‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 40 sur 60 · SA PÉTITION A CÉLESTIN V · texte numérisé non relu

SA PÉTITION A CÉLESTIN V

imatiques et se les unît en leur montrant par voie de discussion qu'ils sont dans l'erreur et les latins dans la vérité. x\vec eux, il serait plus facile de détruire les sarrasins et d'avoir communication et amitié avec les Tartares.

a II conviendrait encore que l'Eglise mît tout en œuvre pour conquérir les Tartares par la discussion ; conquête qui ne serait pas malaisée puisqu'ils n'ont pas de loi, qu'ils laissent prêcher dans leurs terres la foi du Christ et que celui qui veut peut être chrétien sans crainte de l'autorité. Et cela est bien nécessaire, car si les Tartares embrassent la loi des sarrasins ou desjuifs, la chrétienté sera en grand péril. Si vous. Saint Père et seigneurs cardinaux, faisiez une ambassade aux rois des sarrasins pour qu'ils envovassent des sages à qui vous montreriez ce que nous crovons de Dieu ; si ces sages constituaient un plaid et comprenaient nos raisons, peutêtre ils y accéderaient ou douteraient de leur foi, car ils ne pensent pas que nous croyions ce que nous croyons en efifet de la Trinité et de l'Incarnation; et quand ils reviendraient dans leur pavs, ils diraient ce qu'ils auraient compris par nous; alors

ni se pourrait que ceux qui les entendraient parler accédassent à nos raisons ou doutassent de leur foi. Ce mode de procéder pourrait être très utile. On l'emploierait aussi avec les schismatiques, et on leur dirait des raisons si fortes et si nécessaires qu'elles vaincraient toutes leurs objections, toutes leurs thèses, sans qu'ils fussent capables de triompher des nôtres. Et la Sainte Église est très bien munie de telles raisons nécessaires. Moi, Ravmond Lulle, indigne, j'estime que j'en ai beaucoup de

RAYMOND LULL

telles, suivant un nouveau mode que Dieu ma donné pour vaincre tous ceux qui veulent prouver quelque chose contre la foi catholique.

« Considérez, Saint Père et seigneurs cardinaux, que vous êtes dans une grande voie pour agir en l'honneur de Dieu qui vous a tant honorés et qui vous a faits ses vicaires dans le monde. Par une telle action un grand bien peut advenir. Si TafTaire est longue, elle est bonne et aimable; si à cause de la longueur et de la difficulté on la rejette, on rejette et Ton méprise le bien qui en peut suivre. Considérez comment les hommes de ce monde s'exposent, pour les biens temporels, à de grandes fatigues et à d'extrêmes labeurs où beaucoup sont en péril, comme les rois qui soutiennent des guerres, et les Anxexins* qui sciemment se livrent à la mort pour arracher leurs parents h la servitude. Considérez que les chrétiens perdent leurs terres et l'audace que d'ordinaire ils avaient contre les sarrasins. Considérez que l'utilité publique est peu aimée et que tous crient contre les clercs. Or ce serait une grande excuse pour les clercs s'ils se chargeaient de l'office susdit, car ils donneraient bon exemple par eux-mêmes et par leurs œuvres.

« Si l'on objecte que toutes ces choses sont eu cet état parce qu'il plaît à Dieu qu'elles soient ainsi, considérez la fin que Dieu voulut en créant

I. 11 est permis de penser que Liille fait ici une allusion à la fameuse secte des Haschiuchin {Vx catalan se prononçant ch). C'est la secte dont Joinville nous dit qu'ils se font tuer volontiers sur l'ordre de leur seigneur « pour ce que ils croient qu'ils seront assez plus aise quand ils seront mors qu'ils n'estoient devant. »

Page 1