surtout des oiseaux et des insectes, compagnons de sa solitude, et il concluait, comme notre poêle catholique, en demandant au Seigneur la fidéhté du chien, la douceur de l'agneau et la pureté de la colombe,

Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme, Fait son humble devoir avec simplicité*.

Le soir descendait sur la plaine, la nuit envahissait les champs et la mer, la montagne à son tour était enveloppée d'ombre. Les étoiles descendaient de l'infini, se reflétant dans les ondes; leur clarté jouait entre les branches de l'arbre au pied duquel

Page 1