PÉTITION AU PAPE LÉLESTIN V
l'homme, et considérez l'exemple que donnèrent Jésus-Clirist, les Apôtres et les martyrs pour parvenir à celle fin : et qui osera dire que Dieu ne veut pas toujours être honoré de sou peuple ?
« Je pourrais apporter heaucoup d'autres raisons, mais je crains de trop parler; et si je parle trop, je prie que cela me soit pardonné. Et, mettant en ordre ce que je propose, je demande, Saint Père et seigneurs cardinaux, qu'il vous plaise de m'envoyer le premier, moi indigne, chez les sarrasins pour honorer parmi eux notre Seigneur Dieu. — Cette pétition fut écrite en la cité de Naples et adressée à notre Saint Père Céleslin V et aux honorés seigneurs cardinaux, l'an 1294, "
Ravmond Lulle attendait de grandes choses de Céleslin, élevé à la papauté par le renom de ses vertus. Il eut un moment l'illusion que son Blanquerna était sur le trône de saint Pierre et allait agir comme lui après avoir semblablement édifié les hommes par sa sainteté et refusé les honneurs pour vivre dans rhumilité et la contemplation. Mais le fils d'Evast était le serviteur parfait de Dieu, il pensait que l'amour est une harmonie de la théorie et de la pratique; il avait la vie contemplative en soi-même et la vie active dans l'office de prédication et d'administration ; Céleslin V ne sut l'imiter qu'en abdiquant la papauté, après cinq mois de règne, pour retourner à son ermitage. Dante a été dur pour celui, dit-il, Che feceper viltate il gran rifiuto. Mais l'Eglise a jugé qu'il s'honora en laissant à un autre le fardeau dont il ne pouvait supporter le poids et qu'il n'avait jamais ambitionné; aussi l'at-elle mis au nombre des saints qu'elle vénère.
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Ce fut une des déceptions que Lulle ressentit le plus vivement. Le prologue de V Arbre de la science qui est de cette époque témoigne de Tétat de son âme; nous y voyons Raymond en pleurs sous un bel arbre et chantant sa désolation pour calmer un peu sa douleur de n'avoir pu achever en hi cour de Rome le saint négoce de Jésus-Christ. Un moine qui passait par la vallée entendit ses clr.ints et ses plaintes et s'approchant lui demanda alTectueusement la cause de ses pleurs. En apprejiant que ce pauvre pèlerin h longue barbe était Raymond, il se réjouit, « car il l'avait cherché longuement pour le prier de faire un livre général sur toutes les sciences (|ui pût être compris facilement et par lequel on pût entendre VArt général qu'il avait fait et qui était trop subtil. »
Raymond lui répond : <• Seigneur moine, j'ai travaillé longtemps à chercher la vérité de toutes manières, et par la grâce de Dieu je suis parvenu à connaître la vérité que je désirais tant savoir et je l'ai mise dans mes livres. Et si je suis désolé c'est que je n'ai pu mener à fin ce que j'ai tant désiré et pour quoi j'ai travaillé trente ans. Mes livres sont peu estimés et même beaucoup d'hommes me tiennent pour fou. Je ne suis pas en volonté de faire le livre dont vous me priez, mais je me propose de rester désolé dans ma tristesse, car Jésus-Christ a peu d'amants en ce monde. Je me propose aussi de retourner chez les Sarrasins, de leur dire la vérité <le notre foi, d'honorer cette foi selon mon pouvoir et la grâce et l'aide que j'espère avoir de Dieu. » Cette tristesse n'était pas une désespérance, elle n'arrêta point son activité puisqu'il écrivit cet Arbre