‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 37 sur 60 · SA DÉFAILLANCE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

SA DÉFAILLANCE SPIRITUELLE

laisser perdre par sa mauvaise renommée l'Arl révélé pour riionueur de Dieu et le salut de beaucoup, sentit de nouveau, comme par la main d'un homme, sa face se remettre droite; et dans celte attitude, voyant alors le corps du Scii^neur dans les mains du prêtre, il se jeta à bas du lit et baisa les pieds du prêtre. Alors il reçut le corps du Christ, afin que du moins, à l'aide de cette dévotion feinte, il sauvât TArt.

« O tentation admirable, ou plutôt, comme il semble, dispeusalion d'une divine épreuve î Le patriarche Abraham crut jadis à l'espoir contre tout espoir; et Raymond préférant constamment h son propre salut l'Art ou doctrine par laquelle beaucoup devaient être amenés à comprendre, à aimer, à adorer Dieu, semblable au soleil qui, couvert d un nuage n'eu est pas moins brûlant en soi, Raymond, dis-je, désespérant merveilleusement de Dieu sous cette ombre qui voilait son esprit, lut mis à une épreuve qui montra qu il aimait infiniment plus Dieu et, pour Dieu, le prochain que soi-même. »

Cependant, après avoir reçu la communion, il reprit peu à peu son entière intelligence, et, peu h peu, sa santé : il comprit alors qu'il ne devait pas ajouter foi aux illusions d'un cauchemar. Et il se fit revêtir de l'habit de saint François d'Assise.

Combien est précieux l'enseignement qui se dégage de l'épisode de l'étoile, ordonnant h Ravmond de se soumettre à la règle de saint Dominique ! La lutte qui se livre dans l'esprit du Docteur illuminé a toute la hauteur et la signification d'un svmbole. Rien ne saurait mieux dire l'antagonisme qui existait alors entre les Frères Prêcheurs et les Mineurs

et qui se prolongea encore après le xiii'' siècle. Ces deux ordres étaient les plus puissants de la chrétienté ; on pourrait dire qu'ils se partageaient le oouvernenient des âmes. Ils étaient également dévoués à la religion du Christ, le but qu ils poursuivaient était le même, mais ils furent dès leur origine séparés par la diversité de leur mélhode, si fraternel qu'eût été l'embrassement symbolique de leurs illustres fondateurs. L'ordre de Saint-Dominique représente la foi, la science et la raison, l'ordre du séraphin d'Assise la foi, l'exaltation et l'amour; le premier est surloul pratique, son enseignement est rigoureusement méthodique, il ne s'aventure pas dans l'inconnu, il sera peut-être la suprême citadelle de l'Église contre l'envahissement d'un mysticisme lâche et perdu loin de la clarté des dogmes; le second frémit des ailes et s'élance vers le ciel sans autre science que l'amour, il ne va pas sans ce que les hommes appellent un grain de folie qui est une des formes les plus hautes de la sagesse, il est l'Ami à qui on demande le nom de son maître et qui répond : « l'amour. — De quoi es-tu fait? — D'amour. — Qui t'a engendré?

— L'amour, — Où naquis-tu ? — Dans l'amour,

— Qui t'a nourri ? — L'amour. — De quoi vis-tu ?

— D'amour. — Quel est ton nom ? — Amour. — D'où viens-tu? — De l'amour, — Où vas-tu? — A l'amour. — Où es-tu? — Dans l'amour* ». La poésie et la pauvreté furent ses vertus, et il fut toujours plus près de l'âme populaire, surtout dans son culte pour l'Immaculée Conception, qu'il défendit contre les Dominicains.

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