‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 21 sur 60 · I. V Arbre de la philosophie d^ amour · texte numérisé non relu

I. V Arbre de la philosophie d^ amour

dans l'impossibilité d'apprendre en si peu de temps. Bien plus ! il ajoute des découvertes au trésor scientifique et fait longtemps avant Bacon une classification de ces sciences dont aucune désormais n'a de secrets pour lui; il compose immédiatement son Art Général et s'écrie avec une modestie mêlée de hardiesse : « C'est le Saint-Esprit qui m'a révélé tout ce que je sais! »

Pour justifier le titre de Docteur illuminé qu'il reçut de son vivant, on peut trouver d'excellentes raisons : les meilleures viennent de Raymond LuUe lui-même. Il est impossible que le Bienheureux ait menti en affirmant qu'il devait sa science non à l'étude mais à un don du Très-Haut, et cette affirmation, il l'a répétée maintes fois, dans son poème de la Désolation, dans V Art de trouver les particuliers par les univeî'saits , dans la Lecture sur les figures de F Art démonstratif, et dans bien d'autres œuvres.

Immédiatement après avoir reçu le don de la science, Lulle commença h écrire les principes de son Art; assis au pied d un lentisque, il ne quittait son œuvre que pour prier et accorder au sommeil les quelques heures qu'il ne pouvait lui ravir. Un jour, il s'aperçut que les feuilles du lentisque venaient d'être couvertes de caractères arabes, chaldéens, grecs, hébreux et latins, et il comprit que Dieu lui signifiait que ses livres seraient d'un grand profit h toutes les nations dont l'écriture était là représentée.

Lorsqu'il eut composé une partie du livre, il descendit à Palma voir sa femme et ses enfants. Alors, celui qui avait dans son cœur la plénitude de l'a-

mour et dans son entendement celle de la science devint, par les rues de la cité, la risée des hommes.

« Les hommes faisaient des reproches à V Ami et V insultaient parce qiiil allait comme foa cV amour \ et VA?ni méprisait leurs insultes et il reprochait aux hommes de ne pas aimer son Jimé^. »

11 voulut expliquer sa mclliode aux docteurs de l'île, il leur dit ce qu'il répéta plus tard dans le poème de sa Désolation : « Je vous dis que j'apporte un Art général qui m'a été nouvellement donné par don spirituel pour que chacun puisse savoir toute chose naturelle, en tant que l'entendement atteint le sensuel; il sert pour le droit et la médecine, et pour toute science, et pour la théologie qui m'est plus h cœur. A résoudre les questions nul art ne vaut autant, ni à détruire les erreurs par raison naturelle. »

Les uns, sans le lire, se moquèrent de la présomption d'un homme qui n'avait jamais étudié dans leurs écoles et qui, après une jeunesse oisive et libertine et quelques années de voyages et de prières, prétendait changer les séculaires méthodes; d'autres essayèrent de le lire, mais ne l'entendirent point. Le nondjre de ceux qui l'accueillirent avec bienveillance fut si petit que Lulle en eut douleur. Dieu voulait fortifier par l'épreuve l'àme du fidèle amant qui allait lutter pour sa gloire, et cette première déception, malgré les tristesses qu'elle apporta, ne découragea point Raymond. Il acheva son Art et écrivit son grand Lipre de contemplation.

Si les hommes de la ville l'avaient insulté et

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