‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 29 sur 60 · I. Cilé dans VHIsl. tilt, de la Fiance, t. XXV · texte numérisé non relu

I. Cilé dans VHIsl. tilt, de la Fiance, t. XXV

vassaux étaient maliométans et propageaient leur religion parmi les soldats et le peuple. Le troisième, Carbenda, était maître de la Perse et sa domination s'étendait jusqu'aux Indes; il s'était fait mahométan et presque toute son armée avait suivi son exemple.

Raymond parcourut tous les pays soumis à ces Mongols, qui, soixante et dix ans auparavant, étaient encore cantonnés dans leurs montagnes et avaient conquis un empire deux fois plus grand que les royaumes chrétiens et sarrasins réunis, et il comprit de plus en plus qu'ils pouvaient devenir pour la chrétienté le plus épouvantable des périls ou un auxiliaire qui assurerait la définitive victoire. Les princes d'Europe l'ignoraient; mais les Sarrasins avaient vu, dès les premières conquêtes des Tartares, combien il serait facile de soumettre ces peuplades à la loi religieuse de Mahomet. Les Khans, en effet, étaient très tolérants ; « la violence ne peut commander la foi », disait l'un d'eux, Mango, au roi arménien Hayton II ; ils laissaient leurs sujets libres d'adorer Dieu selon le culte qui convenait à chacun, et les missionnaires étrangers pouvaient prêcher et enseigner leur religion partout, sans être inquiétés.

Lulle vit avec tristesse que ces peuples, — frères des barbares qui jadis avaient conquis Rome et que l'Eglise romaine conquit à son tour et civilisa, — commençaient h être la proie des prêtres sarrasins; nul catholique ne venait combattre la malfaisante influence de ces hommes qui séduisaient les imaginations grossières par les voluptueuses descriptions de leur paradis. Il rencontra quelques jacobites et

quelques nesloriens, mais ceux-ci encore répandaient la haine contre Rome et le clergé latin. L'immense empire des Mongols était le rendez-vous de toutes les erreurs, de toutes les hérésies; la vérité seule n'y était point proclamée

Et pourtant, quel champ d'action pour l'armée de missionnaires, pour celte Société de Jésus dont l'absence faisait pleurer le Docteur illuminé qui, devant l'impuissance des uns et l'indiflercncc des autres, dut se contenter de la rêver et de la prophétiser! Malgré son activité, sa foi et son amour, il ne pouvait, seul, suppléer h cette armée du Christ et les conversions qu il fit lui parurent un résultat de peu d'importance en comparaison de celui qui eût été possible si les rois européens et les papes eussent suivi ses conseils : la conversion des Tartares, et la conquête, avec leur secours, de la Palestine.

Des frontières de l'Inde, il retourna vers les possessions orientales des Tartares. Les Turcs de l'Asie Mineure voulurent s'opposer à leur prédication, mais Raymond obtint du Rhan qui les avait soumis la permission de continuer sa propagande et les autorités turques n'osèrent plus le troubler.

Après avoir prié et pleuré sur la Sainte Terre de Jérusalem où l'infidèle était maître, il passa eu Egypte, remonta le cours du Ml et parvint en Ethiopie. « Dans cette terre, il y avait beaucoup de rois et de princes qui adoraient des idoles, le soleil, les étoiles, les oiseaux et les bêtes. Ses habitants, très nombreux, sont de haute stature et noirs; ils sont d'un caractère jovial et maintiennent très sévèrement la justice; le mensonge chez eux est puni de

mort, et tous les biens qu'ils possèdent sont en commun. En ce pays, il y a une île, au milieu d'une grande lagune, où ils ont un dragon auquel tous ces gens offrent des sacrifices et qui est adoré comme un dieu'. «

Dans le nord de l'Afrique, lorsqu'il entra en Derbérie, il se trouva eu face des ennemis triomphants de la religion, les Sarrasins, contre les erreurs desquels il avait déjà engagé une lutte qui ne devait finir qu'à l'instant de sa mort. Avant de parvenir à leurs cités de la côte, il dut traverser des déserts, souffrir la faim, la soif, les ardeurs du soleil, et toutes sortes de périls.

Il voulait mourir martyr : « Seigneur, avail-il écrit, avant son départ, en son Livre de contemplation, qu'il vous plaise, lorsque mon être passera de ce monde dans l'autre, qu'il y passe par voie du martyre. »

Dieu retarda l'accomplissement de ce désir et il le protégea contre les rigueurs des saisons, les bêtes du désert et contre la populace des villes africaines, plus à craindre que tout. Vêtu à la manière des Arabes et parlant leur langue aussi bien qu'eux, il prêchait les vérités de la foi chrélienne sur les places publiques, insoucieux des menaces, des insultes et des coups auxquels il s'exposait sans cesse. Parfois on se précipitait avec rage sur lui, on déchirait ses vêtements, on lui arrachait les cheveux et la barbe, — et Dieu le sauvait! Et qu'importaient tant de souffrances au serviteur du Crucifié si, avant de sortir d'une cité, il avait éclairé quelques âmes —

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