IL
^^■un danger pour Mahomet, d'autant plus grand qu il ^^B continuait sa propagande en dehors des écoles. Vêtu 1^" en arabe, il prêchait sur les places publiques, mettant sa prodigieuse science h la portée des plus humbles, la parant d'allégories, à la manière des moralistes sarrasins, et des plus resplendissantes couleurs de la poésie orientale . Des gens du peuple allèrent secrètement lui demander le baptême.
Mais le bruit de ces nouvelles conversions se répandit, et des fanatiques demandèrent au roi la mort du prophète étranger. Raymond Lulle emprisonné allait être livré au bourreau lorsque les hommes de science firent comprendre h leur prince
■ que celui qui se dévouait à propager une doctrine en la croyant vraie ne méritait pas d être traité comme les pires criminels, et qu'on devait se contenter, si son enseignement était dangereux pour la religion de lEtat, de le mettre dans l'impossibilité de faire des prosélytes en le chassant du rovaume. Le roi écouta ces conseils de modération et lit conduire llaymond sur un navire qui se disposait à mettre à la voile pour l'Italie.
Le missionnaire ne pouvait se résoudre h abandonner quelques jeunes arabes dont il avait coqjmencé rinslruotion religieuse et qui étaient prêts à recevoir le baptême; il pensait que leurs esprits incomplètement ouverts encore aux vérités de la foi allaient se refermer dans les ténèbres, et que des épis grandissant, éloignés du soleil de science et d'amour, n'achèveraient pas de mûrir et seraient rejetés des futures gerbes de la moisson di\-ine. Il essava de quitter le navire et d'aller prêcher encore;
mais, ayant appris qu'un chrétien qui lui ressemblait avait été maltraité par la populace et aurait été lapidé si Terreur n'eût été reconnue, il comprit que son action était, en ce moment, impossible à Tunis, et il resta sur le navire, qui l'emmena h Naples.
Il passa une année en cette ville, où il acheva son livre Tabula generalis, dont il avait écrit la première partie à Tunis, et le Livre des cinq sages. Ces cinq sages sont un latin, un g^rec, un nestorien, un jacobite et un sarrasin. Les quatre premiers sont, au début de l'œuvre, occupés à discuter des questions théologiques, lorsque, voyant un sarrasin venir vers eux, ils pensent au mal que font les infidèles maîtres de la Terre Sainte. Ils se communiquent la crainte qu'ils ont de voir les ennemis du Christ convertir les Tartares à leur fausse religion, et écraser ensuite les grecs et les latins sous la puissance militaire de ces peuplades barbares. Les chrétiens ne devraient ils pas être tous unis devant un pareil danger?
« Seigneurs, dit l'un d'eux, établissons entre nous une discussion selon l'ordre philosophique et les lois naturelles de la raison, et nous montrerons le résultat de cette discussion aux princes chrétiens; ceux-ci pourront rassembler les sages des diverses contrées, qui examineront nos arguments, corrigeront les parties en lesquelles nous aurons erré, arrangeront et multiplieront nos raisons comme ils le jugeront meilleur. Notre discussion pourrait exalter les esprits de nos princes et de nos supérieurs au point de faire naître un débat général sur les schismes et les discordes de la foi chrétienne qui durerait jusqu'à ce que dans le monde entier fût
SA PÉTITION A CÉLESTIX V. 141
faite, dans la foi catholique, l'union des chrétiens de toutes les laniiues. »
C'est alors que s'approche d'eux le sarrasin ; il avait été convaincu par un savant ermite des erreurs de la foi maliométane, mais comme il avait encore des doutes sur celle des chrétiens, qui d'ailleurs étaient divisés en plusieurs sectes ennemies, il allait par le monde à la recherche de la vraie doctrine. Après s'être ainsi présenté aux quatre sages, il chemine en leur compagnie et prend part h leur discussion. Le laiin, c'est-à-dire Raymond Lulle, combat la croyance des Grecs sur la procession du Suint-Esprit, dispute avec le jacobite et le nestorien sur la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, et essaye de faire comprendre au sarrasin la Trinité et l'Incarnation, autant que la raison humaine peut s'élever à ces deux mystères. A la fin, les autres sages expriment leur espérance en Dieu de qui ils (attendent la connaissance de la vérité, et ils promettent au latin d'examiner attentivement les raisons qu'il vient de développer. Le livre se termine avec la Pétition de Raymond, adressée par Lulle à Célestin V qui venait d'être élu Pape, — 5 juillet 1294' — C'est en quelques pages l'exposé des projets pour la réalisation desquels il ne cessait de solliciter l'appui de la papauté et des princes chrétiens. Voici cet important document :
« Pétition de Raymond. — Comme Dieu a créé l'homme, principalement pour être aimé, compris, honoré et servi de lui, comme les infidèles sont si nombreux qui vont aux flammes éternelles parce qu'ils ne le connaissent, ni le servent, et ne l'aiment ; comme pour un chrétien il v a cent infidèles
et plus, il conviendrait que vous, suprême et saint ëvêque Célestin V, élu Pape par le Saint-Esprit, et vous, seigneurs honorés et discrets cardinaux, ouvrissiez le trésor de la sainte Ég^lise, afin que ceux qui sont dans Terreur, ne connaissent pas Dieu et ne l'aiment point, viennent à la lumière de la vérité et à la fin pour laquelle ils ont été créés.
« Le trésor de l'Eglise, nous le considérons sous deux modes qui sont le trésor spirituel et le trésor corporel. Le trésor spirituel est que de saints hommes religieux et séculiers qui voudraient supporter la mort pour honorer Notre-Seigneur Dieu et qui sont illuminés de la doctrine sacrée, apprissent divers langages pour aller prêcher les Evangiles par tout le monde. Vous, Saint Père et seigneurs cardinaux, vous désigneriez un cardinal qui, se chargeant de cette affaire, ferait chercher dans toute la chrétienté des hommes capables d'exercer cette sainte prédication. On leur enseignerait toutes les langues du monde et l'on fonderait des collèges pour l'étude de ces langues dans les terres des chrétiens et des Tartares ; et le seigneur cardinal qui aurait un tel office ferait la mission des études et des étudiants, sans relâche, jusqu'à ce que le monde entier appartînt aux chrétiens.
« Le trésor corporel est que vous, Saint Père et seigneurs cardinaux, assigniez h toujours par un décret la dîme de l'Eglise à la conquête des pays infidèles et de la-Terre Sainte d'oulre-mer, et cela par la force des armes. De cette dîme, une part serait attribuée au cardinal chargé des missions guerrières.
« Tl conviendrait que l'Eglise recouvrât les schis-