‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 35 sur 60 · Cité dans VH'tst. lUt. de la France, t. XXIX · texte numérisé non relu

Cité dans VH'tst. lUt. de la France, t. XXIX

des clercs, des chevaliers, des marchands et de tous les arts mécaniques. En ce livre il y a des histoires de batailles, de cités, de nefs et de galères de rois et de toutes les autres choses antiques qui sont passées. Ce livre, seigneur roi, a été fait par un ermite qui fut philosophe, et de tous les livres qu'il put trouver il tira toutes les histoires qu il put tirer. Et tout ce qu'il voyait faire par les hommes, les bêtes, les oiseaux, les poissons et les arbres il le mettait en figures. »

Raymond Lulle écrivit encore, pendant ce séjour à Paris, V Art inventif, VArt amatif, un abrégé de logique et traduisit quelques unes de ses œuvres en arabe ; il assista à un chapitre général des frères Prêcheurs auquel il fait allusion dans le livre de Félix.

Au commencement de l'an 1288, après un séjour de quelques mois à Montpellier, il était à Gênes et se préparait à s'embarquer pour Tunis lorsqu'à la nouvelle de l'élection du pape Nicolas IV (22 février) il sentit croître ses tenaces espoirs, et pensant qu'il obtiendrait du nouveau pontife un meilleur appui que de ses prédécesseurs, il partit aussitôt pour Rome.

Ses projets étaient les mêmes, toujours, ceux de sa vie entière : fondation de collèges des langues orientales, envoi de missions en Tartarie et en Afrique, conquête de la Palestine; à son plan pour la délivrance des Saints Lieux il joignait, comme nouveau moyen, la réunion des Hospitaliers de Saint- Jean, des chevaliers du Temple, de Saint-Jacques et de Calatrava en un seul ordre militaire et religieux qui, au lieu d'entasser des richesses sans profit pour

le bieu commun, de s'inutiliser dans une pernicieuse inactivité et de mentir à son origine, aurait eu vraiment pour unique but la guerre au More maître de Jérusalem. Autour de la puissance et de la fortune des Templiers, Lulle voyait grandir les soupçons, les craintes et les colères; il devait pressentir des tragédies prochaines. Il songeait que des forces se perdaient, qu il était temps encore de les sauver en réformant Tesprit et les mœurs de ceux en qui elles étaient endormies. L'union de tous les ordres guerriers de Jésus était la réforme qui aurait groupé toutes les forces et les aurait dirigées vers le même but. Mais il ne put jamais l'obtenir.

Ce nouveau vovage h Rome ne fut cependant pas infructueux, car dès l'année suivante, Nicolas IV envoyait des missions aux princes tartares, en Ethiopie et en Afrique. Ne pouvant faire davantage pour le bien de la chrétienté, Lulle retourna à Montpellier où il vit le général des Frères Mineurs, Raymond Gaufredi qui, avant examiné son Art, lui donna des lettres de recommandation pour l'enseigner en Italie.

Il reprit ses leçons à l'université de Montpellier, écrivit les Louam^es de la Bienheureuse Vierge Marie, V^rbre de la Philosophie désirée et des commentaires sur son Art; puis, il quitta le Languedoc, et pendant un an parcourut l'Italie.

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